Montréal - Le Tout-Montréal catholique s'était donné rendez-vous à l'Oratoire

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Fabien Deglise
Édition du lundi 04 avril 2005

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Les comptoirs de souvenirs de l'Oratoire Saint-Joseph ont été pris d'assaut, hier, par des pèlerins voulant se procurer livres ou affiches évoquant la mémoire de Jean-Paul II, décédé la veille.

Photo: Jacques Grenier

«C'est comme la messe de Pâques. Je viens ici tous les dimanches, et c'est vraiment impressionnant de voir autant de monde ici aujourd'hui.» Assis dans le vestibule de la basilique de l'Oratoire Saint-Joseph, Maurice Messaed, un catholique d'origine libanaise avait hier les pensées à Rome, en Italie, et les yeux posés sur le cortège interminable de pèlerins sortant de la messe de 12h30 à Montréal. «Le Saint-Père était vraiment aimé!»

Tailleur fraîchement repassé, chemise blanche, noeud papillon et tristesse sur le visage. Au lendemain du décès de Karol Wojtyla, alias Jean-Paul II, le Tout-Montréal catholique semblait s'être donné rendez-vous en début d'après-midi hier à l'Oratoire pour prier en l'honneur de leur guide disparu. Laissant les sourires à une poignée d'enfants en habit du dimanche qui s'amusaient entre les colonnes, loin des préoccupations religieuses des grands.

«Ce n'était pas une messe spéciale, a expliqué Ernest Prospère en sortant de la célébration. Mais, bien sûr, il a été question de Jean-Paul II. Cet homme a marqué l'histoire. Nous ne sommes pas près de l'oublier.» L'air solennel, le quinquagénaire, arrivé en retard, a-t-il avoué, à cause du changement d'heure, est venu hier, avec ses origines haïtiennes, mettre malgré lui sa touche de couleur dans une assistance fortement bigarrée réunie pour l'occasion.

«Ce sont les Nations unies», a lancé Manuel, un jeune Argentin venu avec femme et enfants se remémorer comme d'autres autour de lui la vie et l'oeuvre d'un «pape qui a fait beaucoup pour les pauvres», dit-il. «Il a laissé sa marque partout dans le monde et on en a une preuve en regardant les gens qui sont ici aujourd'hui.»

Sous l'éclairage blafard de la basilique, tout comme de la chapelle située en dessous, Vietnamiens, Mexicains, Haïtiens, Polonais, Russes, Indonésiens et Québécois, bien sûr, sont passé hier en choeur en mode recueillement. À l'Oratoire, mais aussi ailleurs dans la ville où, dans plusieurs églises, la messe du dimanche avait des tonalités particulières.

«La mort du pape a beaucoup affecté les gens ici, a résumé le père José Villar de la paroisse Saint-Arsène y Misión Santa Teresa de Ávila, rue Bélanger, église fréquentée en grande partie par la communauté latino-américaine de Montréal. Je n'ai pas vu plus de monde que d'habitude aujourd'hui [hier]. Cette église est toujours remplie pour les messes en espagnol. Mais il y avait un état d'esprit différent...»

La photo de Karol Wojtyla posée en toute simplicité à la gauche de l'autel y a été sans doute pour quelque chose. Tout comme le fait aussi que l'Amérique latine héberge aujourd'hui près de 50 % de la population catholique recensée dans le monde. «Le pape a très bien compris les souffrances des habitants de ce coin de monde, a poursuivi l'ecclésiastique au français teinté d'un délicat accent espagnol. Cela explique sans doute pourquoi la communauté latino réagit aujourd'hui avec autant d'émotion. Sans larme toutefois, car c'est une communauté qui sait accepter les souffrances.»

Les Polonais de Montréal

Père pour les uns, idole pour les autres, le souverain pontife a été aussi pendant les 26 années de son pontificat la fierté des Polonais qui hier n'ont pas manqué aussi de lui rendre hommage à l'église Notre-Dame-de-Czestochowa dans l'est de la ville, où la diaspora polonaise a l'habitude de se donner rendez-vous le dimanche.

Musique liturgique, portrait là aussi du Saint-Père en costume d'apparat et va-et-vient incessant de fidèles... En milieu d'après-midi hier, près d'une cinquantaine de pèlerins s'étaient arrêtés dans la paroisse pour se rappeler «celui qui nous a libérés du communisme», a expliqué Piotr sur le parvis de l'église.

À quelques mètres de là, Helena, la trentaine, avait dans le regard la même chaleur en parlant du «grand homme» mort en toute simplicité samedi dernier. «Ce qui m'étonne aujourd'hui, ce sont les jeunes qui viennent ici [à l'église] pour prier, a-t-elle ajouté. J'espère que le prochain pape sera capable d'être tout aussi rassembleur.»


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