Hydro-Québec reconnaît ses torts

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Robert Dutrisac , Clairandrée Cauchy
Édition du jeudi 17 février 2005

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Caillé annonce un plan d'action pour améliorer la sécurité des installations

«Les images que j'ai vues étaient inacceptables. [...] On passe en mode opérationnel pour mettre en place les mesures requises pour corriger la situation», a déclaré hier le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé.

Photo: Jacques Nadeau

«Troublé» par les images diffusées mardi sur les ondes de Radio-Canada, le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, a annoncé hier un plan d'action pour accroître la sécurité de ses installations de production et de transport d'électricité.

«Les images que j'ai vues étaient inacceptables. [...] On passe en mode opérationnel pour mettre en place les mesures requises pour corriger la situation», a fait valoir M. Caillé, adoptant un ton nettement moins agressif que la veille. Il avait alors accusé le journaliste de Radio-Canada de s'être livré à une «mise en scène» grâce à la collaboration d'un employé d'Hydro qui l'aurait aidé à pénétrer dans LG-2. Hydro-Québec avait demandé en vain lundi une injonction pour retarder de trois jours la diffusion du reportage, invoquant la «sécurité nationale».

La direction d'Hydro-Québec a reconnu que les mesures de sécurité décrétées dans la foulée du 11 septembre 2001 tardent à être mises en oeuvre. «Ç'a pris un temps qui peut sembler long. Dans la plupart des cas, ces mesures sont identifiées et pourraient être mises en oeuvre. Je le reconnais si on peut regretter une chose, et je le regrette, c'est les délais», a affirmé le président de la division distribution d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, notant qu'il y a bel et bien des «failles» dans le système.

«Nous sommes en voie -- c'est engagé depuis plus d'un an -- de passer à un système sous clé avec alarme d'intrusion reliée à des centrales de contrôle. [...] Certaines installations les plus stratégiques étaient également en voie d'être dotées de systèmes de télésurveillance ciblée», a expliqué M. Vandal. Si ces systèmes avaient été mis en place, les images du journaliste Christian Latreille pénétrant dans LG-2 auraient été immédiatement visionnées par un agent de sécurité, qui aurait alors pu intervenir.

En attendant que ces systèmes soient installés, Hydro a promis d'assurer un gardiennage continu de 40 de ses 57 barrages. Ces mesures n'étaient vraisemblablement pas en place hier en fin d'après-midi puisqu'un deuxième journaliste, de TVA cette fois-ci, a réussi à pénétrer dans le poste de transformation de LG-2, à la Baie-James. Pendant environ 25 minutes, le journaliste Maxim Landry a pu circuler dans l'installation, s'asseyant même dans un camion où les clés étaient restées dans le contact.

Hydro-Québec mène par ailleurs une enquête pour déterminer si le journaliste de Radio-Canada Christian Latreille a pu bénéficier de l'aide d'un employé pour avoir accès au complexe LG-2. La bande d'une caméra de surveillance montre en effet que la voiture du journaliste a été précédée de quelques minutes par un véhicule d'Hydro qui a ouvert la porte du tunnel. La fourgonnette d'Hydro serait sortie peu après celle de M. Latreille, son chauffeur refermant la porte derrière lui.

Les syndicats d'Hydro-Québec ont d'ailleurs précisé hier qu'ils n'avaient rien à voir avec cette intrusion et se sont montrés rassurants quant à la sécurité des infrastructures. Le président du Syndicat des employés de métiers, Richard Perreault, a néanmoins dit avoir été sollicité par M. Latreille pour «l'aider à aller à la Baie-James et s'il avait de la difficulté à s'introduire dans nos installations, de lui ouvrir des portes, de lui présenter des gens qui pourraient l'aider», ce qu'il a refusé de faire.

Richard Latreille a réfuté catégoriquement cette version des faits, mentionnant qu'il avait seulement sondé le président du syndicat au sujet des griefs syndicaux en matière de sécurité. Il dit lui avoir également demandé de rencontrer les représentants syndicaux et interrogé sur les faiblesses du système. M. Latreille, attribue son entrée dans le tunel à un coup de chance.

