Montréal veut aménager d'ici deux ans de nouvelles voies cyclables d'est en ouest
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Toutes les études privilégieraient le boulevard Maisonneuve, au centre-ville

Photo: Jacques Grenier
Rappelons que, il y a deux ans, dans la foulée du Sommet de Montréal, la Ville avait mandaté Vélo Québec pour réaliser un plan d'action vélo au centre-ville. Afin d'évaluer les plus récentes avancées techniques en cette matière à l'étranger, les représentants de Vélo Québec s'étaient rendus dans plusieurs villes nord-américaines et européennes afin d'étudier les aménagements consacrés aux cyclistes. À la lumière de ces observations, Vélo Québec a donc élaboré les devis d'un plan qui a été soumis à l'administration municipale.
Le vélo, dit Claude Dauphin, «c'est la voie de l'avenir» puisqu'il allie d'indéniables avantages économiques et de nombreuses vertus écologiques. Il affirme qu'en aménageant des voies sécuritaires pour les cyclistes, on pourra doubler, voire même quadrupler le nombre d'utilisateurs de vélo au centre-ville. C'est d'ailleurs sur ce thème que se pencheront les participants au colloque intitulé «Le vélo au coeur de la ville» qui se tiendra à mercredi à Montréal. L'événement est organisé par l'Association québécoise du transport des routes (AQTR) sous la présidence d'honneur de M. Dauphin.
Montréal, ville de vélo?
Le nombre de déplacements à vélo n'a cessé de croître dans la métropole au cours de la dernière décennie, mais, depuis 1992, les investissements majeurs par les différentes administrations municipales ont été inexistants. Avec son réseau de voies cyclables inachevé et des pistes comme celle de la rue Rachel où se multiplient chaque année les conflits entre cyclistes et automobilistes, Montréal n'a pas réussi à conserver sa réputation de ville de vélo. Mais Vélo Québec espère voir la réputation de Montréal reprendre du panache avec l'intérêt démontré par l'administration Tremblay après autant d'années de disette. «La culture de vélo, Montréal ne l'a pas perdue», fait valoir Jean-François Pronovost, directeur général de Vélo Québec.
Si le plan d'action de la Ville pour le centre-ville n'est pas encore au point, c'est que d'autres négociations doivent être menées, car l'aménagement de voies cyclables nécessitera l'élimination d'espaces de stationnement en bordure de rues. «Je ne veux pas cibler d'associations [de gens d'affaires] en particulier, mais lorsque tu veux éliminer quelques stationnements d'autos, les commerçants ont l'impression qu'ils vont tomber en faillite alors que ça peut être tout à fait le contraire, explique M. Dauphin. Il y a des statistiques européennes qui disent que ça augmente l'achalandage dans les magasins. Ça attire du monde, le vélo, et les cyclistes ne sont pas toutes des personnes qui ne dépensent pas. Alors, il faut les convaincre.»
André Poulin, directeur général de la société de développement commercial Destination centre-ville, fait partie de ceux qui n'ont pas l'intention de se laisser convaincre. «On ne trouve pas que ce soit approprié d'avoir une piste cyclable en plein centre-ville parce que ce n'est pas un terrain de jeu, dit-il. On pense qu'il y a beaucoup de priorités à mettre en avant, notamment que nos rues soient juste en bon état, avant d'ajouter des aménagements qui ne sont peut-être pas essentiels pour le moment.»
Si on rend l'accès au centre-ville trop difficile pour les automobilistes, on le condamnera, croit M. Poulin. Selon lui, le nombre de travailleurs qui se rendent travailler en vélo est minime et il n'augmentera pas de façon significative, quoi qu'on fasse. Le cyclisme s'est beaucoup développé, mais il constitue davantage une activité de loisir que de transport, ajoute-t-il: «On ne doit pas favoriser une minorité au détriment des autres, surtout au détriment de l'ensemble. Si les gens perçoivent que c'est difficile d'aller au centre-ville, ils ne viendront plus.»
Les commerçants ne sont peut-être pas des partisans du vélo, mais plusieurs gestionnaires de tours de bureaux y ont cru suffisamment pour adhérer au programme de vélos en libre-service. Il s'agit d'un projet lancé en 2002 qui consiste à mettre à la disposition des employés de ces centres d'affaires une flotte de vélos. L'an dernier, les administrations de 21 édifices ont participé au projet qui s'échelonne de la mi-avril à la mi-octobre et l'organisme Voyagez futé, qui gère le programme, entend recruter de nouveaux adhérents pour cet été.
Quartiers résidentiels
Jean-François Pronovost croit que, après le centre-ville, la Ville devra s'attaquer aux quartiers résidentiels de la métropole afin d'améliorer le sort des piétons et des cyclistes. «Ça va nécessiter obligatoirement des mesures de ralentissement de la circulation automobile. C'est inévitable, il faut y arriver», dit-il en évoquant les diverses solutions possibles comme l'aménagement de terre-pleins et de saillies de trottoirs.
Le Dr Patrick Morency, de la Direction de la publique de Montréal, partage cet avis. Les blessés sont bien plus nombreux que ne le laissent croire les statistiques officielles. Le décompte des interventions des services ambulanciers révèle un plus grand nombre d'accidents que ceux répertoriés par la police, mais ces données sont tout de même trompeuses puisqu'elles sous-estiment le nombre réel d'accidents. «On sait que c'est sous-déclaré, puisque beaucoup de cyclistes se rendent eux-mêmes à l'urgence sans l'intervention d'ambulanciers», explique-t-il.
Le Dr Morency insiste. Les interventions pour améliorer la circulation des piétons et des cyclistes dans les quartiers plus résidentiels ne doivent pas se limiter aux intersections les plus achalandées. Bien sûr, les accidents impliquant des cyclistes sont plus nombreux sur les artères importantes, mais, en regardant de près les données recueillies auprès d'Urgences-Santé, il a constaté que les accidents pouvaient survenir à n'importe quel coin de rue dit tranquille. À titre d'exemple, les 582 accidents survenus entre 1999 et 2003 dans le plateau Mont-Royal sont disséminés parmi 208 intersections.
Mais la Ville n'a pas, pour l'instant, de plan précis. Des interventions isolées comme la rencontre de voies en sens unique dans certaines artères ou l'aménagement de dos d'âne ont été faites pour assurer une plus grande quiétude des résidants, mais elles sont rares. «Dans notre plan d'accessibilité centre-ville et dans notre plan de transport, auquel on travaille actuellement, le vélo aura des chapitres prépondérants», affirme tout de même Claude Dauphin.
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