Tempête sur le Labour
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Tony Blair affronte la campagne la plus éprouvante de sa carrière

Photo: Agence France-Presse
Cherchant à minimiser la tempête déclenchée par la publication, jeudi, de l'avis du procureur général sur la «légalité» de la guerre en Irak, Tony Blair a dit vouloir ramener le débat sur «les choix importants et fondamentaux qui confrontent le pays». Les cinq derniers jours seront consacrés à s'assurer qu'un vote de protestation ne fasse pas élire les conservateurs «par la porte de derrière», dit-il.
En dépit de l'épisode irakien, un sondage Times-ITV accorde toujours 40 % des voix aux travaillistes, 32 % aux conservateurs et 21 % aux libéraux démocrates. La tempête irakienne aura pourtant été l'événement majeur d'une campagne jusque-là sans surprise. Au début de la semaine, les travaillistes semblaient surtout s'inquiéter de l'apathie des électeurs qui pourraient ne pas se déplacer le jour du vote. C'est pourquoi la presse londonienne soupçonne les stratèges travaillistes d'avoir «coulé» eux-mêmes les sondages internes du parti publiés mercredi, qui révèlent un électorat travailliste très volatil. Histoire de galvaniser les militants.
C'était avant que Channel 4 ne ramène l'Irak au devant de la campagne en divulguant des extraits d'un document jusque-là demeuré secret: l'avis du procureur général Peter Goldsmith sur la «légalité» de la guerre en Irak. Sans déclarer la guerre «illégale», cet avis émis le 7 mars 2003 est beaucoup plus réservé que celui rendu public dix jours plus tard par le même procureur. Goldsmith y affirmait que la résolution 1441 de l'ONU était suffisante pour justifier une intervention militaire en Irak.
En dix jours, Peter Goldsmith aurait donc mis de côté ses réserves. De là à accuser Tony Blair d'avoir menti sur la «légalité» de la guerre en Irak ou, du moins, caché aux Britanniques un document important, il n'y a qu'un pas qu'une grande partie de la presse londonienne a franchi, à l'exception notable du Times. Un sondage du Daily Telegrah montre que 58 % des électeurs sont convaincus que Tony Blair a menti.
Visiblement déstabilisé, le premier ministre a convoqué en catastrophe une conférence de presse aux côtés du très populaire chancelier Gordon Brown. Celui qui est pratiquement assuré de succéder à Blair pendant un prochain mandat y est allé d'une profession de foi inhabituelle: «Je ne fais pas seulement confiance à Tony Blair, je respecte aussi Tony Blair pour la façon dont il a pris cette décision [de participer à la guerre en Irak].» À la télévision, le premier ministre a défendu pied à pied sa décision. Il ne s'agit pas d'un débat juridique mais politique, dit-il.
La question a rebondi hier lorsque Rose Gentle, une candidate du comté d'East Kilbride (Écosse) qui a perdu son fils en Irak, a annoncé son intention de poursuivre le gouvernement devant les tribunaux. Les experts estiment que l'électorat travailliste, plus volatil que l'électorat conservateur, pourrait l'être devenu encore un peu plus. La polémique des derniers jours risque de rendre la victoire plus difficile aux candidats travaillistes dont l'élection dépend du report des voix libérales-démocrates. Des ententes de ce genre entre les deux partis existent dans plusieurs comtés.
Les conservateurs, dont la campagne n'avait pas fait d'étincelles jusque-là, ne semblent pourtant pas en profiter. Si 58 % des Britanniques disent que Tony Blair est un menteur, 51 % pensent la même chose du chef conservateur Michael Howard. Les conservateurs peuvent difficilement capitaliser sur la guerre en Irak, qu'ils ont soutenue.
Selon le même sondage Times-ITV, la majorité des Britanniques qui disent avoir perdu confiance en Tony Blair à cause de l'Irak s'apprêtent pourtant à voter pour lui. Il faut dire que l'Irak arrive loin derrière l'économie, la santé et l'immigration dans la liste des priorités des électeurs. «Il est temps de parler d'autre chose», a aussi déclaré Michael Howard.
La plupart des observateurs s'entendent pour dire que Tony Blair n'a plus la crédibilité qu'il avait dans les campagnes de 1997 et 2001. Son taux de confiance dépasse pourtant de 6 % celui de Michael Howard. Après avoir mené une campagne très conservatrice centrée sur la seule question de l'immigration, «les conservateurs sont coincés à 32 % du vote», dit l'ancien conseiller travailliste Tim Allan. Le nombre d'électeurs qui souhaitent un gouvernement conservateur a pourtant augmenté de 7 % depuis 2001. Mais le nombre de ceux qui n'en veulent pas a crû de 10 %. Voilà pourquoi certains analystes estiment que la stratégie conservatrice vise surtout à décourager les électeurs travaillistes d'aller voter.
Cela pourrait entraîner un fort taux d'abstention et bénéficier aux libéraux démocrates. Le parti de Charles Kennedy est le seul à avoir combattu la guerre en Irak. «Les libéraux démocrates pourraient être la surprise de cette élection», dit l'ancien conseiller conservateur Nick Wood. Les Libdem, comme on les appelle, mènent une campagne agressive centrée sur la personnalité de Tony Blair. Selon Charles Kennedy, cette élection n'est rien de moins qu'un «référendum sur Tony Blair».
Ce n'est pas l'opinion de The Economist, qui a appelé à voter pour le chef travailliste, même si c'est du bout des lèvres. L'influent magazine dit ne pas avoir d'autre choix que de soutenir Tony Blair, à qui il reproche pourtant une augmentation importante des dépenses publiques et le retour des déficits. Avec pratiquement le même programme économique que Blair, mais une attitude très conservatrice sur l'immigration, Michael Howard ne parvient pas à séduire le très libéral magazine, qui titre: «Il n'y a pas d'alternative (hélas)».
«Les opinions des Britanniques sont faites depuis longtemps», dit Tim Allan. La troisième campagne de Tony Blair est la première où sa victoire n'est pas assurée. Cela n'a pas empêché l'ancienne première ministre Margaret Thatcher, déçue de cette campagne, d'aller passer les prochains jours à Venise. C'est la première fois qu'elle ne participe pas à la campagne conservatrice.
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