Jean-Paul II en chapelle ardente - Rome attend deux millions de personnes aux funérailles
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Photo: Agence Reuters
Le président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi, 84 ans, un ami personnel du pape, a été le premier officiel à se recueillir devant la dépouille, surveillée par les protocolaires gardes suisses et placée entre un cierge pascal et un vase d'eau bénite. Puis, les membres de la Curie, des plus hautes autorités italiennes et du corps diplomatique ont défilé devant la dépouille, suivis par une file ininterrompue d'invités, moines, religieuses, policiers ou civils, qui s'agenouillaient quelques instants.
«Dieu a rappelé à lui notre pape Jean-Paul II. Nous supplions le Seigneur de l'accueillir dans son royaume», a déclaré le cardinal camerlingue (qui assure la transition à la tête de l'Église d'ici à l'élection du prochain pape), Eduardo Martinez Somalo, lors de la prière. Selon les journalistes présents, une chorale a alors entonné un chant grégorien dans une atmosphère de profond recueillement.
Dès aujourd'hui, le corps de Jean-Paul II sera transporté à la basilique Saint-Pierre, où le public pourra lui rendre un dernier hommage avant ses funérailles. Un dispositif de sécurité de plusieurs milliers de personnes a déjà été mobilisé en prévision de cet événement: quelque deux millions de fidèles sont attendus à Rome dans les jours à venir. Pour le maire de Rome, Walter Veltroni, il s'agit là d'un «défi extraordinaire» à relever en matière de logistique et de sécurité.
Une première congrégation des cardinaux doit se réunir ce matin pour décider du jour exact des obsèques du pape âgé de 84 ans, alors que la période des funérailles dure au total neuf jours. Cette réunion servira aussi à choisir la date d'inhumation. Celle-ci doit intervenir entre le quatrième et le sixième jour à partir du décès (donc à la fin de la semaine). Puis, entre le 18 et le 23 avril, le collège de 117 cardinaux (dont trois Canadiens) se réunira en conclave pour élire le 265e pape de l'histoire.
Première messe
Place Saint-Pierre, plus de 100 000 personnes ont assisté hier en milieu de matinée à la première messe de l'après-Jean-Paul II, célébrée par le cardinal Angelo Sodano, ancien secrétaire d'État du Vatican. Dans son homélie, celui-ci a affirmé que le pape était mort «serein». «J'ai été témoin de cette sérénité, lorsque j'étais en prière devant le lit du pape à l'agonie», a-t-il annoncé à la foule. À l'issue de la cérémonie, l'archevêque Leonardo Sandri a lu un message posthume du pontife, qui avait été préparé pour la fête de la Miséricorde divine, célébrée hier. Karol Wojtyla y affirme notamment que «l'amour convertit les coeurs et donne la paix».
Le décès de l'évêque de Rome, survenu dans son appartement du palais apostolique, a été confirmé samedi à 21h37, heure locale, par le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls. Aux milliers de fidèles qui tenaient vigile sous les appartements du pape, l'archevêque Leonardo Sandri est alors sorti annoncer que le «Saint-Père Jean-Paul est retourné dans la Maison du Père». Les fidèles ont applaudi de longues minutes, avant de s'enfermer dans le silence et les prières. Les cloches de la basilique Saint-Pierre sont ensuite venues sonner lentement le début du deuil pour le pape.
Rendu public hier, le certificat de décès de Jean-Paul II indique qu'il a succombé à un «choc septique» (infection générale grave) et à un «collapsus cardiovasculaire irréversible» (vaisseaux sanguins du coeur détériorés de façon irrémédiable), selon les mots du docteur Renato Buzzonetti, directeur des services de santé et d'hygiène du Saint- Siège. Souffrant depuis longtemps de la maladie de Parkinson, le pape avait aussi subi fin février une trachéotomie qui l'avait laissé muet et encore plus affaibli. Depuis, son état n'avais cessé de se détériorer, atteignant un point critique jeudi.
Selon diverses sources, le pape s'est éteint en tenant la main de son secrétaire particulier, l'archevêque polonais Stanislaw Dziwisz. Des journaux italiens affirmaient hier que son dernier mot avait été «amen» (ainsi soit-il).
La nouvelle a évidemment monopolisé l'attention du monde entier, point d'orgue d'une véritable frénésie médiatique qui se préparait depuis des années. Dans centaines de réseaux de télévision ont ainsi consacré des dizaines d'heures de diffusion à la couverture et à l'analyse en direct de l'événement, tandis que toutes les éditions des journaux du monde qui publiaient hier consacraient des dizaines de pages au décès d'un pape par ailleurs de tout temps très présent publiquement.
Affluence
Dès l'instant de l'annonce officielle de son décès, des milliers de personnes de tous les quartiers de la capitale italienne ont remonté lentement le boulevard allant du Tibre vers la Cité du Vatican. Peu avant minuit samedi, quelque 130 000 personnes étaient ainsi rassemblées place Saint-Pierre, selon les estimations de la police italienne.
Les condoléances et les hommages du monde entier ont aussi afflué immédiatement: le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le président français, Jacques Chirac, la reine Elizabeth II d'Angleterre, le président américain George W. Bush, les leaders canadiens et québécois, africains, asiatiques, sud-américains, tout le monde a tenu à dire son mot pour celui qui a dirigé l'Église catholique durant plus d'un quart de siècle et qui a visité près de 130 pays durant son pontificat.
Des dizaines de pays ont aussi décrété des journées de deuil national. L'Italie, Cuba, la Bolivie et l'Inde en tiendront notamment trois, tandis que la Pologne patientera jusqu'à l'enterrement du pontife avant de tourner la page, attendue mais émouvante, du règne de «son» pape.
D'après l'Agence France-Presse, Reuters, Libération et Le Monde
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