Trêve respectée aux Communes

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Manon Cornellier
Édition du mardi 17 mai 2005

Mots clés : communes

Tous les partis adoptent une motion garantissant un vote de confiance jeudi

Ottawa -- La trêve promise par les partis fédéraux est entrée en vigueur hier au Parlement, mais ce n'était que pour mieux poursuivre leur pré-campagne et leurs préparatifs pour les élections qui pourraient avoir lieu après le vote de jeudi sur le budget.

Le changement de ton était perceptible dès la reprise des travaux aux Communes. Tous les partis ont accepté d'adopter une motion garantissant la tenue de ce vote de confiance jeudi, ce qui a mis fin, du coup, à la guerre de procédures qui a paralysé le Parlement la semaine dernière.

Chaque parti a tenté ensuite de se donner le beau rôle, de se montrer coopératif et prêt à faire des compromis. Mais les intérêts électoraux de chacun n'étaient jamais étrangers aux accommodements proposés. Tout le monde cherchait toutefois à effacer l'impression d'acrimonie laissée par les échanges mordants des dernières semaines.

Le premier ministre Paul Martin, qui était en Nouvelle-Écosse pour annoncer un cinquième accord sur les garderies, n'a pas voulu être en reste. Il a profité de l'occasion pour se lancer dans un plaidoyer en faveur d'une plus grande civilité à la Chambre... où il ne mettra pas les pieds avant jeudi, puisqu'il doit accueillir la Reine, venue célébrer le centenaire de l'Alberta et de la Saskatchewan.

«Il y a un manque flagrant de respect, de civilité au sein de la sphère politique. Salir des réputations, lancer des attaques personnelles, démontrer de l'hostilité profonde à l'égard des autres semblent maintenant être des outils de choix dans cette nouvelle mentalité, et il faut la changer. Stephen Harper et moi-même avons bien peu en commun. [...] Mais je lui demande aujourd'hui de s'engager avec moi à soutenir un dialogue, un dialogue respectueux. La semaine qui vient sera tendue, alors engageons-nous maintenant à élever le niveau des discussions. Nous pouvons ramener la dignité dans les débats politiques», a déclaré M. Martin.

Les conservateurs, eux, ont décidé de montrer leur bonne foi à l'égard des provinces atlantiques en proposant de retirer du budget l'accord sur les revenus extracôtiers de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse pour en faire un projet de loi séparé qui serait adopté de façon accélérée d'ici à jeudi.

Tous les partis d'opposition étaient prêts à le faire, mais le gouvernement, qui accuse les conservateurs fédéraux de menacer l'accord, ne voulait pas laisser cette porte de sortie au Parti conservateur (PC). D'autant que le parti de Stephen Harper est soumis aux pressions du premier ministre conservateur de Terre-Neuve, Dany Williams, qui veut voir le budget adopté.

Les libéraux ne cachent pas qu'ils exploiteront une défaite de l'accord durant la future campagne électorale. Pris entre deux feux, les deux députés conservateurs fédéraux de Terre-Neuve refusaient hier de dire comment ils voteraient jeudi. Leurs collègues néo-écossais Gerald Keddy et Peter MacKay, eux, n'entendaient pas céder un pouce aux libéraux. «Le premier ministre ne pourra pas utiliser cet accord pour acheter mon vote», a déclaré M. Keddy, piqué au vif.

Il est à noter que le gouvernement parle souvent de «passer» le budget jeudi, mais il s'agit seulement d'un vote en deuxième lecture. Pour être adoptés de façon définitive, les projets de loi budgétaires doivent traverser les étapes de l'étude en comité, de la troisième lecture, de l'étude au Sénat et de la sanction royale.

Stephen Harper, lui, s'est tenu à l'écart de la Chambre hier, trop occupé à préparer le terrain électoral en Ontario, la province la plus volatile et la plus convoitée avec ses 106 sièges. Il a rencontré hier matin le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, qui continue sa campagne contre le déséquilibre fiscal dont souffre sa province.

M. McGuinty est ressorti de la rencontre avec l'assurance que l'entente de 5,75 milliards sur cinq ans qu'il a conclue avec Paul Martin il y a une semaine serait respectée, dans le cas d'une victoire électorale des conservateurs.

M. Harper s'est aussi montré plus réceptif que M. Martin sur la question du déséquilibre fiscal, un concept qu'Ottawa rejette. M. McGuinty affirme depuis des mois qu'il y a un fossé de 23 milliards entre ce que les Ontariens versent en impôts au fédéral et toutes les dépenses qu'Ottawa effectue dans leur province. Il veut voir cet écart réduit.

Et peu importe les maux de tête que cela cause dans les rangs libéraux fédéraux, M. McGuinty va continuer à faire campagne sur cette question. «Avant, pendant et après les élections», a-t-il répété hier. Refusant de traiter cette affaire comme une question partisane, il prévoit même rencontrer le chef néo-démocrate, Jack Layton.

La situation en Ontario est très volatile, libéraux et conservateurs s'échangeant la première place. Selon un sondage Léger Marketing, réalisé pour le Toronto Sun, les libéraux auraient pris les devants avec 43 % des appuis, devant les conservateurs qui glanent 31 % des intentions de vote. Le NPD arriverait troisième avec 19 % d'appuis. Il s'agit d'un des rares sondages effectués uniquement en Ontario. Il a été réalisé auprès de 1000 Ontariens entre les 3 et 9 mai derniers. La marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20.

Les Ontariens ne seraient pas favorables non plus à des élections anticipées. Le PC, qui semble ne pas manquer d'argent, a décidé de prendre le taureau par les cornes en lançant, hier, des publicités radiophoniques qui seront diffusées jusqu'à jeudi au Canada anglais. Le message est cru et direct. Le mot corruption revient à chaque détour. On y accuse Paul Martin «de tout faire pour s'accrocher au pouvoir», de vouloir «éviter les électeurs» alors que «le Canada a besoin d'une élection maintenant». «Il est temps de se tenir debout pour le Canada», concluent les deux messages.

Tous les partis, qui se préparaient déjà pour de possibles élections, ont accéléré le pas. Même la vice-première ministre Anne McLellan a ouvert son bureau de campagne et fait imprimer ses affiches. Les plans de tournée des chefs sont avancés. Personne pourtant ne peut prédire avec certitude le résultat du vote de jeudi, bien que le chef bloquiste Gilles Duceppe dise avoir bon espoir de l'emporter.

Les conservateurs et les bloquistes comptent 153 députés et les libéraux et néo-démocrates, 150. Tout dépend de la décision des trois députés indépendants. La première est acquise aux libéraux, le second est insatisfait de leur plan pour le Darfour et le troisième sonde encore ses électeurs. Si le gouvernement perd, les élections pourraient avoir lieu dès le 27 juin.


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