Avancée importante dans la lutte contre le cytomégalovirus
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Des chercheurs de l'université McGill viennent d'élucider pourquoi certains individus résistent mieux que d'autres à une attaque perpétrée par le cytomégalovirus, un pathogène très répandu et appartenant à la grande famille des virus de l'herpès. Leur découverte, qui est publiée dans la revue Nature Genetics, devrait conduire à la mise au point de traitements efficaces contre ces infections virales qui peuvent être dévastatrices.
Lorsque le CMV infecte une personne en bonne santé, il n'entraîne habituellement que des symptômes bénins, tels qu'un rhume accompagné d'une légère fièvre. Mais chez les individus dont le système immunitaire est affaibli, comme les nouveau-nés, les personnes atteintes du syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA) et les greffés, les conséquences peuvent être nettement plus graves. Une première infection au CMV durant la grossesse peut induire un retard mental chez le bébé. De même, les personnes soumises à un traitement d'immunosuppression en raison d'une greffe d'organe sont particulièrement vulnérables au virus, qui peut être présent dans l'organe transplanté ou qui peut être transmis par une personne de l'entourage. Ces différentes circonstances peuvent entraîner le rejet du greffon, voire mener à la mort.
Une fois que le CMV infecte un personne, il s'y installe à demeure. Et il n'est plus possible de s'en débarrasser. Le virus entre le plus souvent en dormance dans certaines cellules du système immunitaire et laisse la personne porteuse asymptomatique. Mais il peut se réactiver à l'occasion de stress importants. L'organisme libère alors de nouveaux virus dans les sécrétions et la personne devient contagieuse sans même en être consciente.
C'est en étudiant une lignée de souris résistantes au CMV que l'équipe de Sylvia Vidal, chercheuse à l'université McGill, a identifié deux gènes participant à cette résistance. L'un de ces gènes fabrique un récepteur situé sur les cellules tueuses naturelles (natural killer), qui forment le tout premier bataillon s'attaquant aux pathogènes lorsque ceux-ci pénètrent dans l'organisme. Le second gène synthétise une protéine de la cellule hôte (que le virus colonise) à laquelle s'attache un fragment du virus présent dans la cellule afin qu'il devienne visible et soit repéré par différentes cellules du système immunitaire, notamment les cellules tueuses naturelles et les cellules T, qui interviennent plus tardivement dans la guerre contre les pathogènes. Or c'est l'interaction entre ce récepteur localisé uniquement sur les cellules tueuses et ces protéines, dites présentatrices d'antigène, présentes sur les cellules hôtes, qui confère à ces souris leur résistance au CMV.
La résistance génétique à certains pathogènes que possède un individu est liée à la capacité de ses mécanismes de défense à les identifier et à les détruire, rappelle la virologiste moléculaire. Or la mobilisation des cellules tueuses est immédiate, contrairement à celle des cellules T qui doivent être éduquées. Les cellules tueuses naturelles permettent donc de mater l'ennemi avant qu'il ne progresse trop dans l'organisme.
«Les cellules tueuses naturelles jouent un rôle très important dans l'élimination de l'infection, explique-t-elle. Car plus la charge virale initiale est importante, plus il y a de chances que le virus s'établisse dans l'organisme pour le reste de la vie de l'individu. Nos découvertes nous indiquent qu'en stimulant les cellules tueuses naturelles qui entrent en action au cours des premiers instants de l'infection et en les guidant vers ces parcelles de CMV que nous présentent les cellules infectées nous parviendrons peut-être à enrayer très vite l'infection et à éviter l'établissement de cet état de latence des virus dans le corps.»
Sylvia Vidal avait précédemment mis en lumière chez une autre lignée de souris un premier mécanisme de résistance contre le CVM. Très semblable à celui récemment découvert, ce mécanisme se compose aussi d'un récepteur associé aux cellules tueuses naturelles, mais celui-ci reconnaît et se fixe directement sur une protéine du virus lui-même qui est exposée à la surface des cellules infectées. La chercheuse trouve toutefois étonnant qu'il existe deux mécanismes de résistance innés contre un seul et même virus, le CMV, car l'évolution naturelle a plutôt tendance à opter pour l'économie de moyens.
«Ces deux récepteurs reconnaissent quelque chose du virus qu'il nous faut déchiffrer plus précisément, affirme-t-elle. Il s'agit d'une "étiquette" nous indiquant que la cellule est infectée par le CMV. Mais cette étiquette est peut-être commune à d'autres virus, comme celui de l'herpès génital, de la mononucléose ou de la varicelle, qui font tous partie de la même grande famille.» Les traitements que l'on élaborera à partir de ces découvertes pourraient donc s'avérer efficaces contre les infections induites par ces autres pathogènes.
Bien que Sylvia Vidal ait effectué ses découvertes chez des souris, la chercheuse croit qu'un phénomène comparable existe aussi chez l'humain puisqu'on observe une variation de la susceptibilité au CMV au sein de la population humaine.
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