Femmes et sciences - Les inscriptions dans les programmes de sciences pures connaissent une baisse significative

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Guylaine Boucher
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 mars 2005

Mots clés : inscription

En santé, sciences infirmières et pharmacie, on assiste à « une hausse exponentielle du nombre de femmes inscrites »

Elles ont beau représenter la majorité de la clientèle étudiante universitaire, les femmes continuent d'être sous-représentées dans le domaine des sciences et du génie. En fait, de 1999 à 2003, la Chaire de recherche CRSNG/Alcan pour les femmes en sciences et génie de l'université Laval a même noté un recul des inscriptions féminines dans ces champs d'étude scientifiques. Une tendance généralisée dans toute l'Amérique du Nord et à laquelle il importe de prêter une attention toute particulière, selon Claire Deschênes, professeure au département de génie et titulaire de la chaire. Quand les campagnes de promotion ne suffisent plus...

Que ce soit par le biais de concours servant à mettre en valeur les métiers non traditionnels, de campagnes publicitaires ou d'information, le ministère de l'Éducation du Québec a consacré beaucoup d'énergie au cours des dernières années à la promotion des carrières en sciences et génie pour les filles. Sur le terrain, les résultats obtenus laissent pourtant à désirer.

De fait, si le nombre de femmes est supérieur (58,5 %) au nombre d'hommes dans l'ensemble des secteurs de formation universitaire, on ne peut pas en dire autant du grand secteur des sciences et génie.

Selon une étude réalisée par la Chaire CRSNG/Alcan pour les femmes en sciences et génie, entre 1999 et 2003, le nombre de femmes inscrites dans des programmes de sciences pures de niveau universitaire a même connu une baisse significative.

«Jusqu'en 2000, explique Claire Deschênes, nous avions des hausses importantes du nombre de femmes inscrites en sciences puis, soudainement, les choses ont changé.»

De nombreux secteurs touchés

De façon plus précise, le secteur des sciences pures, qui englobe notamment la biochimie et la biologie, a enregistré une baisse générale de l'ordre de 5,1 %. Ce sont les formations en physique et en actuariat qui ont été les plus touchées, le premier domaine essuyant un recul des inscriptions féminines de 7 % et le second, de 8 %. Dans le secteur des sciences appliquées, certains programmes ont aussi été privés d'une large part de leur clientèle habituelle. C'est le cas en informatique, où l'on a vu le nombre d'inscriptions baisser de 50 %. Les formations liées au génie électrique, au génie agricole, mécanique, des métaux et matériaux ainsi qu'au génie forestier ont également été affectées, certaines perdant même jusqu'à 13 % de leur clientèle.

Raison de ces dégelées? Difficile à dire, selon Claire Deschênes. «Nous ne savons pas exactement pourquoi les choses ont brusquement changé. Ce qui est certain, par contre, c'est qu'au même moment, les formations liées aux sciences de la santé, comme les sciences infirmières et la pharmacie, par exemple, connaissaient une hausse exponentielle du nombre de femmes inscrites. La promotion faite quant aux excellentes possibilités d'emploi dans ces domaines a pu influencer la décision des étudiantes; tout comme le facteur historique voulant que les femmes soient naturellement attirées vers les secteurs des soins et moins vers les sciences pures ou appliquées. Nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat. La situation est plus ou moins la même à l'échelle de l'Amérique du Nord.»

Manque de modèles

Pour faire changer ces réflexes bien ancrés et séculaires, la chaire de l'université Laval a choisi de s'adresser le plus tôt possible aux jeunes femmes. «Des études ont démontré que les jeunes filles perdent leur intérêt pour les sciences vers 14 ou 15 ans. Nous avons donc tout mis en oeuvre pour les joindre là où elles sont, dans leurs classes, à l'école, avant qu'elles ne décident ce qu'elles veulent faire de leur vie professionnelle», explique Claire Deschênes.

La mise en ligne et à jour d'un site Internet faisant le pont avec les programmes de sciences physiques et de physique offerts dans les écoles secondaires figure au nombre des initiatives mises de l'avant. OPUS, pour Outils pédagogiques utiles en sciences, s'adresse tant aux élèves qu'aux enseignants, mais dans les faits, plus de jeunes que d'enseignants le fréquentent. «Nous voulions faire le pont entre ce qui est vu à l'école et la vraie vie, précise la titulaire de la chaire. Nous avons misé sur des éléments sociologiques parce que c'est ce qui attire les filles. Nous faisons donc des liens entre ce qu'elles ont appris et la santé, les soins aux personnes ou l'environnement par exemple. C'est concret, vivant et ça stimule l'intérêt.» Plus ou moins 110 personnes visitent le site chaque jour, et la chaire évalue qu'environ 45 % des visiteurs sont québécois, dont plus de la moitié de sexe féminin.

Visites d'école

La campagne de développement d'intérêt a aussi pris la forme de visites dans les écoles secondaires et les collèges, une mesure en laquelle Claire Deschênes croit par-dessus tout. «On a beau faire toutes les campagnes publicitaires au monde, rien ne peut remplacer le contact de personne à personne. Quand une fille qui travaille en science vient dans une classe parler de son cheminement, de son travail, ça ouvre des horizons. Ça rend les choses plus palpables. L'impact est majeur, mais nous souffrons malheureusement, en sciences appliquées particulièrement, d'un manque cruel de modèles féminins. Il faut remédier à cela, c'est la clé.»

Créée en 1997 à l'initiative du Conseil de recherche en science et génie du Canada (CRSNG), la chaire rattachée à l'université Laval a son équivalent dans quatre autres régions canadiennes, soit les Maritimes, les Territoires du Nord-Ouest, l'Ontario, les Prairies et la Colombie-Britannique.

Après huit années passées à sa tête, Claire Deschênes se dit heureuse du chemin parcouru. «Les statistiques jouent encore en notre défaveur, mais les choses évoluent. La problématique femmes et sciences est mieux connue. Beaucoup de questions ont été posées. Nous n'avons pas encore toutes les réponses, mais les jeunes femmes sont plus conscientes que ces créneaux leur sont accessibles. À l'échelle mondiale, les femmes en sciences se regroupent. On avance lentement, mais sûrement. Attirer les femmes en sciences est une chose, les retenir et leur offrir des conditions de travail égales à celles des hommes en est une autre. Il y a encore beaucoup à faire et nous n'avons pas le droit de baisser les bras.»


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