Médias: Planète blogue
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Certains racontent leur vie et leurs angoisses. D'autres tiennent leur journal de voyage. Certains sont de véritables éditorialistes qui donnent dans l'analyse politique. D'autres testent de nouveaux produits, révèlent des potins, échangent des recettes de tarte aux pommes.
Il y a moins d'un mois, le magazine catholique Le Pèlerin, du groupe Bayard, envoyait trois blogueurs au Vatican, qui ont raconté plein de détails inédits sur la vie vaticane pendant le conclave. Il y a deux semaines, le Business Week expliquait aux gens d'affaires qu'ils devaient se mettre au blogue. Quand Benoît Dutrizac a été «démissionné» de Télé-Québec, c'est sur le blogue de Richard Martineau qu'on a commencé à en apprendre un peu plus.
La semaine dernière, le USA Today faisait état d'un nouveau phénomène, celui des blogues de soldats américains en mission en Irak et en Afghanistan. On compte actuellement 200 de ces blogues, ils seraient un millier d'ici à la fin de l'année, ils racontent la vie quotidienne dans les campements et ils révèlent des détails sur les missions foireuses auxquelles ils participent, au grand dam des autorités militaires (plusieurs de ces blogueurs ont évidemment des noms d'emprunt). Pour le USA Today, c'est un moment historique: jamais on a eu directement accès aux pensées et opinions des soldats envoyés au front.
C'est affolant à la fin. Qui a le temps de lire tout cela? Il y a au moins 10 millions de blogues dans le monde. Le blogueur (et par ailleurs «vrai» journaliste) Jean-Pierre Cloutier cite une recherche qui fait état de plus de 30 millions de blogues, un chiffre qui atteindrait 53 millions à la fin 2005.
Combien sont-ils au Québec? Sur le site Internet Répertoire des blogues québécois j'en ai compté un peu plus de 300, et je suppose que c'est incomplet. Il y a de tout. De purs inconnus qui racontent des niaiseries. Des anarchistes. Une charmante auteure de comptines érotiques. Des personnalités aussi. L'ancien ministre André Boisclair en a un. Tout comme les journalistes Josée Blanchette et Michel Dumais. Martine Gingras, elle, est un cas remarquable: cette jeune femme spécialisée dans les nouvelles technologies a ouvert son blogue, Banlieusardises, sorte de version québécoise de Martha Stewart avec plein de recettes, de soins de santé et de conseils de jardinage. Elle a carrément traversé dans les médias «officiels», puisqu'elle a maintenant sa page chaque semaine dans Le Journal de Montréal.
Le Christian Science Monitor faisait récemment remarquer que, pour certains, les blogues sont devenus des acteurs majeurs sur tout type de sujet, de la politique nationale aux tendances en consommation, alors que pour d'autres ce sont «des versions high-tech des contributions éditoriales ou des courriers des lecteurs que l'on trouve depuis longtemps dans les journaux classiques».
En tout cas, le monde de la presse, aux États-Unis et en France particulièrement, peut-être moins au Québec, les prend très au sérieux. Aux États-Unis, où le tirage des quotidiens chute sans arrêt, et où les médias traversent depuis deux ou trois ans une véritable crise existentielle, les blogues sont vus comme de plus en plus menaçants... car très attirants pour les plus jeunes qui délaissent les journaux.
Lorsque Dan Rather a diffusé son fameux dossier sur le passé militaire du président Bush, ce sont d'abord les blogueurs qui, dès le lendemain, ont commencé à contester les éléments de ce reportage, reportage qui s'est révélé bâclé, qui a atteint sérieusement la réputation de CBS, et qui a précipité la retraite de Rather.
Les blogueurs se posent en solution de remplacement. La semaine dernière, Arianna Huffington, star de la politique et du people, a lancé aux États-Unis un méga-blogue qui se présente comme une véritable publication, où elle a convaincu ses amis d'écrire, des amis comme Gary Hart et l'auteur David Mamet, et elle a plein d'autres aussi prestigieux.
Récemment interviewé par AFP, le sociologue Jean-Marie Charron se disait d'avis que les blogues sont un phénomène «qui s'inscrit dans un mouvement des médias qui essaient d'obtenir des paroles de vrais auditeurs, vrais téléspectateurs et vrais lecteurs». Les médias traditionnels, ajoute-t-il, sont très préoccupés par le développement d'Internet et «par ce qui peut émerger de spécifique et de concurrentiel. Ils sont attentifs et veulent établir des ponts».
Le blogue permet un dialogue instantané avec le lecteur, suscite la prise de parole, dans un média, Internet, qui est privilégié par les jeunes. À quel point les journaux doivent-ils en tenir compte? Pour certains la question ne se pose même plus: Libération ne cesse d'en créer de nouveaux (dont un blogue sur les échecs la semaine dernière!). Dans certains cas, ils deviennent incontournables. J'étais triste du départ de Pierre Assouline du magazine Lire. Je viens de me rendre compte que, sur le site Internet du journal Le Monde, il tient son blogue personnel, La République des livres, que je m'empresse de consulter régulièrement. On ignore si les blogues sont un effet de mode, mais visiblement les journaux vont tenter par tous les moyens d'en lancer et d'en encadrer quelques-uns, pour s'assurer que leur public ne les abandonnera pas trop.
pcauchon@ledevoir.com
Vos réactions
Plus français que français ?!? - par Mathilde François (mathildefrancois@sympatico.ca)
Le mercredi 18 mai 2005 13:00
Blog ou blogue ? - par Yves Saint-Gelais
Le mardi 17 mai 2005 16:00

