Syndicalisation: Wal-Mart reçoit un blâme
Mots clés : syndicalisation
La Commission du travail ordonne de cesser l'intimidation à Sainte-Foy
La Commission des relations de travail du Québec vient d'ordonner à Wal-Mart Canada de «cesser d'intimider et de harceler» des employés favorables à la syndicalisation à son magasin de Sainte-Foy.Dans sa décision, la Commission des relations de travail du Québec conclut, après avoir entendu la preuve, que Wal-Mart du Canada «a cherché à entraver la formation d'une association de salariés» à son magasin de l'arrondissement de Sainte-Foy à Québec. Elle lui ordonne donc de cesser d'intimider trois employés plus particulièrement visés dans la requête. Elle lui ordonne également d'afficher cette décision «dans un endroit bien en vue dans la cantine des employés» pendant 30 jours.
C'est la section locale 503 des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce, un syndicat affilié à la FTQ, qui avait porté plainte devant la Commission.
Selon la preuve entendue par la Commission, dans un cas, une employée a été rencontrée dans une pièce, les portes closes. Elle s'est fait reprocher de faire de la sollicitation pour le syndicat et s'est fait lire une directive de l'employeur lui interdisant ce genre d'activités dans l'entreprise. On lui a demandé qui était impliqué dans le processus de syndicalisation. On lui a dit «que son comportement est comme un coup de couteau au coeur». On lui a aussi dit que «pour l'instant, il n'y a pas d'avertissement à son dossier mais que si la situation continue, on va lui donner un avertissement verbal», relate la Commission dans sa décision.
La Commission en conclut qu'«il est clair que des représentants de l'employeur ont fait preuve d'un comportement intimidant visant à contraindre certains salariés de cesser d'exercer un droit» prévu au Code du travail. Cette preuve n'a pas été contredite lors de l'audience, rappelle la Commission.
La Commission des relations de travail trouve toutefois prématurée la demande du syndicat qu'on lui fournisse la liste des salariés du magasin et qu'on mette à sa disposition un babillard. «Il n'apparaît pas souhaitable à la Commission qu'à cette étape de la campagne, compte tenu des agissements reprochés à l'employeur, que soit ordonné à ce dernier de remettre à l'association la liste des salariés de même que lui fournir un tableau d'affichage.»
Réactions
Joint au téléphone, M. Louis Bolduc, adjoint au directeur national des TUAC, a qualifié le blâme à Wal-Mart de «bonne nouvelle», en ajoutant que «c'est une moins bonne nouvelle que ça existe encore en 2005 et que ça fasse partie des tactiques».
Interrogé à savoir s'il s'attendait à un changement d'attitude de Wal-Mart après ce blâme, M. Bolduc a répliqué: «Ils devront changer d'attitude dans ce magasin-là, en tout cas.»
M. Bolduc rappelle que Wal-Mart s'était déjà fait ordonner par la Commission de cesser d'entraver le processus de syndicalisation à Brossard, en septembre dernier, et que ça ne l'a pas empêché de récidiver à Sainte-Foy. «C'est une culture chez Wal-Mart de faire ça», affirme-t-il.
Il concède que l'attitude de Wal-Mart envers les employés favorables à la syndicalisation à Sainte-Foy, «ça en a intimidé plusieurs» sur le coup, mais que le syndicat a continué sa campagne malgré tout. «C'est comme l'annonce de la fermeture à Jonquière. Ça a un impact pendant un certain temps. Certains sont intimidés, d'autres sont choqués et veulent joindre le mouvement», soutient M. Bolduc.
Du côté de la direction de Wal-Mart, le porte-parole pour le Canada, Andrew Pelletier, a nié toute tentative d'intimidation à l'endroit d'un ou des employés, mais constate que la Commission des relations du travail en a décidé autrement. «Nous n'intimidons pas les gens», a-t-il assuré.
La «culture corporative de Wal-Mart» est au contraire «la communication ouverte» et la volonté de faire sentir aux employés qu'ils sont partie prenante de l'entreprise (people empowerment), a déclaré M. Pelletier.
Wal-Mart «n'est pas d'accord avec la décision» de la Commission, mais l'affichera tout de même pendant 30 jours dans le magasin, tel qu'ordonné, a-t-il précisé.
Au Colorado
Par ailleurs, la vingtaine d'employés du centre d'entretien de l'automobile (Tire & Lube Express) du magasin Wal-Mart de Loveland, au Colorado, ont rejeté la syndicalisation à 17 contre un lors d'un vote tenu hier. L'exercice a été suivi de près autant aux États-Unis qu'au Canada compte tenu de l'importance qu'il représentait pour Wal-Mart et pour le mouvement syndical -- qui mène également une offensive auprès des employés canadiens de la chaîne.
Un vote en faveur de la syndicalisation aurait entraîné la création de la première unité syndicale au sein de la chaîne Wal-Mart à travers tous les États-Unis.
Les bouchers d'un magasin Wal-Mart du Texas avaient voté pour la syndicalisation en 2000, mais leurs postes avaient été abolis dans toute la compagnie peu après; Wal-Mart a soutenu que la décision d'abolir les postes de bouchers dans ses magasins n'était pas liée au vote.
Hier, un porte-parole de l'Union internationale des travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) a affirmé que son organisation entend demander au Conseil national (américain) des relations de travail de rejeter les résultats du vote, arguant notamment que le syndicat n'a pas pu avoir d'observateur durant le vote.
Wal-Mart, qui s'était opposée à la tenue du vote, s'est réjouie du résultat. «Plusieurs de nos associés sont d'anciens membres de syndicats -- ils savent mieux que quiconque que la seule garantie qu'un syndicat peut donner est d'assurer à ses membres qu'ils auront à sortir de l'argent de leur poche -- et c'est pour cette raison qu'ils continuent de rejeter les TUAC», a affirmé dans un communiqué Terry Srsen, le vice-président responsable des relations de travail chez Wal-Mart.

