Harper ne suivra pas le Bloc
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Le chef conservateur n'exclut pas malgré tout la tenue d'élections au printemps

Photo: Agence Reuters
«Ce n'est pas au Bloc québécois de déterminer la date des prochaines élections, ce n'est pas au Bloc de déterminer l'intérêt national. Seulement la population et l'opposition officielle peuvent faire cela», a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité pour ses députés de prendre les «prochaines semaines» pour tâter le pouls de la population.
Sa position n'a pas ému le chef bloquiste, Gilles Duceppe. «Que [Stephen Harper] soit maître de son jeu, je vais être maître du mien», a-t-il dit à la sortie des Communes. L'idée de profiter d'une journée d'opposition, peut-être aussitôt que la semaine prochaine, pour présenter une motion de non-confiance contre le gouvernement figure toujours dans les scénarios du Bloc. Selon M. Duceppe, rien n'a toutefois été décidé.
Mais c'est la décision du juge Gomery de lever ou non l'interdit de publication frappant le témoignage explosif de Jean Brault, de Groupaction, qui était sur toutes les lèvres à Ottawa, ce qui expliquait largement l'atmosphère survoltée qui prévalait aux Communes. Personne ne savait quand le juge trancherait -- ce sera finalement aujourd'hui. Les libéraux ont donc été sur des charbons ardents toute la journée, incapables de cacher leur nervosité et leur inquiétude.
Les libéraux ont bien tenté de passer à l'attaque, accusant d'abord le PC de s'allier aux «séparatistes», pour ensuite tirer sur le Bloc, estimant qu'il a des comptes à rendre sur son financement à la suite des confidences faites à quelques médias par un ancien consultant de Groupaction, Alain Renaud. Ce dernier a affirmé que le patron de Groupaction, Jean Brault, avait, à travers une vingtaine d'employés, contribué au moins 50 000 $ à la caisse électorale du Parti québécois.
Il n'en a pas fallu davantage pour que les libéraux accusent le Bloc d'en avoir profité à travers les contributions qu'il a reçues à plusieurs reprises de la part du Parti québécois. Selon le site du Directeur général des élections du Canada, le Bloc québécois a obtenu l'aide du PQ lors des élections de 1993 (153 048 $), de 1997 (163 929 $) et de 2000 (166 400 $) sous la forme d'un échange de biens et de services. «Ce ne sont pas des dons, ce sont des biens et services, point à la ligne», a affirmé M. Duceppe, qui a sommé Jean Lapierre de prouver ses dires.
Les attaques libérales n'étaient pas exemptes de contradictions. Quand les conservateurs ont demandé aux libéraux à la Chambre des communes si des fonds du programme des commandites avaient fini dans les coffres du Parti québécois, ils se sont fait répondre qu'il ne s'agissait que d'«allégations non corroborées» et qu'il vaudrait mieux attendre de connaître tous les faits avant de tirer des conclusions. Le premier ministre Martin venait pourtant d'utiliser ces mêmes «allégations» pour demander des comptes au Bloc. Et c'est toujours sur la base de ces allégations que son lieutenant politique au Québec, Jean Lapierre, suggérait en matinée que le Bloc demande lui-même à la GRC d'enquêter sur les révélations d'Alain Renaud. «Nous, on l'a fait, on a appelé la GRC. M. Duceppe donne des leçons depuis des mois, je pense qu'il devrait prendre sa propre pilule», a-t-il déclaré.
Gilles Duceppe a répliqué à Jean Lapierre en qualifiant ses propos de «farfelus». «Les libéraux paniquent, c'est complètement faux», a-t-il dit à sa sortie des Communes, rappelant une déclaration faite le 4 avril par le juge Gomery. «Jusqu'ici, personne n'a allégué, ni suggéré d'aucune façon que l'argent du programme des commandites a été versé d'aucune façon au Bloc québécois», avait dit le juge.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a de son côté profité de l'altercation pour s'en prendre de nouveau aux libéraux. «Est-ce la meilleure défense que le Parti libéral a à offrir, à savoir que les séparatistes sont aussi bandits que les libéraux?», a-t-il demandé à M. Martin.
Les troupes de Paul Martin étaient assurément prêtes à faire flèche de tout bois hier pour ne pas se retrouver en campagne électorale. Le ministre des Travaux publics, Scott Brison, est même allé jusqu'à dire qu'il y avait un lien direct entre le fait d'attendre le rapport de la commission Gomery et celui de soutenir les fédéralistes québécois. «S'il réalise que le Bloc veut à tout prix détruire le pays, il doit appuyer les fédéralistes au Québec et ce gouvernement, alors que nous tentons d'aller au fond de cette affaire, afin de pouvoir défendre la réputation de tous les fédéralistes québécois», a-t-il lancé au conservateur James Moore sous les quolibets des députés de l'opposition.
L'allusion du ministre Brison a fait bondir le chef néo-démocrate Jack Layton. «Se battre contre la corruption, c'est se battre pour le Canada. Cela n'a rien à voir avec les séparatistes.» À sa sortie des Communes, il ne dérougissait pas. «C'est le Parti libéral du Canada qui a mis en danger le fédéralisme avec ce scandale des commandites. [...] Les libéraux blâment tout le monde autour pour ne pas prendre leurs responsabilités.» M. Layton a par ailleurs indiqué qu'il n'écartait aucun scénario d'élections précipitées, mais il ne cache pas qu'il préférerait que les Canadiens en sachent davantage.
Contrairement au Bloc, le PC n'a aucun gain à espérer au Québec dans la foulée du scandale des commandites. Sa seule planche de salut se trouve en Ontario, mais il doit s'assurer que les dernières révélations y ont un impact suffisant pour lui faire marquer des points. C'est pour cette raison que le chef conservateur veut prendre un certain temps pour tester les eaux. En plus, il veut démontrer qu'il n'est pas à la merci du Bloc ni même son allié.
Le PC ne veut pas non plus se lancer en campagne sans avoir adopté l'accord sur la péréquation conclu avec Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. Le prix à payer serait trop grand. «Je comprends que ce gouvernement perd rapidement son autorité morale. Mais nous avons des lois importantes en route, comme l'Accord atlantique. C'est une promesse importante de notre parti et je veux voir cet accord passer», a dit M. Harper, avant d'avouer se sentir, dans le contexte actuel, dans une position de force pour faire bouger le gouvernement.
Les députés libéraux, eux, sont sortis de leur caucus décidés à défendre leur intégrité. Comme leur chef, ils jetaient le blâme du scandale sur un petit groupe ayant abusé leur parti et insistaient sur la volonté du premier ministre de faire la lumière et le ménage. La députée Françoise Boivin se disait même confiante de voir son parti sortir blanchi de l'épisode Gomery. Selon elle, c'est pour cette raison que les partis d'opposition ne veulent pas attendre le rapport pour déclencher des élections. Si des élections précipitées devaient avoir lieu, elle se promet de rappeler à ses électeurs que «le Bloc [leur] a volé le droit d'avoir la vérité avant de se prononcer».
Les libéraux misent clairement sur le rapport Gomery pour rétablir la réputation de leur parti. Le premier ministre Martin a encore plaidé d'ailleurs en faveur de la poursuite sans interférence électorale des travaux de la commission. «Pour l'amour du ciel, laissez le juge Gomery continuer son travail et compléter son rapport», a-t-il lancé au Bloc et au NPD, un message qui a des allures de mantra au sein du PLC.
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Paul Martin ne peut pas gouverner bien longtemps - par Marcel Arseneau
Le jeudi 07 avril 2005 09:00

