Opinion

Avis du Conseil du statut de la femme sur un nouveau contrat social entre les hommes et les femmes - Des alliances à bâtir mais des problèmes à ne pas mélanger

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Françoise David, Option citoyenne
François Saillant,

Édition du jeudi 03 février 2005

Mots clés :

Extraits du mémoire d'Option citoyenne qui sera présenté ce matin par Françoise David et François Saillant devant la Commission des affaires sociales

Nous sommes d'accord avec l'idée qu'une mobilisation générale est nécessaire pour que tous les acteurs sociaux se sentent interpellés et engagés dans le combat pour l'égalité entre les femmes et les hommes. On parle ici des mouvements sociaux, des services publics, des instances locales et régionales, des médias, etc.

Et on fait appel tant aux hommes qu'aux femmes, sans quoi des changements en profondeur demeureront très difficiles. Nous pensons ici aux combats contre les discriminations au travail, au développement de la conciliation famille-travail, au partage des tâches éducatives et domestiques, à l'élimination du sexisme et des stéréotypes sexuels ainsi que de la violence faite aux femmes, etc. Multiples sont les terrains de lutte et de changement où les alliances entre les hommes et les femmes feront la différence entre la situation actuelle et un futur où les femmes et les hommes vivront dans l'égalité enfin réalisée.

Cela étant, il ne faut pas tout confondre. Option citoyenne met en garde le Conseil du statut de la femme et le gouvernement, qui a demandé l'avis dont nous discutons, de ne pas mélanger les alliances nécessaires et la prise en charge par les femmes ou leurs organismes représentatifs de problèmes spécifiques aux hommes.

Ces problèmes existent. On parle souvent du décrochage scolaire des garçons, du haut taux de suicide chez les jeunes hommes ou des difficultés de plusieurs hommes à s'extirper des stéréotypes qui les entraînent dans des voies néfastes, par exemple pour leur santé. Cette situation est préoccupante et de nombreuses féministes, qui sont aussi conjointes, mères, soeurs, amies, s'inquiètent pour ces hommes qui risquent parfois leur santé et leur vie à cause de comportements à risque, du refus de consulter, d'une détresse qui ne veut pas être nommée, même avec les proches.

Il n'appartient cependant pas aux organismes gouvernementaux chargés de la condition féminine de porter la responsabilité de la détresse masculine. Celle-ci n'est pas due à une inégalité entre les sexes ou à des discriminations en fonction du sexe, elle est plutôt le produit d'une culture, d'une histoire, de stéréotypes, de comportements à remettre profondément en question. Ce sont les hommes, en premier lieu, qui peuvent le faire. Cela étant, des ministères, celui de la Santé, par exemple, doivent envisager des approches nouvelles dans leurs services aux hommes en difficulté, tout comme ils l'ont parfois fait pour les femmes, avec succès.

Des changements profitables

Bon nombre d'hommes québécois ont pris acte, bien sûr, des changements survenus dans les rapports entre les sexes et de la place grandissante des femmes dans l'espace public. Mais les institutions, les mentalités, les traditions, la culture, la publicité, ne sont pas si faciles à changer. Il n'est pas étonnant que les femmes doivent encore et encore lutter pour la conquête de leur autonomie, pour un salaire égal, pour que les hommes assument pleinement leurs responsabilités dans la famille, pour vivre des relations égalitaires et exemptes de toute violence.

Il n'est pas étonnant non plus que des hommes cherchent à redéfinir leur identité, se demandent comment entrer en relation avec l'autre sexe, tâtonnent un peu dans l'exercice de leurs responsabilités familiales. D'aussi grands changements contiennent forcément leur lot de souffrances et de difficultés de part et d'autre.

Ce que nous devons défendre, c'est que ces changements sont profitables à tous et à toutes. Et c'est pourquoi nous devons y travailler ensemble. Qu'il s'agisse de conciliation famille-travail, de relations égalitaires entre les sexes, de coresponsabilité parentale, d'égalité au travail, les changements seront bénéfiques à toute la population.

