Ottawa -- Le ministère des Affaires étrangères du Canada a très tôt disposé de renseignements, tirés de rapports diplomatiques, selon lesquels Maher Arar était torturé en Syrie.
C'est ce qui a été révélé hier à l'enquête publique qui vise à faire la lumière sur le rôle du Canada dans l'expulsion de ce citoyen canadien en Syrie par les États-Unis. Malgré tout, tant les fonctionnaires que les politiciens, y compris le ministre des Affaires étrangères d'alors, Bill Graham, ont préféré minimiser les informations voulant que Arar soit maltraité par les autorités syriennes. Dans son témoignage livré hier à l'enquête, l'ex-directeur des opérations consulaires au ministère des Affaires étrangères, Gar Pardy, a déclaré qu'il y avait de bonnes raisons d'être inquiet lorsque le ministère a reçu des rapports de Léo Martel, le consul du Canada en poste à Damas, en novembre et décembre 2002. Les rapports ne font pas explicitement état des mauvais traitements mais signalent que des gardes syriens étaient toujours présents lorsque des diplomates canadiens allaient rencontrer M. Arar. En outre, M. Arar était toujours tenu à distance des visiteurs, de sorte que ceux-ci ne pouvaient pas déterminer s'il était en bonne santé. Dans un rapport expédié à l'époque, M. Martel indiquait que Maher Arar paraissait soumis en présence de ses geôliers et résigné sur son sort. Tous ces faits auraient dû alerter les autorités canadiennes que M. Arar était victime de mauvais traitements, a déclaré son avocat, Marlys Edwardh. M. Pardy a pour sa part ajouté que lors de ces entrevues, M. Arar n'avait pas besoin de lui confirmer qu'il était victime de mauvais traitements. «Ce genre de situation faisait partie de mon quotidien, a-t-il dit. Mon expérience me disait que c'était le cas. Et n'importe qui à Ottawa qui est en contact avec ce genre de cas en serait arrivé aux mêmes conclusions.»