Québec tourne en rond dans le dossier des sages-femmes

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du jeudi 26 mai 2005

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Rien ne sert de former des sages-femmes si elles n'ont pas de lieux pour pratiquer, dénonce une coalition

La coalition demande au gouvernement de débloquer des fonds pour développer de nouvelles maisons de naissance.

Photo: Jacques Nadeau

Il faudra plus que l'annonce d'une politique de périnatalité promise hier par le ministre Philippe Couillard pour contenter la Coalition pour la pratique sage-femme. Sortie les mains vides de l'étude des crédits budgétaires, la coalition, forte d'une dizaine d'organismes, estime que ce revers aura pour conséquence de mettre sur la glace le développement de nouvelles maisons de naissance, un avis que partage la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Louise Harel.

Il revient en effet aux agences de chaque région d'accorder le financement nécessaire à la mise sur pied d'une maison de naissance. Mais voilà, les agences ont à peine les crédits nécessaires pour couvrir les coûts de leur système, elles qui ont vu l'enveloppe de la santé passer de 1,2 milliard il y a deux ans à 963 millions l'année suivante, pour atteindre les 780 millions cette année.

«Il y a des projets, comme ceux du Plateau, des Laurentides ou de Limoilou, qui attendent un feu vert qui ne vient pas parce que le ministre n'a pas dédié de crédits [aux maisons de naissance] comme il le fait pour les personnes âgées, la santé mentale ou le maintien à domicile», dénonce la députée d'Hochelaga-Maisonneuve.

Mme Harel demande donc au ministre Couillard de faire le nécessaire pour que sa volonté politique se traduise par l'octroi de crédits dédiés spécifiquement au développement de maisons de naissance. Son objectif: développer au moins deux maisons de naissance par année afin, qu'à terme, chaque région puisse disposer d'un tel service.

Pour le moment, le Québec ne dispose que de huit maisons de naissance. Ainsi, si la loi permet aux femmes qui le désirent d'être suivies par une sage-femme, bien peu de parturientes ont accès à ce service. «Présentement, de 1 à 2 % des femmes accouchent avec une sage-femme; nous savons qu'il y a facilement 13 % des femmes qui aimeraient le faire mais ne le peuvent pas, faute de services», fait valoir Geneviève Labelle, coordonnatrice au Regroupement Naissance-Renaissance.

La Coalition pour la pratique sage-femme est d'autant plus déçue du désintérêt manifesté par le ministère que plusieurs des projets qui sont prêts à décoller ne peuvent être lancés faute de sous, mais aussi faute de clarté dans les lignes gouvernementales. «Techniquement, il revient aux agences de faire le développement, mais dans les faits, tout le monde se renvoie la balle», déplore Mme Labelle.

À 800 000 $ par année, les frais de roulement d'une maison de naissance typique sont pourtant une aubaine pour le système de santé. Pour ce montant, cinq ou six sages-femmes peuvent pratiquer en moyenne 250 accouchements par année.

La création de nouvelles maisons de naissance est d'autant plus urgente que les femmes ont désormais le droit d'accoucher à la maison... si elles sont suivies par une sage-femme qui a accès à une maison de naissance «On tourne en rond. On a des listes d'attente à n'en plus finir, des sages-femmes au chômage et, entre ça, on a un gouvernement qui paie pour les former mais qui ne développe pas les services pour répondre à la population», conclut Geneviève Labelle.


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