Pas de solutions dans la violence
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Fournier pose ses conditions au règlement du dossier des prêts et bourses

Photo: Jacques Nadeau
Le ministre de l'Éducation, qui rencontrait la presse pour une première fois depuis son arrivée en poste, a insisté plus d'une fois sur la nécessité d'évacuer la violence afin de faire place à la recherche de solutions. «Pour l'avenir, si on veut avoir de bonnes relations, il faudrait s'assurer qu'il n'y ait pas de blessés», a-t-il indiqué. «Quelque blessé que ce soit, je n'en veux pas.»
Quelques instants plus tard, la FEUQ faisait amende honorable et reconnaissait à mots à peine couverts la maladresse des événements de la semaine dernière à Montebello. «Des actions violentes, il n'y en aura plus d'organisée par la FEUQ», a indiqué hier après-midi son président, Pier-André Bouchard, devant les bureaux du ministre des Finances, Michel Audet. «On a vu que ç'a profondément choqué les Québécois. Tenez pour acquis que ça ne se reproduira plus sous notre bannière.»
La brusquerie -- peu commune aux actions orchestrées par la FEUQ et la FECQ -- avait en effet surpris tout le monde au caucus des députés libéraux, là où des blessés se dénombraient tant d'un côté de la barrière que de l'autre. Condamnée par plus d'un, cette opération avait pourtant bel et bien été menée de telle sorte que «ça brasse et que ça fasse réfléchir les députés», nous a-t-on expliqué en coulisses.
Alors que les regroupements ont affirmé jongler avec l'idée du dépôt d'une plainte en déontologie policière pour dénoncer le recours à la brutalité -- une option qui n'a pas encore été exécutée --, c'est plutôt vers les étudiants que les critiques se sont dirigées depuis.
Outre ce bélier utilisé pour tenter de forcer la porte de l'hôtel et les équipements de protection portés par les manifestants de la première ligne, des agents médicaux avaient été dépêchés sur place pour soigner les bosses et plusieurs des étudiants avaient été prévenus d'une éventuelle escalade de l'agressivité, avec un seul objectif en tête: «Tout faire pour entrer dans la place.»
La FEUQ, qui a promis que l'épisode sera unique, ne regrette toutefois pas le choix de cette stratégie. «On l'a fait, on l'assume parce que c'était nécessaire», a expliqué M. Bouchard hier. «Cela dit, ce n'était pas dans nos traditions, et on comprend que l'action ait été condamnée par beaucoup de monde», y compris le ministre Fournier, qui n'aurait pas apprécié que les étudiants aient «braqué» les députés présents à Montebello.
«Le préalable incontournable pour trouver des solutions, c'est la communication et pas la confrontation», a répété Jean-Marc Fournier, qui se dit «sensible à la question de l'endettement» et qui veut «travailler avec les étudiants à trouver des solutions» tout en mettant le cap sur le prochain budget.
Cette réouverture du dialogue n'a pas rassuré les étudiants, qui n'ont pas entendu la promesse d'un retour de ces 103 millions transformés de bourses en prêts. «Même s'il y a eu un premier bon contact [hier] matin, il n'y a pas d'argent sur la table», a expliqué Pier-André Bouchard, entouré d'une centaine d'étudiants venus manifester devant les bureaux du ministre Audet. «Il y a un changement de ton au cabinet du ministre de l'Éducation, mais ce ne sont pas des bonnes paroles qui vont faire cesser la grogne sur les campus.»
Pendant que la FECQ et la FEUQ en étaient à récolter des mandats de grève un peu partout au Québec, cette grogne se concrétisait en mouvement de grève générale illimitée hier pour quelque 33 000 étudiants principalement alliés à la CASSEE (Coalition de l'ASSE élargie), un regroupement d'étudiants non associés aux fédérations étudiantes les plus larges. «La FECQ-FEUQ ne nous représente pas», pouvait-on d'ailleurs lire sur une bannière placée devant les délégués de la CASSEE, qui ont eux aussi convoqué la presse hier pour distinguer leurs revendications de celles des fédérations.
«Nous ne voulons pas seulement le réinvestissement de 103 millions de dollars», a expliqué Xavier Lafrance, porte-parole de la CASSEE, qui regroupe des associations membres de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) de même que des associations indépendantes. «Nous voulons aussi le retrait de la réforme de l'aide financière aux études, le tout dans une perspective de gratuité scolaire.»
Ces étudiants, qui ont ensuite manifesté longuement dans les rues de Montréal à coups de centaines, craignent la négociation d'une «entente à rabais» par les fédérations étudiantes. «Tant qu'on n'aura pas de solution concrète, on ne se laissera pas leurrer par un remaniement ministériel qui dit: "Nouveau visage égale nouvelle politique"», a ajouté M. Lafrance.
Pendant ce temps, à la seconde journée du caucus présessionnel du Parti québécois à Joliette, les députés de l'opposition y allaient hier de leurs interprétations à propos du début de la grève.
«Je crois que les étudiants qui ont utilisé tous les moyens disponibles jusqu'à maintenant sont sans doute légitimés d'arriver à utiliser un tel moyen pour se faire entendre. Ils ont notre appui», a affirmé la critique en matière d'éducation, Pauline Marois, n'encourageant toutefois pas les milliers d'autres à emboîter le pas au mouvement. «Mais je n'inciterai pas à la grève et au débrayage.»
Mme Marois, qui demande au gouvernement Charest d'annuler les compressions de 103 millions à l'aide financière, a par ailleurs joint sa voix à celles qui ont condamné les événements de Montebello, en Outaouais. Elle reconnaît toutefois au passage les causes de cette «exaspération»: «Ils ont écrit au ministre, rencontré les députés, fait des pétitions et des manifestations. Alors, je comprends leur exaspération.»
Le chef de l'opposition, Bernard Landry, a appuyé la cause des étudiants mais exprimé des réserves quant au moyen utilisé pour faire pression auprès du gouvernement. «Nous appuyons leurs revendications, ça ne veut pas dire leurs moyens», a-t-il affirmé. «Qu'ils s'occupent de leurs moyens, mais qu'ils soient assurés qu'ils ont notre sympathie totale quant aux objectifs qu'ils poursuivent.»
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