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Caché, de Michael Haneke, constitue jusqu'ici le meilleur morceau de la compétition

Photo: Agence Reuters
Je vous ai dit samedi tout le bien que je pensais de Last Days de Gus Van Sant, lancinante mélopée sur les derniers jours d'une rockstar. Mais Caché de Michael Haneke (le cinéaste de La Pianiste) est, sur le plan cinématographique, plus achevé et constitue jusqu'ici le meilleur morceau de la compétition. Remarquable aussi, Daniel Auteuil (qui incarne le mari de Juliette Binoche). Michael Haneke a toujours su tirer le meilleur de ses comédiens.
Dans cette histoire pleine de mystères, un couple parisien fortuné (l'époux, célèbre, anime une émission littéraire) reçoit les coups de fils anonymes et des cassettes enregistrant les allées et venues du couple et de leur fils. Qui? Pourquoi cette farce sinistre? Caché déterre le passé du mari, celui de la France aussi et du traitement qu'elle réserva aux Algériens. Des remords, des injustices refont surface, crèvent comme des bulles.
Tout cela est très bien mené, à petits pas, en retours en arrière, sur fond de crise de couple. Haneke révèle des choses en les cachant, poursuit son héros principal jusque dans ses derniers retranchements de lâcheté, tendant un miroir au spectateur, lâche aussi dans son confort et son indifférence aux tragédies extérieures.
Habile et lucide, Haneke plonge en eaux profondes avec une maîtrise diabolique, souvent dérangeante. Le cinéaste d'origine autrichienne (Caché est tourné en France) nous a habitués à des scènes plus dures, à la limite du supportable: Funny Games, La Pianiste. Dans Caché, mis à part un suicide sanglant, il se fait plus insidieux, mais découpe au scalpel des relations humaines jusqu'à les laisser béantes. Comme disait Juliette Binoche en conférence de presse: «On ne verrait pas tous les jours les films de Haneke. Ce serait trop dur. Mais, de temps en temps, ils sont indispensables.» Vrai!
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Inutile de m'appesantir sur Election du Chinois Johnnie To: une histoire de mafia de Hong-Kong en élection de parrain. Le cinéaste remontera le fil des traditions centenaires de ces triades chinoises, dont le chef tient le spectre du dragon. Mais ces plans serrés et cette belle caméra ne suffiront jamais à racheter l'ennui des combats féroces, clan contre clan, dont on se lasse dès le premier quart d'heure.
Sur la thématique des relations père-fils, un film italien assez raté, truffé d'invraisemblances, Une fois que tu es né de Marco Tullio Giordana, avait le mérite de surfer sur les thèmes de l'heure. Cette histoire de garçon de riche tombé d'un yacht en mer, secouru par des clandestins massés sur un rafiot, traîne la patte, il est vrai. Mais la perte des repères après un événement-choc (ici la chute du bateau) vient hanter les protagonistes père et fils. Leur vie bascule. Une fois que tu es né, monté autrement, et avec des liens scénaristiques mieux attachés, aurait pu s'élever plus haut. Parfois, il émeut, avant de retomber dans sa confusion. Hélas!
Déception plus grande: Batalla en el Cielo de Carlos Reygadas. Le cinéaste mexicain avait remporté, il y a deux ans, la caméra d'or avec l'extraordinaire Japon. Cette fois, son parti pris de coller sa caméra aux corps, pour saisir la peau, l'oeil, la larme, le pied qui saigne devient procédé.
L'histoire du chauffeur d'un général, pétri de remords après un kidnapping qui tourne mal, ne crée pas la commotion de Japon. Marcos Hernandez joue cet homme dont le monde s'écroule après la mort du bébé enlevé, d'autant plus qu'il a tout avoué à la fille de son patron.
À Mexico et dans les hauteurs d'un pèlerinage en montagne, la douleur, l'amour pour la jeune fille, le remords deviennent ce corps d'homme presque muet. Mais les scènes sexuelles très explicites paraissent plaquées et les silences assez vides. La magie n'a pas opéré. À quoi tient l'étincelle au cinéma? On ne sait plus. Mais que d'hommes fragilisés on rencontre sur les écrans de Cannes ces temps-ci...
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Le film d'Egoyan a été moyennement bien accueilli, comme prévu. Le Monde et Libération l'ont écorché. D'autres l'appuient, dans la presse étrangère comme en France, mais sans crier au chef-d'oeuvre. Couci-couça au fil d'arrivée.
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