Lors de l'entrée en fonction de M. Caillé, en 1997, Hydro avait démantelé la Sûreté d'Hydro-Québec, un véritable service de police interne, formé de 188 agents armés, disposant d'un mandat d'enquête, pour les remplacer par des agents de sécurité moins rémunérés.

André Caillé se défend cependant d'avoir rogné sur la sécurité. «Ce n'est pas une question de réduire les mesures de sécurité, c'est une question de faire mieux», a dit M. Caillé, précisant que les budgets alloués à la sécurité n'ont jamais été amputés.

Pour le spécialiste en sécurité Martin Courcy, qui a réalisé une étude sur la sécurité des installations d'Hydro en 1992, il est hasardeux de miser uniquement sur des systèmes de sécurité. «Quand on confie la sécurité à des systèmes de sécurité, cela a une tendance à se détériorer. Par exemple, quand on met juste des contrôles d'accès, les gens ont tendance à laisser [la porte] ouverte», a fait observer M. Courcy.

À Montebello, où les députés libéraux étaient réunis en caucus, le premier ministre Jean Charest s'est dit «surpris» de la facilité avec laquelle on pouvait circuler dans les installations d'Hydro-Québec.

En revanche, M. Charest a réitéré sa confiance en M. Caillé. «Hydro-Québec est une société d'État qui a beaucoup, beaucoup d'activités, et je ne m'attends pas à ce qu'elle soit exempte de controverses de temps en temps. M. Caillé fait bien son travail.» Selon M. Charest, il n'y a pas lieu d'affirmer que M. Caillé est directement responsable de cette situation.

Soulignant que l'enjeu de la sécurité avait supplanté en importance celui du commerce dans les relations entre le Canada et les États-Unis, M. Charest a dit qu'il n'était pas préoccupé par la réaction des Américains face aux manquements révélés chez Hydro-Québec. «Les Américains savent très bien -- j'ai eu l'occasion de le dire la dernière fois que j'étais aux États-Unis, pas plus tard qu'il y a une dizaine de jours, à l'université Columbia -- que ça reste toujours une priorité pour nous, au Québec, la sécurité.»

Hydro a néanmoins dû rassurer plusieurs partenaires du nord-est des États-Unis au cours des deux derniers jours. «Ils sont préoccupés par la situation et c'est très compréhensible», a déclaré M. Vandal.

Plus tôt en matinée, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, avait annoncé que la Sûreté du Québec devait analyser les procédures et les protocoles de sécurité dont font l'objet les installations d'Hydro-Québec et lui fournir un rapport d'ici quelques semaines. M. Chagnon s'est dit «sidéré» par le manque de sécurité qui affecte les grands barrages d'Hydro-Québec. Cette demande d'évaluation de la SQ ne représente toutefois pas une forme de tutelle de la société d'État. «On peut trouver des moyens d'organiser la sécurité d'Hydro-Québec sans parler de tutelle», a-t-il dit.

De son côté, le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, a indiqué qu'il avait demandé à M. Caillé un rapport complet sur la sécurité des ouvrages et du réseau d'Hydro-Québec. «La sécurité, ce n'est pas une question négociable [sic]», a-t-il répété. Bien qu'il trouve «inacceptable» la situation révélée dans le reportage si celle-ci s'avère, M. Hamad s'est voulu rassurant. «Regardez le score d'Hydro-Québec. Depuis plusieurs années, il n'y a pas eu d'accident. Nous sommes chanceux et heureux de cela», a-t-il ajouté.

Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, s'est quant à lui dit «consterné» par le manque de surveillance des grandes installations hydroélectriques et a accusé le premier ministre Jean Charest de se laver les mains de l'inquiétude de la population.

De son côté, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a dit s'inquiéter de la gestion de ce dossier par «deux des ministres les plus faibles» du cabinet, soit Sam Hamad, des Ressources naturelles, et Jacques Chagnon, de la Sécurité publique.

Avec La Presse canadienne


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