La Pologne en deuil prie massivement pour son pape décédé
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Photo: Agence Reuters
Après d'innombrables veillées funèbres dans tout le pays, des rassemblements immenses ont montré l'ampleur de l'émotion du peuple le plus catholique d'Europe.
À Varsovie, en milieu d'après-midi, sous un parfait ciel bleu et par une température très printanière, 100 000 fidèles, selon la police, ont assisté à une grand-messe en plein air, organisée dans le centre de la capitale, à l'endroit même où le pape avait célébré en 1979 une messe mémorable dans laquelle il avait prié Dieu, à mots couverts, de libérer la Pologne du communisme.
À Lagiewniki, près de Cracovie, dans le sud de la Pologne, des dizaines de milliers de personnes ont assisté à la mi-journée à une messe en plein air dans un des lieux préférés de Jean-Paul II, le sanctuaire de la Divine Miséricorde, qui par un hasard extraordinaire célébrait hier son pèlerinage annuel.
Wadowice, où Karol Wojtyla était né le 18 mai 1920, a attiré des milliers de gens parfois venus de très loin. Parmi eux, Wieslaw Wykret, 45 ans, a parcouru 10 kilomètres à pied malgré une maladie qui rend sa démarche difficile. Cette petite ville proche de Cracovie est destinée à devenir un des hauts lieux du culte de Jean-Paul II.
Un saint de son vivant
Bien avant sa mort, Jean-Paul II était souvent déjà considéré à l'égal des saints de l'histoire catholique dans son pays.
«Jean-Paul II fut de son vivant un saint», déclarait samedi soir le père Boniecki, rédacteur en chef de la revue des intellectuels catholiques Tygodnik Powszechny. «Il était en même temps sur terre et quelque part ailleurs.»
Pour les Polonais, Jean-Paul II était comme une autorité morale suprême qui avait largement contribué à faire tomber le communisme en Europe. Il leur avait appris à ne plus craindre la dictature que l'URSS imposait à la moitié de l'Europe depuis la fin des années 40.
«Il a changé l'Église catholique, il a changé la Pologne, il a changé le monde, et enfin chacun d'entre nous», écrivait dimanche l'ancien dissident Adam Michnik, dans son journal Gazeta Wyborcza.
Le président Aleksander Kwasniewski a décrété un deuil jusqu'à la fin des obsèques du pape. «La Pologne et les Polonais ont une dette particulière envers lui. Il n'y aurait pas eu de Pologne libre sans un pape polonais», a-t-il dit.
«La Pologne a perdu une mère, parce que le pape s'occupait de la Pologne comme une mère de sa famille», a résumé de son côté le Prix Nobel de la Paix et ancien chef du syndicat Solidarité Lech Walesa.
Drapeaux en berne
Les drapeaux, parfois ornés de rubans noirs, étaient en berne hier dans toute la Pologne sur les bâtiments officiels, mais souvent aussi sur les immeubles et maisons d'habitation.
À Varsovie, tous les bus et tramways et de nombreux taxis étaient décorés de petits drapeaux blanc et rouge, aux couleurs de la Pologne.
Les radios et télévisions n'ont pas cessé depuis samedi de diffuser des extraits des homélies du pape, entrecoupées de reportages de la place Saint-Pierre à Rome ou des messes dans le pays. Quelques télévisions commerciales ont suspendu leurs programmes.
Depuis samedi soir, les abords de l'archevêché de Cracovie sont devenus un lieu particulier de pèlerinage. Devant le beau bâtiment historique où Karol Wojtyla a résidé comme archevêque entre 1963 et 1978, des quantités de fleurs ont été déposées. Des milliers de bougies ont été posées sur le sol.
«Cet endroit restera un lieu pour se souvenir du pape. Il était encore présent à Cracovie même lorsqu'il était à Rome, affirmait une fidèle, là haut, il continuera à nous aider et à veiller sur ce monde pour qu'il retrouve sa face humaine.»

