Titan: un nouveau monde à décrypter par plusieurs générations de chercheurs
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Darmstadt (Allemagne) -- Le succès de la sonde européenne Huygens sur Titan a fourni une telle moisson de données scientifiques que trois générations de chercheurs devront se succéder pour les décrypter et révéler les secrets de cette mystérieuse lune, copie «congelée» de notre Terre avant l'apparition de la vie.
Cela d'autant plus que l'orbiteur américain Cassini, qui a amené Huygens jusqu'aux portes de Titan à l'issue d'un voyage interplanétaire de plus de sept ans, survolera encore le plus gros satellite de Saturne 44 fois au cours des quatre prochaines années, emmagasinant ainsi des informations supplémentaires.
Dès le soir de la folle journée du 14 janvier, les scientifiques du centre de contrôle de l'Agence spatiale européenne (ESA) de Darmstadt (Allemagne) se sont plongés dans la masse de données collectées par Huygens tout au long des 2h27 qu'a duré son plongeon, sans le moindre incident, dans l'atmosphère de Titan.
Les chercheurs ont commencé à travailler à la reconstruction de la trajectoire de la sonde, une démarche complexe à laquelle une équipe se prépare depuis 10 ans. «Une trajectoire de référence pourrait être obtenue dès lundi [aujourd'hui]», estime Jean-Pierre Lebreton, directeur de la mission Huygens à l'ESA. «Titan nous a déjà donné beaucoup plus que ce que nous attendions», dit-il, dont au moins 350 clichés.
«Les photos sont extraordinaires. Avec nos yeux de terriens, on a l'impression de voir des lits de rivière, des lacs, des îles, quelque chose qui ressemble vraiment à une côte. Les parties sombres sont-elles des lacs, liquides ou asséchés? nous n'avons pas les éléments pour trancher. Et puis, l'image des galets de glace évoque un lit de rivière. Un liquide y a coulé, sans doute un mélange de méthane et d'éthane liquide, mais quand?» interroge M. Lebreton.
Titan est considéré comme une «machine à remonter le temps», où les scientifiques espèrent retrouver, «congelées», les conditions qui ont prévalu sur Terre il y a 3,8 milliards d'années, avant l'apparition de la vie.
Pour les aider dans cette tâche, de façon totalement inespérée, la sonde -- un engin de 319 kilos et d'une envergure de 2,7 m -- est restée «vivante« plusieurs heures après avoir atterri, à la vitesse finale de 15 km/h, sur Titan. «Trois heures selon nos dernières estimations», ajoute M. Lebreton, dans un environnement hostile avec des températures éternellement figées à - 180 degrés et des vents très violents, le tout à 1,5 milliard de km de la Terre. Cela a permis aux chercheurs d'en savoir d'ores et déjà plus sur la nature du sol de Titan.

