En Amérique latine, églises et cathédrales font le plein
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«L'humanité gardera un souvenir ému» du pape, estime Fidel Castro
São Paulo -- Les fidèles d'Amérique latine, la région la plus catholique au monde, ont afflué dans les églises et cathédrales hier, malgré une baisse de la fréquentation dans des pays comme le Brésil, pour rendre un hommage ému au pape Jean-Paul II.Des milliers de personnes ont afflué vers la basilique d'Aparecida, près de São Paulo, dédiée à la sainte patronne du Brésil, pouvant recevoir 45 000 fidèles.
Une grand-messe était aussi convoquée dans la cathédrale de São Paulo, célébrée par le cardinal Claudio Hummes, qui figure sur la liste des «papabili» latino-américains. Les organisateurs espéraient la venue de 5000 personnes.
À Rio de Janeiro, la communauté polonaise s'est rassemblée pour une messe dans la langue natale du pape. Dans la cathédrale, un office solennel eu lieu. «À l'âge que j'ai, 84 ans, je n'ai jamais vu rien de ressemblant à ce que je vois dans le monde entier», s'est étonné le cardinal Eugenio Salles.
Des centaines de Mexicains ont dit adieu au pape par un lâcher de ballons jaunes et blancs à 12h sur le parvis de la cathédrale de la capitale qui compte 20 millions de catholiques. «Jean-Paul II, tout le monde t'aime», ont crié en choeur des familles, personnes âgées et enfants, accompagnés parfois d'animaux de compagnie.
«C'est cela notre foi, c'est quelque chose qui unit la famille. Le pape nous a laissé ce message d'unité», a estimé Victor Ibarra, 38 ans.
Chili et Argentine
Au Chili, 10 000 personnes, souvent émues aux larmes, ont assisté à une messe sur l'esplanade devant la cathédrale, en présence du président Ricardo Lagos, agnostique notoire. Le cardinal Francisco Javier Errazuriz a répété les phrases marquantes de la visite du pape en 1987 à la fin de la dictature de Augusto Pinochet: «L'amour est le plus fort!», «Le Chili a vocation à s'entendre, pas à s'affronter!»
En Argentine, des milliers de fidèles se sont réunis et, l'un des offices les plus significatifs a été célébré à Corrientes où s'était rendu le pape en 1987 pour prier devant un modeste autel érigé en pleine rue. Une messe était prévue dans la cathédrale sous la direction du cardinal Jorge Bergoglio, pressenti aussi comme successeur de Jean-Paul II.
Les Églises du Pérou, d'Équateur, de Colombie et de Bolivie, pays encore très fervents, étaient également remplies de fidèles en prières.
À La Paz, des milliers de catholiques ont bravé le froid des Andes et la pluie pour assister aux offices. Dans la cathédrale, de longues files se sont formées pour signer un livre de condoléances. Beaucoup de maisons des quartiers populaires exhibaient des drapeaux en berne ou des brassards de deuil. Dans de nombreuses chapelles du pays, des photos de Jean-Paul II jouxtaient les images de la vierge ou de saints.
À Lima, beaucoup de fidèles tenaient une photo du pape pendant la messe tandis que sur l'esplanade de la cathédrale, d'autres improvisaient un autel consacré au pape défunt devant lequel s'agenouiller et déposer des cierges. Des fleurs ont été déposées à la nonciature apostolique où le pape séjourna en 1985 et 1988 alors que le pays était ravagé par le terrorisme et la guérilla du Sentier lumineux.
Au Venezuela, les catholiques s'accrochaient à des images de la Vierge pour surmonter leur douleur: ils étaient des milliers dans la basilique de la Vierge de Chiquinquira, dans l'État de Maracaibo.
Cuba
À La Havane, le président cubain, Fidel Castro a envoyé hier un message de condoléances au Saint-Siège pour la mort du pape Jean-Paul II dans lequel il estime que «l'humanité gardera un souvenir ému» de son travail en faveur de la paix et la justice.
La lettre du leader communiste est adressée au cardinal camerlingue, Eduardo Martinez Somalo: «Devant la triste nouvelle du décès de Sa Sainteté Jean-Paul II, je vous exprime les plus sincères condoléances du peuple et du gouvernement cubain», indique M. Castro.
Fidel Castro, âgé de 78 ans, dont 46 au pouvoir dans l'île communiste, avait reçu le pape lors d'une visite historique à Cuba en janvier 1998 après l'avoir connu pour la première fois lors d'une audience au Vatican deux ans plus tôt.
Castro avait qualifié la visite du pape de «miracle» et avait décrit le souverain pontife comme «un ami de Cuba». Le voyage du pape avait marqué un net réchauffement des relations entre le régime communiste et le Vatican.
Le processus de rapprochement avait commencé lorsque le pape avait, dès le début de son pontificat, en 1978, condamné l'embargo commercial et politique des États-Unis à l'encontre de l'île. Cuba, qui se présentait comme un pays athée, avait opté pour un statut laïque en 1992. Après la visite du pape, le régime procéda à une amnistie de 100 prisonniers, dont des détenus politiques.
Après l'annonce du décès du pape samedi, le ministre des Affaires étrangères, Felipe Pérez Roque, avait rapidement diffusé un message «de condoléances, respect et solidarité à tous les croyants catholiques, à Cuba et dans le reste du monde», qualifiant le pape «d'ami» de l'île. Le président Castro avait signé dans la soirée un décret décidant un deuil officiel de trois jours à partir d'hier -- mesure prévue pour les décès de chefs d'État avec lesquels l'île entretient des relations diplomatiques -- et la suspension de toutes les activités festives et sportives durant cette période.

