L'événement Star Wars

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Odile Tremblay
Édition du lundi 16 mai 2005

Mots clés : cannes

Cannes n'est pas peu fier d'avoir obtenu la primeur mondiale de La Revanche des Sith

L'actrice Natalie Portman et le réalisateur George Lucas posant pour la presse, hier à Cannes, à l'occasion du lancement de l'ultime film de la série Star Wars: La Revanche des Sith.

Photo: Agence Reuters

Cannes -- Il y avait une cohue pas possible hier soir sur la Croisette. La montée des marches de George Lucas et de son équipe, pour le dernier épisode de Star Wars, se faisait sur fond d'orchestre, de foule immense et de beau soleil. Ne manquaient que Yoda et mille créatures virtuelles impossibles à déloger de leur vie sur ordinateur. L'événement clinquant de cette 58e édition cannoise se déroulait dans une galaxie parallèle.

Ce festival a beau sabler le champagne avec la cinéphilie de haut vol, il n'était pas peu fier d'avoir obtenu la primeur mondiale du Star Wars ultime: La Revanche des Sith. Dès minuit, la superproduction américaine allait sortir dans une salle de Paris. Ensuite, un peu partout. L'important, semble-t-il, étant de voir le film avant les autres.

2200 plans d'effets spéciaux; un record absolu au cinéma, battant les volets précédents de la saga et ceux du Seigneur des anneaux. Du plus gros, du plus numérique, en attendant le prochain record. Quant au reste...

Effets spéciaux spectaculaires, prouesses techniques, contenu bien mince. Les fans des Star Wars, innombrables, y trouveront peut-être leur compte. Moi, cet univers de guerres intergalactiques me laisse froide. Un autre en fera la critique cette semaine. Avant de gravir l'escalier du soir, l'homme qui vaut trois milliards s'est assis, déglingué, résigné, au milieu de ses comédiens, devant la table de conférence de presse. Ça ennuie George Lucas, le jeu des questions-réponses. En a-t-il vraiment besoin, au fait?

C'était son anniversaire. Il dit ne jamais vieillir à force de changer d'âge dans des avions, au milieu du no man's land temporel des fuseaux horaires contraires. L'ancien pilote devenu cinéaste vit dans un autre monde. Qui en doutait?

Dans La Revanche des Sith, le jeune Anakin Skywalker (Hayden Christensen), chevalier du Jedi voué au bien, tournera casaque pour servir les forces du mal. Batailles épiques, planètes embrasées, bêtes et extraterrestres délicieusement repoussants, violons d'amour pour le couple de héros. Le menu intergalactique est copieux, voire indigeste.

Lucas se dit particulièrement fier de cet épisode, axé sur les personnages, moins manichéen que les autres, avec des zones grises. Un homme de bien s'aventure vers le mal sans s'en apercevoir. «Les méchants se croient bons; voilà le problème, déclare-t-il avant d'enchaîner: La Revanche des Sith est le plus émotif des Star Wars. Il est aussi le cadre d'une scène de combat particulièrement violente.»

Résultat: La Revanche des Sith a hérité aux États-Unis et ailleurs de la cote 13 ans et plus. La vue d'Anakin blessé et léché par les flammes du volcan n'en fait plus un Conte pour tous. «Oui, l'épisode est moins léger que les précédents, avoue le cinéaste, mais cette cote va décevoir bien des enfants...»

Chose certaine, quand le très doué cinéaste d'American Graffiti avait lancé, avec un coup de pouce de Coppola, le premier épisode de La Guerre des étoiles au milieu des années 70, il n'espérait pas pareil triomphe. La saga des Star Wars allait lui apporter gloire et fortune, mais le rendre aussi prisonnier d'un univers.

Non, ce monde délirant n'est pas né d'un rêve nocturne retranscrit au matin. Lucas précise être un bûcheur qui travaille lentement, avec douleur.

«J'ai passé deux ans sur le scénario original, dit-il. Ce devait être un film unique, mais il était si long que je me suis résigné à le découper en trois parties.» On connaît la suite. Star Wars est devenu culte. Dès le départ, Lucas eut la brillante idée de renoncer à son salaire pour demander un pourcentage sur les recettes et les produits dérivés. Bien lui en prit! mais il laissa à d'autres le soin de réaliser les deux épisodes suivants.

Le succès crée la demande. Près de vingt ans après son premier Star Wars, il amorça une suite à trois volets, situant cette nouvelle série à une époque antérieure à la précédente. La Menace fantôme sortait en 1999, L'Attaque des Clones en 2002. Cette fois, le chaînon manquant vient au monde, segment qui lie les deux séries et apporte des clés à l'ensemble. Dernier acte, Rideau! Plus de Star Wars après celui-ci.

L'ennui pour Lucas, c'est que les deux premiers épisodes de cette seconde série ont reçu une pluie de critiques négatives. «Simple question générationnelle, assure-t-il. Les plus de 25 ans préfèrent la première série, les autres la seconde. Comme les aînés possèdent des tribunes, ils parlent plus fort et on les entend davantage.»

Ça fait sourire George Lucas, quand les gens croient trouver dans ses Star Wars des échos de la guerre en Irak, du conflit palestinien, etc. «Au cours des années 70, à l'heure où j'ai créé cet univers, les États-Unis étaient englués dans le conflit du Vietnam. Là se trouve ma source», répond-il.

À ses yeux, la transformation d'une démocratie en dictature, au centre de l'oeuvre, renvoie à bien des régimes de l'histoire. «L'Allemagne a eu Hitler, la France, Pétain. Avant eux, la tyrannie est née souvent dans un berceau démocratique. La concurrence et la corruption changent les humains au pouvoir. C'est comme ça depuis toujours. Espérons pour nous des lendemains meilleurs.»

Il y a six ans, en lançant La Menace fantôme, George Lucas prenait le virage du numérique et assurait que, d'ici à 2002, le monde entier aurait troqué la pellicule pour un signal transmis au projecteur. Il avait manié l'échéancier avec trop d'optimisme. Les majors ont bloqué le processus en multipliant les conditions pour accéder à leurs écrans.

«L'industrie américaine a haussé ses standards de définition, et la pellicule n'est pas encore déclassée, admet celui qui se bat pour l'avènement des nouvelles technologies. Mais, il y a six ans, on dénombrait 60 écrans numériques dans le monde. Aujourd'hui, ils sont 300. Bientôt, nous émergerons de cette ère de noirceur.»

George Lucas se disait hier ravi de ne pas atterrir en compétition avec ce film. «C'est bien mieux de voir son oeuvre consacrée sans avoir à concourir. Sinon, j'aurais gagné, bien sûr.» Dans les faits, Francis Ford Coppola avait plaidé auprès du directeur artistique de Cannes pour que Star Wars soit de la course... Mais George Lucas, quoique vexé, n'avouera jamais qu'il caressait ce rêve-là: se colleter avec les auteurs et leur damer le pion au palmarès. Comme quoi, on n'a jamais tout ce qu'on veut dans la vie, même avec trois milliards de dollars, et des fans partout. Insatiable esprit humain...


Vos réactions


Merci Mme Odile Tremblay - par Gisèle Lafrenière
Le vendredi 20 mai 2005 23:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com