Au coeur de la jungle
Mots clés : recherche

Photo: Jacques Nadeau
Comment cela se fait-il? Car l'IREQ, c'est une grande institution québécoise. Dans le cadre de cette structure, dans un édifice sis sur la rive sud de Montréal, a été mis au point le moteur-roue, une technologie qui intéresse maintenant une société automobile japonaise, comme ont été aussi menées les premières recherches de pointe sur la production d'électricité par éolienne.
Nouveau monde
En sciences appliquées, les règles actuelles du jeu ont transformé le modus operandi. Ainsi, s'il semble y avoir ralentissement dans un lieu, cela ne veut pas dire que la recherche dans un secteur s'interrompt. L'éolienne, que ce soit pour son développement, sa conception ou sa fabrication, intéresse tout le monde. Ainsi l'École polytechnique inaugure cette année une chaire de recherche et ouvre ses laboratoires à ce domaine. Elle n'est pas la seule institution universitaire à le faire: allez à McGill, à Sherbrooke, à Laval, pour ne nommer que celles-là, et vous découvrirez que les projets abondent, et que des recherches concrètes s'ensuivent.
En fait, être aujourd'hui un professeur universitaire, c'est être un petit entrepreneur dont les activités majeures consistent d'abord en la recherche de financement, la gestion d'équipes d'étudiants-chercheurs et l'entretien d'énormes réseaux scientifiques afin d'être au fait des découvertes et des divers programmes de subventions, qu'ils soient gouvernementaux ou privés. Le travail en laboratoire ou en atelier vient seulement par la suite.
Ce monde en est un de compétition où l'infrastructure de production compte pour autant, sinon plus, que la validité des intuitions initiales. La recherche contemporaine a ainsi pour modèles Edison, Oppenheimer ou Nobel. Un personnage comme Albert Einstein y fait ainsi figure de rêveur, de «poète» de la science.
Partenariats
Ainsi, il ne faut pas se surprendre si, dans cette course aux dollars, les universités en arrivent à mettre sur pied des équipes de spécialistes dont le travail consiste à attirer les entreprises en leur donnant accès à des locaux équipés avec des technologies de pointe et où, en collaboration, universitaires et entrepreneurs travailleront de concert. Polytechnique, avec Polynov, illustre bien cette tendance. Ailleurs, l'École de technologie supérieure, avec le Centre d'expérimentation et de transfert technologique, le CETT, opère à l'intérieur d'un mandat qui tient compte des besoins actuels définis par «la réalité économique de la grande région de Montréal».
En sciences, au niveau planétaire, la démesure est la norme. Parlez-vous de revues scientifiques que vous devez en parcourir près de 25 000 sur une base régulière, et ce, pour être seulement au courant des dernières découvertes, des dernières applications. Êtes-vous spécialiste d'un secteur de pointe, les mathématiques par exemple, que dans votre domaine vous serez souvent seulement trois ou quatre à pouvoir partager à un même niveau les connaissances (et encore là, à condition de consacrer une demi-année à tenter de comprendre les avancées opérées par un de vos confrères).
Ajoutez à cela les conditions économiques actuelles, où la compétition et la recherche de profit sont devenues choses banales, et un constat s'impose: la recherche est une jungle. Toutefois, ceux qui s'y aventurent découvrent rapidement que, si les embûches y sont réelles, les avantages retirés d'une exploration du domaine le sont tout autant. Par les découvertes effectuées comme par les conditions financières et techniques qui les permettent.
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