Alain Juppé répond à ses détracteurs
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L'émoi suscité par sa venue au Québec comme professeur le laisse «abasourdi»
«Abasourdi» par le «tumulte» que provoque sa venue prochaine comme professeur invité à l'École nationale d'administration publique (ENAP), l'ancien premier ministre français Alain Juppé est sorti de son mutisme cette semaine sur son site personnel, condamnant les «horreurs et les mensonges» dont il est la cible au Québec.«Dans tel article de journal, on me reproche d'avoir "commis un acte criminel" -- j'ai bien lu criminel -- grave», écrit M. Juppé, qui se prononce aussi longuement pour une première fois depuis que cette histoire secoue la communauté universitaire. «Il est possible qu'en droit canadien, la distinction entre crimes et délits n'existe pas. Mais quand même! je n'avais pas conscience d'être un grand criminel. Un coup sur la tête supplémentaire... »
Rappelons que la Cour d'appel de Versailles a condamné M. Juppé en décembre dernier à 14 mois de prison avec sursis et à un an d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs du RPR. En faisant le choix de devenir professeur invité à l'ENAP à Montréal à la prochaine rentrée universitaire, «je pensais échapper à la pression médiatique qui pèse sur moi depuis tant d'années», poursuit l'ancien président de l'UMP (Union pour un mouvement populaire). «C'est raté!»
Le battage médiatique n'a pas cessé en effet depuis que l'ENAP et 80 % des membres de son assemblée professorale ont donné leur aval à la venue du politicien. Dans les pages du Devoir, des professeurs tels Gérard Bouchard, de l'Université du Québec à Chicoutimi, ou Guy Rocher, de l'Université de Montréal, ont participé entre autres à la cavale et dénoncé cette venue qu'ils jugent incompatible avec la condamnation dont M. Juppé est l'objet. D'autres, au contraire, appuient sans réserve cette invitation.
Alors que les quotidiens français font écho à la réaction de la communauté universitaire québécoise, M. Juppé s'ouvre aussi sur l'historique de sa décision de venir au Québec, un véritable choix qu'il aurait fait et non pas une option par dépit, comme l'auraient laissé entendre ceux qui racontent qu'il a «choisi le Québec par défaut, après avoir été rejeté par deux universités aux États-Unis».
«Les bras m'en tombent!», lance-t-il, avant de donner sa propre version des faits: il a «pris contact» avec une université new-yorkaise il y a plus d'un an; celle-ci s'est «déclarée intéressée», mais il n'a jamais donné suite à cet intérêt puisqu'il a «donné la préférence au Québec», question de sujets de recherche mais aussi de «proximité affective».
L'ensemble de ce débat, qui doit encore faire l'objet d'un vote de l'assemblée étudiante de l'ENAP demain, n'est pas affaire de raison mais de coeur, croit le politicien. «Je vois bien qu'il ne s'agit pas d'argumenter en raison. La passion -- et la plus terrible de toutes les passions: la passion politique -- s'y est mise.»
L'histoire, qui continue en effet de susciter les passions, comme en fait foi le nombre de lettres reçues au Devoir, désole le politicien, qui ne précise pas dans son envolée s'il maintient ou annule son passage au Québec. «J'avais pourtant le sentiment qu'à 59 ans, je pouvais encore échapper à la casse et servir, quelque part, ce qui a toujours été ma vocation: l'intérêt général, écrit M. Juppé. Peut-être me suis-je trompé et n'ai-je mérité qu'une forme d'opprobre universel?»
Vos réactions
Juppé a eu l'accueil qu'il mérite ! - par rene sens (rene.sens@laposte.net)
Le jeudi 24 février 2005 14:00
Dégringolade - par Arthur Talon
Le mercredi 23 février 2005 12:00
Question éthique - par Luc Rolland
Le mercredi 23 février 2005 06:00

