L'Irak fait appel à l'ONU

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AFP , Reuters
Édition du jeudi 26 mai 2005

Mots clés : onu

Incapable d'assurer seul la sécurité, Bagdad demande le prolongement de la présence des forces américaines

Pompiers et policiers irakiens s'affairent sur les lieux d'un attentat suicide à la voiture piégée qui a fait trois victimes parmi les policiers et trois autres blessés hier dans le quartier Doura, dans le sud de Bagdad. Débordées par ces actes de violence quotidiens, les autorités irakiennes ont demandé le prolongement de la présence de la coalition militaire dirigée par les États-Unis.

Photo: Agence Reuters

New York et Bagdad -- Les autorités irakiennes ont demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de permettre à la coalition militaire menée par les États-Unis de rester en Irak, s'estimant encore incapables d'assurer seules la sécurité du pays.

Cet aveu survient dans le contexte d'importantes opérations militaires américaines contre la rébellion et au lendemain de l'annonce selon laquelle un des principaux chefs de celle-ci, Abou Moussab Zarqaoui, a probablement été grièvement blessé.

Le ministre irakien des Affaires étrangères, Hochiyar Zebari, a fait sa demande dans une lettre qui circulait hier à l'ONU.

«Dans sa situation actuelle, notre pays continue d'affronter une insurrection armée qui compte encore dans ses rangs des combattants étrangers opposés au passage de l'Irak à la démocratie», a déclaré Zebari dans cette lettre adressée au représentant danois Ellen Loj, qui préside le Conseil de sécurité ce mois-ci.

«Malgré nos efforts continus pour créer des forces de sécurité, elles ne sont pas encore aptes à assumer seules la responsabilité du maintien de la sécurité nationale et la défense de nos frontières», poursuit-il.

La résolution 1546, adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité le 8 juin 2004, mettait en place le programme de la transition démocratique irakienne, autorisait la présence en Irak des forces menées par les États-Unis et prévoyait un réexamen du mandat américain ou bien 12 mois après l'adoption de la résolution, ou bien à la demande du gouvernement irakien.

La résolution ne prévoit pas de vote du Conseil de sécurité pour permettre une prolongation du mandat américain, seulement un réexamen, engagé à la demande du gouvernement irakien.

Ce réexamen devrait avoir lieu la semaine prochaine, alors que la France assumera la présidence du Conseil de sécurité.

Environ 160 000 soldats sont actuellement en Irak, dont 140 000 Américains. Un certain nombre de pays appartenant à la coalition ont annoncé leur volonté de s'en retirer entièrement ou en partie au cours des mois à venir.

Les troubles en Irak vont encore durer des années, et la communauté internationale n'y imposera la paix qu'en oeuvrant à un changement des mentalités, a estimé hier à Madrid une secrétaire générale adjointe de l'ONU, Rima Khalaf Hunaidi. Mme Khalaf Hunaidi, ancienne vice-première ministre jordanienne, était l'invitée de l'institut Elcano de Madrid, un centre d'analyse géopolitique de tendance libérale.

Al-Zarqaoui: blessure crédible

L'annonce par al-Qaïda, mardi, de la blessure de son chef en Irak, le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, est présentée comme crédible par des experts malgré l'imbroglio habituel des communiqués, difficiles à décoder sur les sites Internet islamistes.

«D'abord, l'annonce est signée Abou Maïsara al-Iraqi [du «département de l'information» du groupe Zarqaoui], et cela confère au communiqué une crédibilité certaine», souligne Abdel Bari Atwan, rédacteur en chef du quotidien arabe londonien al-Qods al-Arabi.

Publié mardi sur le forum d'al-Hesba, le communiqué a aussitôt été reproduit sur le forum d'al-Khaymah, un autre site islamiste utilisé par al-Qaïda en Irak depuis le blocage, il y a plus de deux mois, des sites al-Ansar, al-Eklass et Islamic-Minbar, habituellement utilisés par le groupe.

«Ensuite, al-Qaïda n'a pas publié de démenti près de 24 heures après l'annonce de la blessure» de Zarqaoui.

Le communiqué ne précisait pas la date, le lieu ou la gravité de la blessure. Il a en revanche appelé «la nation islamique et les frères dans l'unicité» à «implorer Dieu pour que notre cheik [...] soit guéri des blessures qu'il a subies dans sa lutte pour la religion».

