Recherche et économie - Beaucoup plus qu'une île

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Christian Lévesque
Édition du samedi 23 et du dimanche 24 avril 2005

Mots clés : recherche

Ceux qui la visitent pour la première fois le remarquent immédiatement: pour ses habitants et les entreprises qui s'y établissent, la ville de Montréal constitue un milieu culturel et économique unique. Et sa réputation sur la scène internationale est excellente. Loin d'être déserte, bienvenue sur l'île la plus connue du Québec.

La métropole québécoise est devenue une ville cosmopolite qui charme, attire et retient ceux qui la visitent. Montréal compte ainsi plus de 60 organisations internationales et accueille chaque année près de 17 000 étudiants étrangers provenant de 167 pays. La ville abrite aussi 85 consulats généraux et délégations commerciales, ce qui en fait la seconde ville consulaire en Amérique du Nord, derrière New York. En 2002, la ville s'est également hissée au deuxième rang (après Washington) pour le nombre de conférences internationales (avec 87). La qualité des installations montréalaises en fait une destination majeure pour les organismes internationaux.

Entreprises intéressées

Plusieurs entreprises importantes décident également de venir s'installer ici plutôt qu'ailleurs sur la planète. Pas mal pour une ville qui ne constitue pas un centre politique et qui a perdu, au profit de Toronto, le titre de capitale économique du pays. «Montréal possède un rayonnement international qui la rend très intéressante pour les entreprises, assure le président-directeur général de l'organisme Montréal International, Marc G. Fortier. Les organisations et les compagnies qui s'installent ici ont créé une trame sociale qui les attire et les retient mutuellement.» Avec son bilinguisme, son côté créatif et plus de 70 communautés ethnoculturelles, l'agglomération constitue un amalgame qui lui procure cette réputation de tolérance, de convivialité et d'un lieu où il fait bon vivre.

Chaque année, la ville attire près de sept millions de touristes qui laissent dans les coffres des restaurants, hôtels, bars et musées des sommes estimées à plus de deux milliards de dollars. Le charme européen de la ville, son côté francophone séducteur, ses 79 langues parlées et son dynamisme en font une destination prisée et un point de transit important pour les visiteurs étrangers. Outre les pôles touristiques que constituent le Vieux-Montréal et le Vieux-Port, le centre-ville de Montréal reflète la volonté d'asseoir la vocation internationale de la ville. Le Quartier international rassemble d'ailleurs près de 80 % des employés des organismes internationaux qui ont adopté la métropole. On y retrouve aussi le Palais des congrès, le Centre de commerce mondial ainsi que l'Organisation de l'aviation civile internationale. La région montréalaise est également l'hôte de l'Agence mondiale antidopage, de la Commission de coopération environnementale, de l'Institut de statistique de l'UNESCO et du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique. Pour ne nommer que ceux-là...

Masse critique

Si la ville renferme autant d'organismes d'envergure, c'est justement pour accroître sa popularité: «Pour rayonner sur la scène internationale, il faut faire rayonner l'international à Montréal», lance la présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Isabelle Hudon. Elle croit cependant qu'il faudrait en faire encore plus: «C'est sûr qu'on n'est pas le pays qui en offre le plus pour être compétitif et attirer les entreprises.» Mais elle affirme que les choses ont évolué pour le mieux avec l'élection de Gérald Tremblay au poste de maire, et poursuit en disant que si les entreprises s'installent à Montréal, c'est en grande partie pour la «masse critique de talent que possèdent les Montréalais».

Pas étonnant alors de voir des géants du jeu vidéo tels que la compagnie française Ubisoft ou l'américaine Electronic Arts s'installer ici. Non seulement le coût de la main-d'oeuvre est moins élevé qu'ailleurs, et les employés sont majoritairement bilingues (à 53 %) et hautement qualifiés, mais, géographiquement, Toronto, Boston et New York ne sont qu'à une heure de vol. Et les communications à la fine pointe de la technologie sont rapides, peu coûteuses et efficaces. «Il n'est pas rare que les employés de la compagnie Ericsson qui viennent travailler ici pour un mandat demandent de rester plus longtemps pour profiter des avantages de la ville, de l'accessibilité des soins de santé, de la tolérance des habitants et de la sécurité que l'on retrouve dans les rues de la ville», dit Isabelle Hudon.

Secteurs de pointe

Outre ses capacités technologiques, Montréal est également reconnue pour sa forte industrie biotechnologique et aéronautique. La région est l'un des rares endroits au monde où la quasi-totalité des composantes d'un avion sont accessibles dans un rayon de 30 km. De nombreux chefs de file de ce domaine ont pignon sur rue dans la ville: que l'on pense à Bombardier, Pratt & Whitney, Bell Helicopter et CAE. Dans le domaine biotechnologique: Merck Frost ou Johnson & Johnson. La décision prise l'an dernier par l'International Design Alliance (IDA) d'implanter son siège social à Montréal plutôt qu'à Bruxelles, Copenhague ou Hong-Kong démontre l'attrait de la ville pour des secteurs d'expertise moins traditionnels: «Le caractère créatif, culturel et festif de Montréal lui permet de constituer une porte d'entrée accueillante pour atteindre le marché américain tout en profitant de l'excellente réputation du Canada sur la scène internationale», explique Marc G. Fortier.

Avec plus de 200 centres de recherche, la région montréalaise se classe aussi au premier rang canadien pour les sommes investies en recherche et développement. En plus de ses quatre universités (deux francophones et deux anglophones), Isabelle Hudon rappelle que «Montréal constitue la seule ville du pays à posséder deux facultés de médecine». De plus, les fonds dédiés à la recherche universitaire dépensés à Montréal en 2002 représentent 21,1 % du total canadien (soit autant que ses deux plus proches rivales combinées: Toronto avec 13,3 % et Edmonton avec 7,6 %). En incluant l'Hôpital neurologique de Montréal, le Centre de génomique et de protéomique, l'Institut cardiologique, l'Institut de recherche biologique et les nombreux laboratoires de recherche privés, Montréal constitue un centre important pour les découvertes médicales.

Féroce compétition

Malgré ses nombreux avantages, Montréal nécessite parfois un bon coup de pouce pour convaincre les compagnies de venir s'établir ici. S'il croit détenir un «bon produit», Marc G. Fortier dit qu'il n'est pas toujours facile de le «vendre» aux investisseurs étrangers: «C'est de plus en plus difficile d'attirer les entreprises étrangères. Avec la mondialisation des marchés, la compétition est féroce et tout le monde possède des atouts.» La ville rivalise ainsi avec ses proches voisines (Toronto, Ottawa, Boston, New York), mais aussi avec toutes les autres villes. À l'ère des communications instantanées, les frontières s'amenuisent et beaucoup de joueurs sont maintenant dans la joute.

Si Montréal attire, il est important de s'assurer que sa vitalité soit ressentie par ceux qui n'y sont que de passage afin de les inciter à s'y installer. Notamment pour les étudiants étrangers qui, une fois formés, retournent dans leur pays d'origine. Et l'enjeu est de taille pour la métropole québécoise, car la dénatalité que connaît la province affectera bientôt la ville: «En 2016, la croissance de la main-d'oeuvre sera assurée à 100 % par l'immigration», prédit Isabelle Hudon. Un défi qui semble cependant à la hauteur des aspirations de la ville.


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