Au coeur de la jungle

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Normand Thériault
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 mars 2005

Mots clés : recherche

Shino Tze Chiech et Jonathan Vaucher, assistant de recherche et étudiant à la maîtrise.

Photo: Jacques Nadeau

Le propre des idées reçues consiste à être «reçu», comme témoignant d'un état de fait où universellement il y a consensus entre toutes les parties impliquées dans l'observation d'un domaine donné. Sommes-nous en recherche, à l'intérieur du secteur universitaire, que tous s'entendent pour dire qu'il vaut mieux être un chercheur en sciences appliquées qu'un explorateur en sciences humaines qui se donnerait le mandat d'explorer le fonctionnement des sociétés et de comprendre les valeurs qui les animent. Et pourtant...

Parlerions-nous de l'IREQ qu'un dur constat s'impose: «Il a perdu 30 % de ses effectifs et 30 % de ses activités, à toutes fins pratiques. Donc, il ne peut plus jouer le même rôle qu'en 1969.» L'IREQ, faut-il le rappeler, c'est l'Institut de recherche en électricité du Québec, un des premiers pôles de développement en recherche que l'État québécois s'était donné au moment où naissait le Québec actuel. Aujourd'hui, comme le rappelle un de ses chercheurs-pionniers, Gaëtan Lafrance, «les vieux chercheurs ne sont pas remplacés lorsqu'ils partent. Et moi, j'en suis un exemple flagrant: je pars cet été et je ne serai pas remplacé. Je trouve cela très préoccupant dans le sens où une des grandes problématiques mondiales du XXIe siècle sera le passage au quatrième âge de l'énergie. Même s'il s'agit là d'une préoccupation propre à notre époque, les décideurs ne vont pas dans ce sens-là.»

Comment cela se fait-il? Car l'IREQ, c'est une grande institution québécoise. Dans le cadre de cette structure, dans un édifice sis sur la rive sud de Montréal, a été mis au point le moteur-roue, une technologie qui intéresse maintenant une société automobile japonaise, comme ont été aussi menées les premières recherches de pointe sur la production d'électricité par éolienne.

Nouveau monde

En sciences appliquées, les règles actuelles du jeu ont transformé le modus operandi. Ainsi, s'il semble y avoir ralentissement dans un lieu, cela ne veut pas dire que la recherche dans un secteur s'interrompt. L'éolienne, que ce soit pour son développement, sa conception ou sa fabrication, intéresse tout le monde. Ainsi l'École polytechnique inaugure cette année une chaire de recherche et ouvre ses laboratoires à ce domaine. Elle n'est pas la seule institution universitaire à le faire: allez à McGill, à Sherbrooke, à Laval, pour ne nommer que celles-là, et vous découvrirez que les projets abondent, et que des recherches concrètes s'ensuivent.

En fait, être aujourd'hui un professeur universitaire, c'est être un petit entrepreneur dont les activités majeures consistent d'abord en la recherche de financement, la gestion d'équipes d'étudiants-chercheurs et l'entretien d'énormes réseaux scientifiques afin d'être au fait des découvertes et des divers programmes de subventions, qu'ils soient gouvernementaux ou privés. Le travail en laboratoire ou en atelier vient seulement par la suite.

Ce monde en est un de compétition où l'infrastructure de production compte pour autant, sinon plus, que la validité des intuitions initiales. La recherche contemporaine a ainsi pour modèles Edison, Oppenheimer ou Nobel. Un personnage comme Albert Einstein y fait ainsi figure de rêveur, de «poète» de la science.

Partenariats

Ainsi, il ne faut pas se surprendre si, dans cette course aux dollars, les universités en arrivent à mettre sur pied des équipes de spécialistes dont le travail consiste à attirer les entreprises en leur donnant accès à des locaux équipés avec des technologies de pointe et où, en collaboration, universitaires et entrepreneurs travailleront de concert. Polytechnique, avec Polynov, illustre bien cette tendance. Ailleurs, l'École de technologie supérieure, avec le Centre d'expérimentation et de transfert technologique, le CETT, opère à l'intérieur d'un mandat qui tient compte des besoins actuels définis par «la réalité économique de la grande région de Montréal».

En sciences, au niveau planétaire, la démesure est la norme. Parlez-vous de revues scientifiques que vous devez en parcourir près de 25 000 sur une base régulière, et ce, pour être seulement au courant des dernières découvertes, des dernières applications. Êtes-vous spécialiste d'un secteur de pointe, les mathématiques par exemple, que dans votre domaine vous serez souvent seulement trois ou quatre à pouvoir partager à un même niveau les connaissances (et encore là, à condition de consacrer une demi-année à tenter de comprendre les avancées opérées par un de vos confrères).

Ajoutez à cela les conditions économiques actuelles, où la compétition et la recherche de profit sont devenues choses banales, et un constat s'impose: la recherche est une jungle. Toutefois, ceux qui s'y aventurent découvrent rapidement que, si les embûches y sont réelles, les avantages retirés d'une exploration du domaine le sont tout autant. Par les découvertes effectuées comme par les conditions financières et techniques qui les permettent.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com