«Sans aucun doute, Zarqaoui a été grièvement blessé. S'il l'avait été légèrement ou moyennement, al-Qaïda ne l'aurait pas annoncé», estime M. Atwan, qui exclut l'éventualité d'«une manoeuvre d'al-Qaïda».

«Je pense même que Zarqaoui est à l'article de la mort. Le communiqué est un prélude à une annonce du pire», estime encore M. Atwan, un habitué des groupes islamistes qui s'exprime souvent sur les médias occidentaux et arabes depuis son entrevue d'Oussama ben Laden dans les années 90.

Yasser Sirri, directeur de l'Observatoire islamique, une organisation basée à Londres qui dit défendre les causes des musulmans dans le monde, n'écarte pas lui non plus la véracité de la blessure de Zarqaoui. Lui aussi avance comme arguments «la signature d'Abou Maïsara» et «l'absence de démenti d'al-Qaïda».

«En outre, l'appel aux musulmans à prier pour Zarqaoui est un indice significatif de la gravité de ses blessures», estime M. Sirri, également très sollicité par les médias sur les groupes djihadistes. Mais selon lui, «Zarqaoui n'est pas encore mort. Autrement, al-Qaïda l'aurait annoncé, parce que tout moudjahid [combattant], et encore davantage Zarqaoui, aspire à la victoire ou au martyre, sollicité en islam».

«De toute façon, le djihad en Irak ne s'arrêtera pas avec la mort de Zarqaoui. D'ailleurs, le communiqué insistait sur le fait que Zarqaoui "a formé une génération" de moudjahidines», conclut M. Sirri.

Le Washington Post, citant hier un lieutenant de Zarqaoui, qui se présente sous le nom d'Abou Karrar, a indiqué que le groupe cherchait un successeur à son chef si celui-ci devait mourir des suites de ses blessures.

Selon Abou Karrar, Zarqaoui a été blessé par balle entre l'épaule et la poitrine durant le week-end au cours d'une opération des forces américaines et irakiennes autour de la ville de Ramadi, à l'ouest de Bagdad.

Un des principaux lieutenants de Zarqaoui et plusieurs combattants arabes à ses côtés ont été tués au cours des échanges de feu, selon le journal.

L'opération antirébellion continue

Les forces américaines et irakiennes ont poursuivi hier la vaste opération (leur plus grande opération commune) lancée contre la rébellion dans l'ouest de l'Irak, qui a fait dix tués dans les rangs des insurgés et aurait permis l'arrestation d'environ 440 d'entre eux.

Ces forces ont annoncé hier l'arrestation d'un des «émirs» et d'un «secrétaire» du réseau Zarqaoui.

Un millier de soldats américains et irakiens ont mené un raid hier matin à Hadissa, une ville située dans la province occidentale d'Anbar, où ils ont perquisitionné des maisons et arrêté des suspects.

L'armée américaine a déclaré que des marines et des soldats de l'US Navy étaient impliqués dans cette opération, baptisée «Nouveau Marché». Dix insurgés y ont été tués et deux marines blessés, a annoncé l'armée américaine.

Hadissa, une ville de 100 000 habitants située sur les rives de l'Euphrate à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Bagdad, a été ces derniers mois le théâtre de fréquentes attaques contre les militaires américains.

L'état-major américain pense que des insurgés liés à Abou Moussab Zarqaoui sont actifs dans la région, traversée par une route stratégique reliant la Syrie au bastion rebelle de Ramadi.

Autres attentats

Entre-temps, de nouveaux attentats, surtout à la voiture piégée, ont continué à frapper aussi bien la population que les troupes américaines: une centaine de personnes, dont neuf GI's, ont été tuées au cours des trois derniers jours. Avec environ 600 morts, le mois de mai est l'un des plus meurtriers depuis le début de l'offensive américaine, en mars 2003.

Onze Irakiens ont été tués hier dans des attaques, dont cinq dans deux attentats suicide à Bagdad, qui ont également fait 20 blessés, dont 11 policiers, selon des sources sécuritaires.

«Trois policiers ont été tués et trois autres blessés dans un attentat suicide à 21h dans le quartier Doura, dans le sud de Bagdad», a précisé une source du ministère de la Défense.

Enfin, Damas a été accusé par Washington et Bagdad de contribuer aux attaques contre l'Irak notamment en permettant des infiltrations à la frontière irako-syrienne. Les relations entre l'Irak et la Syrie «ne sont pas au beau fixe», a déclaré hier le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, tout en faisant état de signaux positifs sur une meilleure collaboration du régime de Damas.


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