Opinion
Les finances d'un Québec souverain: plus viables que jamais
Mots clés : finances
Certains disent que c'est du solide, d'autres, de la fantaisie; certains disent que c'est réaliste, d'autres, que c'est jovialiste; certains disent que les hypothèses sont correctes, d'autres, que les incertitudes potentielles invalident les hypothèses.
De la proposition sur le budget d'un Québec indépendant et du document lui-même, bien peu de commentaires sur l'aspect comptable et les hypothèses économiques mais beaucoup de commentaires sur l'environnement qui prévaudra advenant un référendum favorisant la souveraineté.
Les hypothèses sur le budget reposent sur le comportement rationnel des agents économiques et sociaux, bref, sur la raison. Les pourfendeurs des finances d'un Québec souverain basent leurs commentaires sur une appréhension d'un mauvais fonctionnement de notre système économique et d'une quasi-hystérie qui s'emparera des citoyens le lendemain d'un référendum qui verrait une majorité voter en faveur de la souveraineté du Québec.
Établissons les faits: l'exercice des finances établit la viabilité d'un Québec souverain. En soi, d'ailleurs, il ne lance pas une nouveauté; la commission Bélanger-Campeau avait déjà établi que le Québec souverain est viable.
Souvenons-nous qu'à l'époque de cette commission, les déficits du gouvernement fédéral étaient importants, alors qu'aujourd'hui, ce sont les surplus qui sont importants. Compte tenu que les taxes et impôts qui viennent du Québec contribuent à ces surplus, il est normal d'affirmer que le Québec souverain serait aujourd'hui encore plus viable qu'à cette époque de la commission Bélanger-Campeau.
Décision rationnelle
La discussion d'aujourd'hui porte sur les circonstances et le comportement des agents économiques à la suite d'un OUI. Les faits tels que révélés par l'expérience passée peuvent aider à situer le débat sur les hypothèses du comportement futur invoquées de part et d'autre.
Que peut-on dire de ces deux visions? La première est à tout le moins basée sur le fait qu'une décision favorable à l'indépendance aura été prise démocratiquement et ne constituera pas un coup d'État surprise mais une décision rationnelle, soit une continuité dans l'évolution du Québec.
La deuxième semble s'appuyer sur le fait qu'en cas de résultat favorable à l'accession du Québec au rang de pays, les citoyens qui ont voté paniqueraient et oublieraient les éléments de rationalité qui les habitaient au moment du vote. Bref, une rupture désordonnée. Sans être très explicite sur le sujet, on laisse également entendre que le Canada réagirait de manière irrationnelle et oublierait ses propres avantages à rester en bons termes avec le Québec.
Qu'en est-il, au juste? Je crois sincèrement que les pourfendeurs de l'indépendance du Québec font de la projection de leurs états d'âme et nient que la raison est une force qui prévaudra. Certes, devant la réalité, quelques-uns décideront d'agir de façon irrationnelle et émotive, mais que tout un peuple fasse cela est fortement invraisemblable car les citoyens du Québec ont su par le passé s'assumer et prendre leurs responsabilités. Si les Québécois votent OUI, cela aura été avec leur «raison et leurs tripes». Ce résultat sera accueilli au Canada et sans doute traité avec une certaine dose d'émotivité, mais rien ne permet de dire que les Canadiens perdront la raison et le sens de leurs intérêts.
Ceux qui prédisent un état d'émotivité tel que le Québec et son économie seront dans la tourmente ne sont-ils pas les mêmes qui ont créé ou accrédité le «coup de la Brinks», ne sont-ils pas les mêmes qui ont fait peur aux citoyens en disant que «les pensions de vieillesse disparaîtraient»1 et que le «financement sur les grands marchés financiers serait impossible et coûteux»?
Tous ces épouvantails ne se sont pas matérialisés et ne se matérialiseront pas car ils ont été soit mis en scène, soit brandis sans fondement. N'y a-t-il pas eu un agent de la Gendarmerie royale du Canada pour poser des bombes et amplifier une crise? Les mentalités ont évolué et le contexte international aussi.
Des affaires rentables
Cette étude sur la situation financière d'un Québec souverain vient démontrer que les ressources du Québec seront amplement suffisantes pour assumer tous les programmes et transferts provenant du gouvernement fédéral et maintenir les services et la qualité de vie des Québécois.
Quant à la capacité de financement d'un Québec souverain, souvenons-nous des prédictions catastrophiques au lendemain d'un premier gouvernement souverainiste et souvenons-nous de la réaction des grands financiers de Toronto quand le Québec a décidé de prendre en main son financement en s'affranchissant des grands syndicats financiers. Après une hésitation dont les banques américaines, japonaises, françaises, allemandes, belges et anglaises ont profité, la raison a prévalu et les grandes banques canadiennes ont demandé et recommencé très rapidement à participer au financement du Québec car il y avait des profits intéressants à réaliser. Faire des affaires avec le Québec demeurait toujours rentable.
Les investisseurs quitteraient le Québec, dit-on? Faut-il rappeler aux personnes qui mettent en avant ce scénario que même une grande multinationale québécoise a investi en Irlande du Nord, région où le climat politique est perçu comme bien plus trouble que ne le serait jamais le climat d'un Québec ayant accédé à sa souveraineté de façon démocratique?
Tous les investisseurs sont à la recherche de profit. Le Québec n'est-il pas la «province canadienne» qui a favorisé la venue du libre-échange, contrairement à l'Ontario? Sans ce soutien du Québec, le libre-échange de Brian Mulroney aurait-il été signé? Le Québec est ouvert et restera ouvert au monde des affaires. On peut trouver bien d'autres exemples du même genre.
On ne peut décrire honnêtement l'environnement futur qu'en affirmant que la rationalité et l'intérêt continueront de structurer l'économie et les affaires publiques. Il faut bien admettre que des désaccords peuvent nourrir des peurs, mais on doit aussi concéder que notre société aussi bien que les autres provinces du Canada répondra à ces peurs à partir d'un cadre rationnel au service du bien commun.
Le débat sur la question du Québec doit se faire intelligemment. Les Québécois sont responsables, et le Québec sait faire.
1. Au sujet des pensions de vieillesse, il est toujours bon de préciser que ces paiements du fédéral sont pris à même les impôts et taxes que nous, les gens du Québec, payons à Ottawa. Dans un Québec souverain, ces mêmes pensions de vieillesse seraient versées par le Québec directement aux personnes âgées. Le détour par le fédéral serait évité. Le seul changement serait la couleur du chèque.

