L'opposition est déjà en campagne

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du lundi 16 mai 2005

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Semaine cruciale pour le gouvernement Martin

À quelques jours du vote crucial de jeudi sur le budget devant décider de la survie ou non du gouvernement minoritaire de Paul Martin, les deux partis d'opposition qui tentent par tous les moyens de le faire tomber sont déjà passés en mode électoral, cette fin de semaine.

Ainsi, pendant que Gilles Duceppe réclamait hier devant de jeunes militants issus des communautés culturelles des élections au plus tôt afin de faire cesser la dilapidation des fonds publics par le gouvernement actuel, tous les candidats conservateurs confirmés à ce jour étaient réunis «en formation» à Ottawa pour se préparer à entrer en campagne très bientôt.

Dans les deux camps momentanément alliés, la confiance semble régner. «On ne peut pas être très confiants, car le vote sera extrêmement serré, précise Dimitri Soudas, porte-parole du chef du Parti conservateur du Canada (PCC) Stephen Harper. Mais l'objectif est clair, et nous pensons l'atteindre. Nous avons confiance.» Côté bloquiste, le discours est semblable. «Il faut qu'on vote, a dit Gilles Duceppe au cours d'un rassemblement dans un bar de Montréal qui marquait le lancement de Québécois sans exception, un projet qui vise à mobiliser les jeunes souverainistes de toute origine autour du projet souverainiste. Et si c'est jeudi, eh bien, jeudi, on va le gagner, ce vote. Et après ça, on va gagner les élections.»

Faisant référence au scandale des commandites, M. Duceppe a dit sentir «le cynisme de la population. Mais tous les politiciens ne sont pas comme ça. Au Québec, la corruption n'est pas tolérée et ne sera plus jamais tolérée. Les libéraux doivent être sanctionnés. Notre arme à nous, c'est la démocratie: c'est par la voix des urnes que nous sanctionnerons les libéraux», a-t-il lancé dans un discours résolument électoral, où toutes les grandes lignes du programme bloquiste ont été mentionnées (souveraineté, environnement, déséquilibre fiscal...).

En principe, les libéraux doivent présenter aujourd'hui une motion indiquant que le vote de confiance sur le budget aura lieu jeudi (ce qui mettra un terme aux pratiques d'obstruction de la Chambre utilisées par l'opposition la semaine dernière). Le cabinet du premier ministre Martin a d'ailleurs confirmé hier que ce serait bien le cas. Les conservateurs, qui ont tenté, durant toute la dernière semaine, de devancer ce vote, se sont finalement résignés à l'idée d'attendre quelques jours de plus avant de passer à l'action. Chez les bloquistes, l'intention est toujours d'avoir un vote sur le budget dès aujourd'hui, indiquait hier Karine Sauvé, l'attachée de presse de M. Duceppe, mais il semble que le délai imposé convienne aussi.

Peu importe quand, Gilles Duceppe dit avoir une grande hâte d'en découdre. «Le plus tôt serait le mieux, a-t-il lancé hier. On épargnerait beaucoup d'argent. Parce que, depuis 20 jours, [le premier ministre Martin] dépense un milliard de dollars» quotidiennement. Il faisait allusion aux nombreuses ententes conclues avec des gouvernements provinciaux intervenues ces derniers jours, notamment avec ceux de l'Ontario, de la Saskatchewan, de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, sur le déséquilibre fiscal et le programme de garderies.

Une trêve?

Si le résultat du vote de jeudi reste actuellement impossible à prévoir, les deux camps opposés (libéraux et néo-démocrates d'un côté, bloquistes et conservateurs de l'autre) étant pratiquement à force égale, ce qui laisse le poids de la décision entre les mains des trois indépendants de la Chambre des communes, la réaction de l'opposition dans le cas d'une victoire du gouvernement demeure, elle aussi, incertaine.

Seule chose claire: si le gouvernement perd ce vote de confiance, les Canadiens iront voter le 27 juin. Mais si le budget passe? «Ça demeure hypothétique, dit Karine Sauvé, porte-parole de Gilles Duceppe. C'est sûr qu'on va reconnaître le vote de la Chambre, mais ce qu'on fera ensuite reste à voir.»

Les conservateurs se montrent plus précis, mais ils laissent la porte ouverte à une autre tentative pour le renversement du gouvernement d'ici à la fin de la session parlementaire, à la mi-juin. «Nous allons respecter les résultats de tous les votes de la Chambre, confirme Dimitri Soudas, contrairement aux libéraux. Mais, ensuite, on continue notre rôle, qui est d'être l'opposition officielle, et éventuellement de remplacer le gouvernement.» Y aura-t-il une trêve estivale? «Après ce vote, nous allons nous opposer aux décisions qui nous ne conviennent pas et, là où le gouvernement mérite d'avoir notre appui, il l'aura», répond simplement M. Soudas.

Mais Jay Hill, leader parlementaire des conservateurs à la Chambre des communes, a laissé entendre hier que les conservateurs mettraient fort probablement la pédale douce s'ils ne parvenaient pas à détrôner les libéraux cette semaine. «Si les circonstances ne changent pas, j'ai l'impression qu'il n'y aura pas d'autre initiative du genre d'ici au congé d'été», a-t-il déclaré à des journalistes à Ottawa.

Rien n'empêche toutefois l'opposition de tenter de faire adopter une autre motion de censure envers le gouvernement, peut-être lors des journées de l'opposition qui doivent se tenir dans deux semaines.

Le chef des néo-démocrates, Jack Layton, qui a accordé son soutien aux libéraux en vue du vote sur le budget, a d'ailleurs laissé entendre que son appui pourrait ne pas durer éternellement. Le NPD veut que le budget soit adopté, a affirmé M. Layton sur les ondes du réseau CTV, hier. Mais il pourrait toutefois réévaluer sa position par la suite, selon l'humeur du public en ce qui a trait à la tenue d'élections au printemps. «Je crois que les gens ne veulent pas nécessairement qu'il y ait des élections, a-t-il dit, mais c'est tellement chaotique en Chambre des communes en ce moment qu'ils auront peut-être l'impression qu'ils n'ont pas le choix.»

Avec la Presse canadienne


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