Israël approuve le retrait de Gaza
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Le tracé du mur de sécurité modifié
Jérusalem -- Le gouvernement israélien a approuvé hier à une très large majorité le plan de retrait des colonies de peuplement de la bande de Gaza et de quatre colonies de Cisjordanie, ainsi que le nouveau tracé de la partie sud de la barrière de sécurité. Deux décisions historiques -- et contester -- susceptibles de façonner ce que seront les futures frontières de l'État hébreu.C'est la première fois que le gouvernement approuve le démantèlement d'implantations juives sur des territoires saisis en 1967 et revendiqués par les Palestiniens comme partie intégrante de l'État indépendant auquel ils aspirent. À l'ouverture de la réunion, M. Sharon a reconnu que ce n'était «pas un jour facile, ni heureux», ceci pour souligner qu'il n'avait pas décidé le départ des colons de gaieté de coeur. Mais il a répété que ce retrait était «vital» pour la sécurité de l'État hébreu.
Plus tard en soirée, le premier ministre a confié que cette décision politique a été très difficile à prendre. «J'ai commencé à servir Israël il y a plus de 60 ans, j'ai gravi tous les échelons, et j'ai pris des centaines de décisions, parfois des décisions impliquant la vie ou la mort, mais la décision que j'ai prise aujourd'hui avec mon gouvernement a été la plus dure de toute ma carrière», a-t-il déclaré devant les représentants du judaïsme américain réunis à Jérusalem.
M. Sharon défendait ce plan de désengagement depuis plusieurs mois, malgré l'opposition de l'aile droite de son parti et l'hostilité des mouvements représentatifs des colons. D'après les sondages, une majorité de l'opinion publique israélienne est toutefois favorable à ce retrait.
Le vice-premier ministre Shimon Pères, partisan de longue date de ce projet, a pour sa part qualifié le vote d'hier «d'historique». «Après 40 années à Gaza, [...] qu'avons-nous gagné?», s'est-il demandé.
Le conseiller juridique du gouvernement Menahem Mazouz a imposé un délai minimum de cinq mois entre l'annonce de l'évacuation et son application, afin de permettre aux colons de s'y préparer. L'évacuation, qui devrait donc débuter en juillet, se déroulera pendant huit semaines en quatre phases. Chaque étape sera approuvée par le cabinet israélien avant sa mise en oeuvre.
Mais le plan de retrait pourrait être remis en cause si le budget 2005 n'est pas adopté avant la fin du mois de mars. Dans ce cas, le gouvernement Sharon tomberait automatiquement et de nouvelles élections devraient avoir lieu.
En attendant, Ariel Sharon a signé hier une directive rendant illégale la présence des colons israéliens dans la bande de Gaza et dans le nord de la Cisjordanie à compter du 20 juillet. L'ordre stipule que les colons encore présents dans les secteurs censés être évacués pourront alors être expulsés de force.
D'après des médias israéliens, quelque 6000 soldats et policiers sans armes pourraient être déployés pour l'évacuation de chacune des colonies concernées. Les chefs de file du mouvement des colons ont lancé des appels à la résistance pacifique, mais les services de sécurité n'écartent pas la possibilité d'affrontements violents. Quelque 8500 colons juifs vivent dans la bande de Gaza au milieu de 1,3 million de Palestiniens, contre 230 000 colons et 2,3 millions de Palestiniens en Cisjordanie.
Nouveau tracé pour le mur
Dans la foulée de cette décision, le cabinet Sharon a aussi approuvé par 20 voix contre une (avec une abstention) le tracé modifié de la barrière de séparation qu'Israël construit en Cisjordanie le long de la ligne de démarcation avec ce territoire occupé, un mur qui empiète sur des territoires revendiqués par les Palestiniens pour la création de leur État. L'été dernier, la Cour internationale de justice avait jugé ce mur de sécurité «illégal» et la Cour suprême israélienne a ordonné aux autorités de réétudier son tracé pour diminuer les souffrances des Palestiniens.
Le nouveau tracé adopté englobe environ 7% de la Cisjordanie, contre 16% pour le tracé initial. Par contre, il inclut les plus importantes implantations, dont Maalé Adoumim et Goush Etzion, ainsi que 10 000 Palestiniens.
Les Palestiniens ont réagi à l'annonce de la poursuite de la construction du mur en estimant qu'elle brise les efforts de relance du processus de paix. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a ainsi réaffirmé dans un entretien publié hier par le magazine allemand Der Spiegel qu'Israël doit démanteler toutes les colonies et renoncer à l'érection du mur.
«La poursuite de la construction du mur va saper les efforts pour relancer le processus de paix, et nous empêcher d'appliquer la Feuille de route, le dernier plan international pour un règlement du conflit, a déclaré le ministre chargé des Négociations, Saëb Erakat. Nous appelons le gouvernement israélien à reprendre les négociations sur le statut final [...] afin qu'un retrait [israélien] total des territoires occupés depuis 1967 puisse être réalisé», a-t-il ajouté.
«Nous ne pensons pas que des initiatives unilatérales soient la meilleure des choses pour le processus de paix, et nous préférerions que des progrès soient le fruit de pourparlers», a de son côté indiqué Ghassan Khatib, le ministre palestinien du Travail.
Chez les Palestiniens, on redoute toujours que l'objectif caché de Sharon consiste à abandonner la bande de Gaza, territoire surpeuplé et sans grandes ressources économiques, pour conserver et pérenniser les grandes implantations juives de Cisjordanie. Une telle éventualité, en morcelant la Cisjordanie, rendrait difficilement viable le futur État palestinien.
«Indubitablement, [le mur] va influer sur les frontières définitives d'Israël», a déclaré hier le ministre israélien Matan Vilnaï, alors que les autorités israéliennes affirment qu'il peut être démantelé à tout moment.
Sur le terrain, les troupes israéliennes ont tué un Palestinien et blessé un second hier dans la bande de Gaza. Les deux hommes étaient soupçonnés de passer des armes de contrebande depuis l'Égypte. Un troisième Palestinien a été arrêté, selon l'armée. Par ailleurs, 16 militants expulsés de la Cisjordanie vers Gaza il y a deux ans ont été autorisés à rentrer chez eux et les autorités israéliennes devraient libérer aujourd'hui quelque 500 détenus palestiniens, soit la plus importante libération de prisonniers depuis près de 10 ans.
Sur le plan diplomatique, le nouvel ambassadeur de Jordanie est arrivé hier à Tel-Aviv, après une absence de quatre ans.
D'après l'Associated Press, l'Agence France-Presse et Reuters

