Chrétien veut la tête du juge

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Brian Myles
Édition du vendredi 04 mars 2005

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Le juge John Gomery y est allé d'un petit sourire en coin, hier à la Commission d'enquête sur le programme des commandites, qui siégeait à Montréal.

Photo: Jacques Nadeau

Le commissaire John Gomery est de nouveau dans la mire de Jean Chrétien, qui a réclamé sa récusation hier, dans une requête à la Cour fédérale, en raison de ses questions suggérant l'existence d'une «conspiration du silence» entre l'ex-premier ministre et le greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb, au sujet du scandale des commandites.

Les avocats de M. Chrétien ont déposé en matinée une requête en révision judiciaire de la décision prise par le commissaire Gomery, le 1er février, de ne pas se récuser de la Commission d'enquête sur le programme des commandites et les activités de publicité. Comme lors de sa première tentative pour obtenir la tête de M. Gomery, le clan Chrétien reproche au juge son attitude de partialité, ses préjugés défavorables à l'égard de certains membres de l'ancien gouvernement libéral et ses commentaires inappropriés, autant de points faisant planer une menace sur «l'équité et l'objectivité» des travaux en cours. «La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est quand M. Gomery a suggéré qu'il y avait une conspiration du silence entre M. Chrétien et M. Himelfarb sur le rapport de la vérificatrice générale», a confirmé l'un des avocats de l'ex-premier ministre, Jean-Sébastien Gallant.

L'expression «conspiration du silence» a été utilisée lundi par M. Gomery sous la forme d'une question au greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb. Celui-ci a corroboré le témoignage de l'ex-premier ministre en affirmant qu'il n'avait pas discuté du rapport de la vérificatrice générale sur le programme des commandites avant sa publication, en novembre 2003. La consigne consistait à ne pas renseigner le premier ministre sur le contenu de ce document, a dit M. Himelfarb. «Il y a une sorte de conspiration du silence, n'est-ce pas? Entre vous deux? [...] Vous ne lui dites pas ce que vous savez au sujet du contenu du rapport et il ne vous le demande pas? [...] C'est difficile à suivre pour moi», a dit le juge Gomery. M. Himelfarb a assuré que c'était la vérité.

M. Gomery a indiqué par le passé que des témoins avaient menti devant lui et que son rapport pourrait s'avérer très dommageable pour la carrière de Jean Chrétien, avant même que les travaux de la commission d'enquête ne soient complétés, une autre source d'irritation pour l'ex-premier ministre. «On est prêt à condamner M. Chrétien ici quoi qu'il fasse», a déploré Me Gallant.

La requête vise indirectement le procureur de la commission, Bernard Roy, que le texte présente comme l'ancien secrétaire principal du premier ministre conservateur Brian Mulroney, de 1984 à 1988. C'est Me Roy qui a tenu à rappeler M. Himelfarb à la barre des témoins, avec l'intention de tester indirectement la crédibilité de Jean Chrétien. La requête lui reproche d'avoir voulu marquer des «points politiques», car il savait très bien que M. Himelfarb confirmerait la justesse du témoignage rendu par Jean Chrétien.

Un autre commissaire

La commission Gomery a l'intention de poursuivre ses travaux en dépit de ce rebondissement. La requête de M. Chrétien, à laquelle pourrait se joindre l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, ne sera pas plaidée sur le fond avant trois mois au moins, tandis que la commission d'enquête doit compléter ses audiences d'ici deux mois et demi.

Les avocats de M. Chrétien se gardent bien de vouloir faire dérailler les travaux. Tout au plus espèrent-ils qu'un autre commissaire soit nommé, en remplacement de M. Gomery, pour rédiger le rapport final et les recommandations de la commission. À condition bien sûr que la Cour fédérale accède à leur demande.

Le juge Gomery a refusé de se récuser, le 1er février, mais il a reconnu le caractère inapproprié et maladroit des commentaires qu'il avait formulés dans les médias. Il avait entre autres qualifié de «small town cheap» (mauvais goût de petite ville) l'utilisation, par Jean Chrétien, du programme des commandites pour produire des balles de golf portant sa signature.

À Ottawa, le premier ministre Paul Martin s'est porté au secours de John Gomery. «M. Chrétien est un citoyen privé. Il a le droit de suivre les voies légales qu'il désire, mais la position du gouvernement est claire, c'est-à-dire que nous croyons que le commissaire Gomery devrait rester en place, que la commission devrait poursuivre ses travaux et que les Canadiens méritent d'avoir des réponses.»


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