CHUM: Couillard défie Charest

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Kathleen Lévesque , Robert Dutrisac
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 février 2005

Mots clés : chum

Le ministre de la Santé pourrait démissionner si Québec choisit le site d'Outremont

Philippe Couillard n'a aucune intention de battre «en retraite» et de donner raison aux promoteurs du site d'Outremont, dont le premier ministre Jean Charest lui-même. De cet affrontement pourrait découler la démission du ministre de la Santé, a appris Le Devoir.

Des sources multiples et toutes très proches du controversé dossier se sont montrées très affirmatives hier quant aux intentions du ministre d'aller au bout de ses convictions. Si Philippe Couillard a rejeté, dès son entrée en fonction comme ministre, le gigantisme des projets d'hôpitaux universitaires (le CHUM et le Centre de santé universitaire McGill) tels que préparés par le précédent gouvernement, ce n'est certes pas pour avaliser un méga-projet de technopole dont le cadre financier semble sans limite, a-t-on fait valoir.

Cartésien, le ministre Couillard a expliqué lundi au Devoir, lors d'un entretien téléphonique, qu'il avait fait le saut en politique pour présenter «un discours plus rationnel», moins basé sur «l'image». Il a également souligné l'importance de la justesse des mots pour une personne ayant une charge publique.

Or, lorsqu'il a dit jeudi, au sortir de la rencontre qu'il a eue avec le premier ministre Charest et les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre, que le rapport de ces derniers a «cristallisé» son opinion, il est clair qu'il fallait y voir la stabilisation d'un point de vue. Contrairement à ce que La Presse a laissé entendre hier, Philippe Couillard ne baisse donc pas les bras. Au contraire. «Il y a deux camps qui s'affrontent» au sein du gouvernement, a-t-on confirmé, hier, au cabinet du ministre de la Santé.

Le rapport Couture-Saint-Pierre a beau recommander le site Outremont pour développer une technopole de la santé et du savoir où un campus des sciences de la santé jouxterait le futur CHUM, Philippe Couillard estime que le 1000, Saint-Denis est le projet qu'il faut choisir. Le ministre n'a pas voulu jusqu'à maintenant préciser cette opinion, mais ce n'est plus un secret pour personne. «Sa position n'a jamais changé» depuis son annonce, faite en juin 2004, que le CHUM sera construit au 1000, Saint-Denis, a-t-on d'ailleurs souligné, hier, à son cabinet.

Les experts ne l'ébranlent guère, d'autant plus que le ministre Couillard, selon ce qu'a appris Le Devoir de sources bien informées, n'a pas été associé au choix de MM. Couture et Saint-Pierre comme experts. La décision de former un énième comité pour analyser les analyses a été prise au bureau du premier ministre, où ont convergé les différents lobbys favorables au site d'Outremont. C'est là aussi que le mandat des experts a été établi.

Ni le cabinet de M. Couilllard ni le ministère de la Santé n'ont été tenus au courant de l'évolution des travaux des experts. Ces derniers sont restés en liens constants avec le bureau du premier ministre jusqu'à la rédaction du rapport.

Le Devoir a pris connaissance de ce document d'une centaine de pages avant d'en livrer les grandes lignes jeudi, et ce, avant même que le ministre Couillard ne l'ait entre les mains, comme l'a affirmé Radio-Canada. Le rapport Couture-Saint-Pierre prend fait et cause pour le projet d'Outremont. Tout au plus, indique-t-on dans une courte phrase qui pourrait avoir été éliminée depuis, que le 1000, Saint-Denis est «le site optimal pour le CHUM seul». Mais, de toute façon, c'est le projet du recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, qui a été retenu.

Pour le ministre Couillard, il s'agirait là d'un glissement de l'objectif poursuivi: le Québec n'aurait plus besoin d'un centre hospitalier universitaire pour remplir sa mission, soit offrir les soins surspécialisés, la recherche et la formation des médecins, mais plutôt d'une technopole basée sur une synergie entre hôpital, université et secteur privé.

Le ministère de la Santé a émis un commentaire négatif sur le contenu du rapport Couture-Saint-Pierre, a appris Le Devoir. On note entre autres que 75 % de la recherche se fait à l'extérieur du campus universitaire et que seulement 5 % des 25 % d'activités de recherche restantes seraient déplacées sur le site d'Outremont. Aussi, le ministère juge que MM. Saint-Pierre-Couture ont été plutôt vagues sur les coûts supplémentaires qui seront nécessaires pour assurer une desserte adéquate au centre-ville si le site d'Outremont est choisi.

À pied d'oeuvre en prévision de la partie de bras de fer de la semaine prochaine, des gens de l'entourage de M. Charest tentaient, hier, de convaincre ministres et députés que le projet de l'UdeM s'imposait. Mais ils ont fort à faire, compte tenu de l'opposition déjà connue de deux poids lourds du conseil des ministres, tous deux de la région de Montréal. La présidente du Conseil du trésor et député de Marguerite-Bourgeoys, Monique Jérôme-Forget, déjà ulcérée par la malheureuse décision prise en son absence, et contre son gré, sur les subventions aux écoles privées juives, se serait élevée contre le projet d'Outremont en raison des incertitudes qui l'entourent. Sensible à l'opinion publique, le ministre des Finances et député d'Outremont, Yves Séguin, aurait aussi émis de sérieuses réserves au sujet du projet outremontais.

Jacques Chagnon, ministre de la Sécurité publique et député de Westmount-Saint-Louis, la circonscription où serait érigé le nouveau CHUM du 1000, Saint-Denis, serait lui aussi partisan du centre-ville. Les analyses techniques réalisées par son ministère, dans le cadre des travaux interministériels sur le site d'Outremont, auraient affermi sa position.

De son côté, la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, députée de Bourassa-Sauvé, un comté de l'est de l'île de Montréal, serait soumise à des pressions du milieu, bien que sa position à l'égard du futur CHUM ne soit pas connue.

Ce scepticisme à l'endroit du projet défendu par le recteur Lacroix s'est d'ailleurs propagé dans le caucus des députés libéraux de la région de Montréal. Lundi, le caucus montréalais doit rencontrer, à sa demande, les promoteurs des deux projets, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, et le directeur général du CHUM, le Dr Denis Roy.

Selon un sondage Léger Marketing publié par Le Devoir à la mi-décembre, Philippe Couillard est le ministre le plus apprécié du cabinet Charest avec un appui populaire de 46 %, soit 5 points de plus que pour le premier ministre. Chez les francophones, la popularité de M. Couillard atteint 49 %, contre 39 % pour Jean Charest.


Vos réactions


Bravo pour M.Couillard. merci. - par Réjean Hébert (hrejean@sympatico.ca)
Le dimanche 06 février 2005 07:00

Centre Ville - par David Dinelle (maridin@videotron.ca)
Le samedi 05 février 2005 21:00

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