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Les partisans du non forment un rassemblement hétéroclite, que rien n'unit et que tout oppose. Mais un point semble les réunir, l'absence de perspectives internationales, voire mondiales. Chacun n'a vu que son pré carré. La «peur du plombier polonais», injustifiée d'après le texte de la Constitution, comme on a pu l'entendre à la lecture d'un certain article, semble avoir retenu toutes les attentions, en oubliant que dans le monde actuel, un pays seul, eut-il un passé prestigieux comme la France, ne fait plus le poids. Le problème des textiles chinois vient d'en a faire la preuve. Bon nombre des partisans du non font preuve d'un nationalisme poussé et d'un anti-américanisme tranché. Mais en votant non, il favorise ce qu'ils appellent «l'impérialisme» américain, qui ne fera pas face à un solide et fort bloc européen uni. «Diviser pour régner». On semble avoir oublié que ce vieux principe joue toujours. «La vieille Europe» n'est pourtant pas si loin.
Au Canada, nous aurions bénéficié d'une Europe solide et unie, précisément comme contrepoids à l'emprise américaine, par des associations économiques, politiques, culturelles. J'avais abordé la question dans un article du Devoir du 13 août 2004, «L'Union, contrepoids à la mondialisation».
Et je souscris donc volontiers à ce que dit M. Venne: «Le débat européen nous renvoie à nous-mêmes.» Alors que l'on s'agite beaucoup à la Chambre des communes sur des sujets de deuxième ordre, alors que l'on voit s'aboucher des conservateurs avec des séparatistes, on peut se demander à quoi songe réellement notre classe politique, sinon pour les uns à prendre le pouvoir ou à le garder, et pour d'autres à créer une agitation déstabilisante. J'ai posé la question du mythe que représente le Bloc québécois (réaction du 21 mai), mais reste le débat de fond: un Canada désuni peut-il avoir sa place dans le monde d'aujourd'hui, face à la Chine, à l'Inde ou, bien entendu, aux États-Unis?
Dans ce contexte, comme le dit encore M. Venne «notre débat constitutionnel, loin d'être dépassé, est d'une actualité brûlante», mais il faudrait l'envisager autrement, canadianiser nos institutions politiques (chef d'État canadien, Sénat élu, etc.), ouvrir les relations internationales des provinces, valoriser nos cultures, consentir à des autonomies, etc. en vue de renforcer la solidité du pays, face aux géants qui se profilent au loin ou nous entourent déjà. Nous avons l'avantage de ne pas partir, comme l'Europe, de siècles de guerres, de conflits, de rivalités. Ce n'est pas une raison pour sombrer dans l'immobilisme. Le débat européen devrait faire réfléchir notre classe politique et lui faire trouver des voies nouvelles pour assurer l'avenir de notre pays. Mais il faudrait sortir des petites manoeuvres politiciennes qui prévalent actuellement sur la colline parlementaire d'Ottawa et voir GRAND.
