«Il n'y a pas de parrains à Venise»

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Brian Myles
Édition du vendredi 27 mai 2005

Mots clés :

Joe Morselli nie avoir joué le rôle d'argentier obscur pour le PLC-Q: «Mon rôle, c'était de vendre des billets.»

«Quand on allait rencontrer un candidat dans son petit local d'élection [...], je vous assure que la chose la plus bienvenue, c'était toujours un petit montant de cash pour payer les différents pizzas, beignes, cafés, pour les bénévoles», a dit Joe Morselli hier.

Photo: Jacques Nadeau

Attablé au restaurant Chez Frank, Joe Morselli a fait bombance avec presque tous les publicitaires impliqués dans le scandale des commandites en sa qualité de vice-président de la commission des finances du PLC-Q -- un titre fictif -- sans jamais exiger d'eux des contributions substantielles pour renflouer un parti au bord du gouffre.

Claude Boulay, Jean Brault et Jacques Corriveau ont tous eu l'honneur d'être invités Chez Frank par M. Morselli et de passer un bon moment en son agréable compagnie. À en croire le témoignage de M. Morselli devant la commission Gomery, son rôle s'est limité à vendre des billets pour les cocktails et autres modestes activités de financement du parti. «J'ai rencontré toutes ou presque toutes les compagnies de communication, toujours au même endroit, Chez Frank. C'était surtout pour budgéter l'année et voir de quelle façon ils pouvaient aider le parti à réduire son déficit et à ramasser de l'argent», a dit M. Morselli, l'argentier informel du Parti libéral du Canada, section Québec (PLC-Q), de 2001 à 2002.

M. Morselli n'a pas insisté pour obtenir des contributions plus substantielles, même si la dette du PLC-Q frôlait les trois millions de dollars au lendemain de la campagne-surprise de 2000. Si les publicitaires impliqués dans le programme de commandites ont arrosé le parti avec 800 000 $ en contributions légales sur une décennie, personne ne l'en a informé. «Mon rôle, c'était de vendre des billets, a dit M. Morselli. Quand on parlait de faire de la sollicitation de fonds, ce n'est jamais arrivé.»

Dépeint par Jean Brault et Daniel Dezainde comme un des principaux responsables du financement parallèle au sein du PLC-Q, Joe Morselli a nié en bloc avoir pu jouer un rôle d'argentier obscur lors d'un témoignage truffé de contradictions et d'invraisemblances.

Joe Morselli a palpé l'argent comptant de Jean Brault à une seule occasion dans sa vie, une somme de 5000 $ destinée à la campagne municipale de Benoît Corbeil et qui n'est jamais arrivée à destination. M. Morselli, un ami de M. Corbeil, a pris livraison d'une enveloppe gonflée de billets de 50 $ chez Groupaction sans en souffler mot à personne. Comme il avait déjà englouti une part de ses économies personnelles dans la campagne de M. Corbeil sous la bannière de Vision Montréal, en 2001, il a tout simplement gardé l'argent pour lui, et lui seul.

À la toute fin de son témoignage, M. Morselli a toutefois reconnu avoir fait des dons en liquide à des candidats à plusieurs reprises lors de sa longue participation aux rouages de la machine politique sur la scène municipale, provinciale, avec les libéraux de Robert Bourassa, et fédérale, chez les conservateurs de Brian Mulroney et les libéraux de Jean Chrétien. «J'ai toujours accepté le cash», a-t-il lancé. «Quand on allait rencontrer un candidat dans son petit local d'élection [...], je vous assure que la chose la plus bienvenue, c'était toujours un petit montant de cash pour payer les différents pizzas, beignes, cafés, pour les bénévoles.»

Le «script» de Brault

M. Morselli a été propulsé à la vice-présidence de la commission des finances du PLC-Q à l'instigation de son vieil ami Alfonso Gagliano à compter de 2001 jusqu'au catapultage de l'ex-ministre des Travaux publics au Danemark, en janvier 2002.

À ce titre, Jean Brault a été un de ses principaux interlocuteurs, encore et toujours Chez Frank, où même l'actuel premier ministre, Paul Martin, lui a fait l'honneur d'une visite.

Selon M. Morselli, le publicitaire se plaignait de difficultés ou de retards dans l'obtention de ses contrats de commandite. En raison de l'amitié inébranlable qu'il voue à «l'honorable Gagliano», décrit comme «le pape» du parti au Québec, Joe Morselli jouissait d'une réputation d'homme d'influence.

Homme intègre, Joe Morselli s'est permis de faire jouer ses entrées au cabinet du ministre Gagliano une seule fois afin de permettre à son ami Jacques Corriveau de retrouver deux commandites perdues de 20 000 $ pour des événements culturels qui lui tenaient à coeur.

M. Morselli n'est cependant pas intervenu auprès du ministre Gagliano en faveur de Jean Brault. Du liquide? Outre les 5000 $, il n'en a pas reçu. Jean Brault ment quand il dit avoir livré 25 000 $ à M. Morselli lors du cocktail de Noël de 2001, 50 000 $ pour retarder un appel d'offres du ministère de la Justice et 25 000 $ pour le salaire de Beryl Wajsmann.

Dans un communiqué remis à la presse, écorchée au passage pour lui avoir «volé son intégrité», Joe Morselli accuse Jean Brault d'avoir tissé une fiction digne d'un film de Francis Ford Coppola, le réalisateur du Parrain, avec un «honnête homme d'affaires» dans le rôle du vil mafieux. M. Morselli n'a pas pu exprimer son opinion au sujet de Jean Brault dans son témoignage, le commissaire John Gomery lui ayant interdit de mélanger les impressions avec les faits lors d'un virulent échange où la pression a monté chez les deux hommes.

Le ton a été beaucoup plus courtois en matinée hier lorsque M. Morselli a répliqué aux ragots sur ses origines. «Je suis né en 1939 dans le coin nord-est de l'Italie. Il n'y a pas de groupe parrain qui arrive de cette région-là. Je suis vénitien, fier de l'être», a-t-il dit, suscitant une vive réplique dont le commissaire Gomery a le secret. «C'est très loin de la Sicile, disons.»

Si j'avais un bâton...

S'il avait mis la main sur un bâton lors de sa fameuse engueulade avec Daniel Dezainde, en juillet 2001, Joe Morselli l'aurait frappé.

L'ex-directeur général du PLC-Q était ouvertement raciste et antisémite, a accusé M. Morselli. Il en a obtenu la confirmation lors du renvoi de son bras droit, le collecteur de fonds d'origine juive Beryl Wajsmann. Selon M. Morselli, Dezainde lui a expliqué la décision en ces termes: «On a réussi à se débarrasser d'un Juif et on va se débarrasser de tous les autres multicolores aussi.»

Joe Morselli a piqué une sainte colère, au point où Daniel Dezainde craint toujours pour sa sécurité quatre ans après les faits. «Oui, j'ai perdu mon calme et ma pression a monté, c'est sûr et certain. Si j'avais eu un bâton, je l'aurais frappé. Est-ce que je lui ai dit: "C'est la guerre"? Fort probablement.»

M. Morselli associe à l'arrivée de Daniel Dezainde au PLC-Q le début de «la fronde» contre Alfonso Gagliano et ses fidèles associés, ce qui, en définitive, a mené à l'implosion des carrières politiques de ces vieux amis de Saint-Léonard.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com