La Banque du Canada maintient son taux à 2,50 %

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Éric Desrosiers
Édition du jeudi 26 mai 2005

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Attendant que les exportations reprennent, la Banque du Canada a laissé inchangé, hier, pour un septième mois consécutif, son taux directeur à 2,50 %. Confiante dans ses projections, elle n’a pas même changé un mot de son analyse des mois derniers.

Largement attendue, la décision de la banque centrale n'en a pas moins laissé les analystes sur leur faim. On aurait aimé y trouver quelques indices sur l'évolution future de sa politique monétaire. «On tourne un peu en rond, a résumé Paul-André Pinsonnault, économiste principal Revenu fixe à la Financière Banque Nationale. Il n'y avait rien de nouveau dans le communiqué [d'hier] de la banque. En même temps, comme les tendances semblent confirmer ses anticipations du début de l'année, elle a sans doute raison de simplement garder le cap en attendant que se produise quelque chose de neuf.»

Rien, dans les dernières données économiques canadiennes et mondiales, n'est venu fondamentalement changer le portrait de la situation que l'on pouvait dresser au début de l'année, a affirmé l'institution gouvernée par David Dodge. «On estime toujours que, cette année et l'an prochain, la croissance proviendra principalement de la demande intérieure, a-t-elle expliqué dans son communiqué. Conformément à l'analyse exposée [par la banque en avril et en janvier], l'économie canadienne devrait tourner de nouveau à plein régime au second semestre de 2006, et l'inflation mesurée par l'indice de référence, remonter à 2 % vers la fin de la même année.»

À la lumière de ces projections, «une réduction du degré de détente monétaire sera requise au fil du temps», a-t-elle répété, pour autant que ne se concrétisent pas les risques «liés en grande partie aux changements en cours sur la scène mondiale».

Pour la plupart des analystes, cela veut dire que la première hausse de 25 points de base du taux cible des fonds à un jour de la banque ne se produira pas avant l'automne. «On garde encore espoir que cela se produise en juillet, dit Paul-André Pinsonnault, mais il faudra pour cela rapidement des indices clairs d'une accélération de la croissance économique.»

Ne vois-tu rien venir?

Et ces indices tardent à apparaître. On a beau avoir appris, mardi, que l'indicateur avancé composite a progressé, en avril, comme il ne l'avait pas fait au Canada depuis l'automne, ce résultat est largement faussé par l'euphorie boursière des deux premiers mois de l'année, note Benoît P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins.

On attend surtout l'annonce d'une embellie sur le front du commerce extérieur. Elle ne viendra pas des résultats économiques pour les trois premiers mois, qui doivent être dévoilés, au pays, la semaine prochaine, pense l'économiste. «On sait déjà que la situation a continué à se dégrader au premier trimestre, dit Benoît P. Durocher. Il nous reste à voir, et à espérer, que le phénomène s'essoufflera au deuxième trimestre et qu'il commencera à se renverser au troisième et au quatrième trimestre.»

Les problèmes de ce côté sont toujours les mêmes, dit-il. Il s'agit des taux de change et de l'appréciation du dollar canadien. Plusieurs entreprises canadiennes en ont bien profité pour acheter l'équipement qui leur permettra d'améliorer leur productivité, mais la situation reste difficile pour ceux qui ont des clients à l'étranger. Le léger recul du huard des dernières semaines constitue, pour eux, un moment de répit fort apprécié.

Il y a aussi le risque d'un tassement de la demande dans notre principal marché d'exportation, poursuit-il. Les dernières statistiques font craindre, en effet, un ralentissement économique plus prononcé que prévu aux États-Unis dans les prochains mois. Sans parler du prix du pétrole, qui est revenu à un niveau plus raisonnable mais qui reste soumis à de fortes pressions inflationnistes.

D'autres facteurs influent toutefois dans l'autre sens. La prodigalité des dernières semaines du gouvernement fédéral, avec ses milliards promis à l'Ontario, aux garderies et aux aéroports, ne manquera pas de vitaminer encore un peu plus le marché intérieur, dit par exemple Paul-André Pinsonnault. «Il faudra bien, à un moment donné, tenir compte de ces annonces qui auront un effet expansionniste sur l'économie.»

La prochaine annonce de taux de la Banque du Canada est prévue pour le 12 juillet, soit deux jours avant la Mise à jour de son Rapport sur la politique monétaire. La banque centrale canadienne a pour principale mission de garder l'inflation aux alentours d'un taux cible de 2 %. Son indice de référence, mesurant les prix à la consommation à l'exception des facteurs les plus volatils comme l'énergie et l'alimentation, n'a pas dépassé cette marque depuis décembre 2003; il s'élevait à 1,7 % le mois dernier.


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