Juste le foulard

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Josée Boileau
Édition du lundi 20 juin 2005

Mots clés :

L'avis sur les signes religieux rendu par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a été résumé de façon lapidaire la semaine dernière: le foulard islamique ne peut plus être interdit à l'école privée.

Mais cet avis s'arrime à un autre document, au titre explicite: Réflexion sur la portée et les limites de l'obligation d'accommodement raisonnable en matière religieuse. De manière encore plus ferme que lorsqu'elle avait permis, en 1995, le foulard islamique dans les écoles publiques, la Commission y démontre que l'acceptation des signes religieux n'ouvre pas, tant s'en faut, la porte à n'importe quoi.

Le principe de base est simple: «les droits et libertés sont inséparables des droits et libertés d'autrui ainsi que du bien-être général». Devant les demandes d'accommodement sur des bases religieuses, il est dès lors possible de faire valoir les contraintes excessives qui en découleraient, que ce soit du point de vue financier ou de celui d'atteintes à d'autres droits, comme l'égalité des sexes. Du coup, octroyer un lieu de prière ne va pas nécessairement de soi. Et nulle revendication religieuse ne peut interdire aux filles de suivre les mêmes cours que les garçons.

On pourra cependant déplorer que le respect de la différence ne s'étende pas à toutes les écoles privées. Ici comme dans les autres provinces, la Charte québécoise des droits donne en effet une prime à l'intégrisme. Une école réservée aux adeptes d'une religion et qui peut démontrer qu'il serait excessif pour elle de trouver des accommodements pour les tenants d'une autre confession n'aura toujours pas à s'ouvrir aux autres.

Quelle ironie! Les écoles catholiques du Québec, sous la pression de la modernisation de la société, ont dû renoncer à leur sectarisme, celui-là même qui a contribué à envoyer des générations d'immigrants dans les écoles protestantes, c'est-à-dire anglophones. Même les écoles privées catholiques se sont adaptées à cette évolution pour accueillir des enfants de toutes confessions. Les voilà maintenant tenues d'accepter des signes religieux dont elles se seraient passées.

À l'inverse, parce que des communautés, notamment chez les juifs et les musulmans, ont gardé une forte imprégnation religieuse, leurs écoles pourront rester centrées sur elles-mêmes.

C'est ici que le message de Pierre Marois, le président de la Commission des droits de la personne, doit être lu dans son entier. Le Québec a traité jusqu'à maintenant de ces questions au cas par cas, au gré des réclamations d'individus. Mais que souhaitons-nous comme société?

Or, il existe des réponses politiques à de tels enjeux. Par exemple, si la Charte permet l'existence d'écoles réservées à des confessions religieuses, l'État a-t-il à les financer?

De même, nul n'a encore pris à bras-le-corps ces histoires qu'on raconte en privé, de ces garçons qui se rebiffent devant l'autorité d'une enseignante au collégial, de ces femmes qui n'acceptent pas, à l'hôpital, qu'un homme les soigne. Incidents isolés ou qui se répandent? On l'ignore car, pour le moment, le silence sert la paix sociale. Ne serait-il pas temps, pour nos élus, de s'y intéresser avant que les crises n'éclatent?


Vos réactions


Reponse a Mme Jobin: financement des écoles religieuses - par Michele Poupore
Le jeudi 23 juin 2005 10:00

Ces signes extérieurs exclusifs - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le lundi 20 juin 2005 14:00

Vous avez entièrement raison - par Betty Cohen
Le lundi 20 juin 2005 07:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com