Option citoyenne souscrit [donc] à l'approche sociétale de mobilisation de tous les acteurs sociaux, y compris les hommes, pour atteindre l'égalité entre les hommes et les femmes. Cependant, nous demandons au gouvernement du Québec d'opérer une distinction entre les alliances nécessaires entre les hommes et les femmes dans la lutte pour l'égalité entre les sexes et la prise en charge des problèmes spécifiques à plusieurs hommes par des organismes chargés de la condition féminine. [...]

L'impact économique négligé

Nous voudrions attirer l'attention du gouvernement du Québec sur l'un des aspects de la vie des femmes: leur situation économique et son rapport avec la conciliation famille-travail.

Le monde dans lequel nous vivons est marqué par l'idéologie néolibérale, et le Québec n'y fait pas exception. [...] Plusieurs employeurs considèrent la main-d'oeuvre comme une ressource jetable après usage. Les plus vulnérables sont exploités honteusement, beaucoup de personnes craquent devant la lourdeur des tâches et des responsabilités. Les femmes -- et un nombre grandissant d'hommes -- tentent tant bien que mal de concilier le travail et la vie familiale, et plusieurs commencent à remettre en question cette société non humaine qui abîme les individus et la planète même.

Il est important de dire ces choses si nous ne voulons pas tomber dans l'angélisme avec des propositions qui ne tiendraient pas compte de la vie réelle des femmes -- et des hommes -- québécois.

Par exemple, lorsque les usines de textile ou de vêtement ferment les unes après les autres, dans un dénouement prévisible en cette ère de mondialisation, qui a une pensée pour les milliers de femmes qui se retrouvent sans emploi? Qui s'émeut de savoir que des femmes immigrantes, devenues aides domestiques au Québec, vivent parfois dans des conditions proches de l'esclavage? Qui a conscience que la fameuse loi sur l'équité salariale ne s'applique pas à la majorité des travailleuses, vendeuses, serveuses, éducatrices en garderie, coiffeuses, etc., puisqu'elles travaillent dans des entreprises de moins de dix employés?

Qui sait que les travailleuses autonomes gagnent moins des deux tiers du revenu des hommes, ne bénéficient d'aucun congé parental et se retrouvent souvent dans la situation de tout faire en même temps: leur travail rémunéré, l'éducation des enfants et les tâches ménagères? [...] Ne devrait-on pas réclamer avec force des services de maintien à domicile, procurant ainsi des emplois à de nombreuses personnes, surtout des femmes, et soulageant d'autres femmes d'une aide devenue trop lourde à porter?

Finalement, avons-nous compris que le projet de loi 57 modifiant encore une fois le régime de la sécurité du revenu va appauvrir des milliers de femmes et d'hommes déjà à la limite de la survie dans une province pourtant suffisamment riche pour se payer des baisses d'impôt?

Aucune des recommandations du Conseil du statut de la femme ayant trait à la situation économique des femmes et à la conciliation famille-travail ne pourra avoir une portée véritable sans une remise en question profonde du fonctionnement économique et social de notre société. [...]

À éviter

L'avis produit par le Conseil du statut de la femme est éclairant à plusieurs égards. [...] Il propose des axes d'intervention à mettre en oeuvre pour réaliser l'égalité en même temps qu'il nous convie à l'examen des différences entre les hommes et les femmes afin de planifier des actions tenant compte de ces différences.

Cela étant, des glissements demeurent possibles, et il faut les éviter. Le tout premier serait d'entretenir une confusion entre la nécessité d'effectuer une analyse différenciée selon les sexes pour déterminer les meilleurs modes d'intervention en ce qui a trait aux problèmes vécus de part et d'autre et la négation des inégalités systémiques persistantes qui affectent les femmes d'abord et avant tout.

Le deuxième glissement serait de négliger la nécessaire remise en question de la société fondée sur les pouvoirs, les profits et les performances de quelques-uns en s'imaginant que dans cette société mercantile et portée à un individualisme exacerbé des changements profonds sont possibles, en particulier dans le monde du travail.

Le troisième serait, sous prétexte de «modernisation de l'État», d'abolir des organismes d'État ou de chercher à fusionner ce qui ne peut l'être, simplement pour des économies de bouts de chandelles. [...]


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com