Chrétien veut la tête du juge
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Photo: Jacques Nadeau
L'expression «conspiration du silence» a été utilisée lundi par M. Gomery sous la forme d'une question au greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb. Celui-ci a corroboré le témoignage de l'ex-premier ministre en affirmant qu'il n'avait pas discuté du rapport de la vérificatrice générale sur le programme des commandites avant sa publication, en novembre 2003. La consigne consistait à ne pas renseigner le premier ministre sur le contenu de ce document, a dit M. Himelfarb. «Il y a une sorte de conspiration du silence, n'est-ce pas? Entre vous deux? [...] Vous ne lui dites pas ce que vous savez au sujet du contenu du rapport et il ne vous le demande pas? [...] C'est difficile à suivre pour moi», a dit le juge Gomery. M. Himelfarb a assuré que c'était la vérité.
M. Gomery a indiqué par le passé que des témoins avaient menti devant lui et que son rapport pourrait s'avérer très dommageable pour la carrière de Jean Chrétien, avant même que les travaux de la commission d'enquête ne soient complétés, une autre source d'irritation pour l'ex-premier ministre. «On est prêt à condamner M. Chrétien ici quoi qu'il fasse», a déploré Me Gallant.
La requête vise indirectement le procureur de la commission, Bernard Roy, que le texte présente comme l'ancien secrétaire principal du premier ministre conservateur Brian Mulroney, de 1984 à 1988. C'est Me Roy qui a tenu à rappeler M. Himelfarb à la barre des témoins, avec l'intention de tester indirectement la crédibilité de Jean Chrétien. La requête lui reproche d'avoir voulu marquer des «points politiques», car il savait très bien que M. Himelfarb confirmerait la justesse du témoignage rendu par Jean Chrétien.
Un autre commissaire
La commission Gomery a l'intention de poursuivre ses travaux en dépit de ce rebondissement. La requête de M. Chrétien, à laquelle pourrait se joindre l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, ne sera pas plaidée sur le fond avant trois mois au moins, tandis que la commission d'enquête doit compléter ses audiences d'ici deux mois et demi.
Les avocats de M. Chrétien se gardent bien de vouloir faire dérailler les travaux. Tout au plus espèrent-ils qu'un autre commissaire soit nommé, en remplacement de M. Gomery, pour rédiger le rapport final et les recommandations de la commission. À condition bien sûr que la Cour fédérale accède à leur demande.
Le juge Gomery a refusé de se récuser, le 1er février, mais il a reconnu le caractère inapproprié et maladroit des commentaires qu'il avait formulés dans les médias. Il avait entre autres qualifié de «small town cheap» (mauvais goût de petite ville) l'utilisation, par Jean Chrétien, du programme des commandites pour produire des balles de golf portant sa signature.
À Ottawa, le premier ministre Paul Martin s'est porté au secours de John Gomery. «M. Chrétien est un citoyen privé. Il a le droit de suivre les voies légales qu'il désire, mais la position du gouvernement est claire, c'est-à-dire que nous croyons que le commissaire Gomery devrait rester en place, que la commission devrait poursuivre ses travaux et que les Canadiens méritent d'avoir des réponses.»

