Un OGM potentiellement dangereux est vendu au Canada
Mots clés : ogm, monsanto
Monsanto a tenu secrète une étude sur le sujet
Un type de maïs génétiquement modifié, homologué au Canada depuis plus de deux ans, pourrait avoir des effets néfastes sur la santé humaine. C'est du moins ce qui ressort d'une étude toxicologique menée par Monsanto, le propriétaire de la semence, au cours des dernières années. Tenue secrète par le géant des biotechnologies, cette étude a tout récemment été amenée sur la place publique par la justice allemande.«C'est la meilleure étude faite sur des OGM au monde puisqu'elle est une des rares réalisées sur des mammifères», a commenté hier lors d'un entretien téléphonique au Devoir le biologiste français Gilles-Éric Séralini, qui a passé au crible le document de Monsanto au cours des derniers jours. «Les effets pervers de cet OGM sont significatifs, et il est étonnant que ces résultats aient été occultés par les experts de Monsanto.»
Selon ce chercheur chargé, entre autres, de conseiller le gouvernement français en matière d'organismes génétiquement modifiés, le public est désormais en droit de remettre en question «l'innocuité pour l'alimentation humaine et animale de ce maïs génétiquement modifié», a-t-il poursuivi.
À la demande de Monsanto, qui tente en ce moment d'introduire commercialement cet OGM en Europe, l'étude aurait dû rester confidentielle. Toutefois, en vertu d'une directive européenne portant sur la transparence et le droit du public à l'information, le ministre allemand de l'Agriculture, alerté quelques mois plus tôt par la section allemande de Greenpeace, a obtenu le 9 juin dernier des tribunaux locaux la déclassification de ce document, connu sous le nom de MSL-18175.
Le MON 863 a été élaboré dans les laboratoires de Monsanto afin de permettre au maïs de se protéger contre la chrysomèle, un prédateur qui s'attaque aux racines de la plante. Au Canada, la commercialisation de cet OGM a été autorisée par Santé Canada en mars 2003. Son usage demeure toutefois marginal, surtout au Québec. «Cela représente moins de 1 % de nos ventes», a expliqué hier au Devoir Denis Giard, un vendeur de semences pour la compagnie Dekalb, propriété de Monsanto. «La chrysomèle se retrouve surtout sur des terres argileuses, où les cultures sont rares ici.»
Dans le paysage agricole d'ici, les maïs dits Bt (MON 810, Bt11 ou Bt176), qui se protègent contre la pyrale, un autre insecte qui s'attaque à cette plante, sont davantage répandus. Les résultats de l'étude portant sur le MON 863, qu'on retrouve davantage en Ontario et dans le Midwest, ne sont toutefois pas applicables à cette famille d'OGM, qui génèrent une toxine différente.
À la lumière des révélations sur l'impact négatif de ce maïs modifié chez les rongeurs, Ottawa devrait «retirer immédiatement l'autorisation de vente de cet OGM», selon Greenpeace Canada. Cette homologation repose sur des informations scientifiques présentées par la multinationale. Les documents déposés n'ont jamais été rendus publics au Canada.
«Il est désormais évident que les données provenant de l'entreprise Monsanto ne sont pas scientifiquement rigoureuses», a commenté Éric Darier, porte-parole de cet organisme qui demande au gouvernement d'enclencher «des études indépendantes et scientifiquement crédibles pour prouver [l'innocuité du MON 863] pour la santé et l'environnement avant de le mettre en marché», a-t-il conclu.
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