Faut-il démanteler Hewlett-Packard?
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La fin du règne Fiorina relance le débat

Photo: Agence Reuters
Le débat de séparer la très rentable division des imprimantes du reste de l'activité n'est pas nouveau. Une partie de la communauté financière avait déjà crié haut et fort en 2004, au moment des faux pas dans le matériel informatique, qu'elle serait mieux mise en valeur indépendamment.
SG Cowen par exemple a estimé que cette division Imagerie et impression vaudrait à elle seule «au moins 20 $US l'action» en Bourse, là où HP «paraît sous-évalué» en tant qu'ensemble puisque son titre oscille autour de ce seuil depuis plusieurs mois.
Après le départ de Mme Fiorina (d'ailleurs salué par Wall Street), les nouveaux dirigeants ont repoussé le débat sur la scission, évoquant leur volonté de parvenir à «une croissance rentable» dans chacune des activités d'un portefeuille «remarquable». À la mi-janvier, l'annonce de la fusion des divisions imprimantes et PC avait déjà été une sorte de démenti à toute perte éventuelle d'unité, mais la décision semblait alors dictée par Mme Fiorina elle-même.
Les résultats du 16 février seront importants pour comparer la santé des différentes activités. Ceux du trimestre clos en octobre montraient que pour un même niveau de ventes de 6,5 milliards $US la division imprimantes affichait des marges quatorze fois supérieures à celle des PC.
Alors qu'IBM a tout simplement décidé de vendre les siens au chinois Lenovo, les PC semblent destinés à être de moins en moins rentables pour les fabricants. Certains experts prédisent la fin en 2005 d'un cycle de remplacement du matériel informatique, mais surtout l'intense concurrence tend à tirer les prix toujours plus bas.
La clé réside dans la réduction des coûts. Et à ce jeu là, HP perd de plus en plus souvent face à son grand rival Dell, qui distribue lui-même ce qu'il fabrique ou assemble, et profite d'une très large base de clients pour obtenir les meilleurs tarifs possibles de ses fournisseurs.
Depuis novembre, «HP a perdu des parts de marché dans quasiment toutes les gammes de produits grand public face à Gateway, Dell, Lexmark et Apple», croit savoir Richard Gardner, de Citigroup Smith Barney. Toutefois selon lui, «il n'est pas évident que séparer la division imprimantes de l'informatique améliorerait la performance» de ladite division.
Dell, qui s'est lancé en 2003 sur ce marché, «continuera probablement à afficher pour ses imprimantes des tarifs bien inférieurs à ceux de HP de manière à étendre agressivement sa base de clients», poursuit M. Gardner.
Les menaces sont multiples pour Hewlett-Packard, mais un changement de stratégie n'est pas forcément la solution à privilégier.
Lors de son exercice 2003-04, HP a vu ses bénéfices progresser quatre fois plus vite que ses ventes, qui ont néanmoins pris 9,4 % pour frôler les 80 milliards.
Selon M. Milunovich, si HP souffre c'est d'«un problème d'exécution plus que de stratégie», et Carly Fiorina a vraisemblablement été victime de sa réticence à accepter un numéro deux pour superviser l'exploitation au quotidien.
Fusion ratée
Limogée mercredi dernier de son poste de p.-d.g. de HP, Carly Fiorina était auparavant l'une des femmes d'affaires les plus puissantes des États-Unis. Elle était, de plus, la seule femme à diriger une entreprise dont l'action fait partie des trente valeurs vedettes de l'indice Dow Jones, et a occupé pendant six ans la place de femme d'affaires la plus puissante des Etats-Unis au classement du magazine Fortune.
Pour la consoler de ses déboires, HP va lui verser plus de 21 millions $US d'indemnités de départ, selon le Wall Street Journal.
Elle entre dans le gotha du monde des affaires américain en devenant p.-d.g. de Hewlett-Packard en 1999. Mais c'est en orchestrant la fusion très controversée de HP avec le fabricant d'ordinateurs personnels Compaq pour 20 milliards, la plus importante jamais réalisée dans le secteur technologique, qu'elle accède au rang de véritable star des affaires aux États-Unis.
Une fusion validée d'une courte marge par les actionnaires du groupe et finalisée au printemps 2002, au prix d'une bataille judiciaire longue et féroce face à un groupe d'opposants, menés par Walter Hewlett, fils du cofondateur Bill Hewlett.
Pour Carly Fiorina, la victoire face à l'héritier a représenté le point culminant de sa carrière, mais aussi le début de l'érosion de son pouvoir au sein de l'entreprise en même temps que celle de l'action du groupe, qui a fondu de moitié depuis la fusion.
Malgré 17 000 licenciements et d'énormes réductions de coûts, la fusion Hewlett-Packard-Compaq est en effet considérée comme un échec.
Préférant régner sans partage, Carly Fiorina a rapidement évincé Michael Capellas, ex-p.-d.g. de Compaq, une fois l'union entre les deux entreprises finalisée, et a toujours refusé de partager son pouvoir. Elle s'est peu à peu retrouvée isolée au sein de la haute hiérarchie de l'entreprise, après avoir déclenché l'ire des actionnaires.

