SAQ: le syndicat s'affilie à la CSN

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du lundi 17 janvier 2005

Mots clés : saq

L'exécutif avoue des erreurs dans la gestion du conflit

La tension était palpable hier, à l'arrivée des syndiqués de la SAQ à l'assemblée extraordinaire convoquée pour débattre d'une proposition d'affiliation à la CSN.

Photo: Jacques Nadeau

Après une longue et houleuse assemblée générale, les grévistes du Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB) de la Société des alcools du Québec (SAQ) ont décidé hier dans une proportion de 76 % de s’affilier à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), un geste qui, espèrent-ils, leur donnera des outils supplémentaires nécessaires pour régler un conflit qui dure depuis près de deux mois. Mais cette nouvelle alliance ne s’est pas faite sans heurts: plusieurs syndiqués ont manifesté bruyamment leur colère tout au long de l’assemblée, arguant que le syndicat aurait dû leur donner le choix entre l’option CSN et celle du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP, qui relève de la FTQ). De son côté, l’exécutif syndical a reconnu avoir fait une foule d’erreurs dans la gestion du conflit.

Selon plusieurs grévistes présents, le président du SEMB, Martin Charron, a ainsi avoué au cours de la rencontre avoir mal géré la grève, surestimé le rapport de force du SEMB à l’approche de Noël et fait des gaffes de planification au niveau du fonds de grève. Le nombre de piqueteurs à payer (2600 sur 3800) n’avait pas été prévu aussi grand par le syndicat. Plusieurs grévistes affirment ne pas avoir reçu de chèque de paie depuis quatre ou cinq semaines.
Selon des intervenants présents dans la salle, M. Charron a d’abord présenté un compte-rendu de l’état des négociations, au point mort depuis le 18 décembre. Il a ensuite détaillé les différentes discussions qu’il a eues avec des partenaires prêts à aider financièrement et structurellement le SEMB. Des banques et au moins trois centrales ont été approchées.
La décision du SEMB de ne proposer à ses membres qu’un seul choix d’affiliation à une grande centrale a fait éclater hier les dissensions latentes au sein d’un syndicat aux nerfs fatigués par les piquets de grève. La réunion, qui s’est étirée pendant plus de sept heures, aura été l’occasion pour les mécontents d’exprimer bruyamment leur désaccord quant aux agissements de l’exécutif syndical.
À son arrivée sur la tribune principale de la salle de conférence réservée par le syndicat à Laval, Martin Charron a été accueilli par des huées nourries émanant d’une partie des quelque 2500 grévistes présents, tandis que d’autres l’applaudissaient discrètement. Dans la salle, quelques-uns portaient des chandails ou l’inscription «Boss, tu ris de nous autres» avait été changée en «Martin, tu ris de nous autres». Le ton était donné, la grogne allait publiquement fissurer la solidarité syndicale affichée depuis le début du conflit, en novembre.
Tout au long de l’assemblée, les partisans des deux camps se sont affrontés au micro. Plusieurs ont réclamé que le vote se fasse entre deux propositions, et non sur celle unique de la CSN. À la sortie, plusieurs dénonçaient un droit de parole restreint, sinon inexistant, pour les partisans du vote multiple. Un porte-parole du SCFP, Marc Ranger, parlait de «jour sombre» pour le mouvement syndical.
Aucune modification à l’ordre du jour n’a été adoptée et le vote s’est tenu vers 22h sur la proposition d’adhésion déposée par la CSN à l’exécutif syndical le 12 janvier.
Dans cette offre, la CSN — qui promettait un premier chèque dès aujourd’hui aux grévistes en cas d’adhésion — parle d’une «convergence des valeurs» qui appelle à une «pleine affiliation» du SEMB à la structure de la CSN. Cette nouvelle affiliation durera au minimum la durée de la prochaine convention collective en cours de négociation. Elle engage le SEMB à se conformer aux pratiques de la CSN, et établi à 1,3 % la part des cotisations syndicales qui sera reversée à la centrale (sur une cotisation de 2,8 %).
Les employés n’auront pas droit au Fonds de défense professionnelle de la centrale, mais la CSN s’engage à ce que les grévistes aient accès à un emprunt de quatre millions de dollars de la Caisse d’économie solidaire Desjardins. La centrale entend aussi mener une campagne de solidarité pour inciter ses syndicats à consentir des prêts sans intérêt au SEMB.
On procédera également à une révision en profondeur de la politique de versement des prestations de grève, afin de ne pas excéder un montant de 300 000 $ par semaine. La grille de paiements des prestations indique que les grévistes recevront entre 30 $ et 150 $ par semaine (au lieu d’un maximum de 200 $ actuellement), selon le nombre d’heures que travaillent habituellement ces gens à la SAQ, en tenant compte d’un engagement syndical hebdomadaire de trois à 15 heures de piquetage. Fait important à noter, la CSN impose toutefois un délai de carence (période sans paiement) de deux semaines.
Les responsables du SCFP présents étaient très déçus, sinon carrément furieux, de la tournure des événements. Alexandre Boulerice, un des porte-parole, mentionnait ainsi que la proposition du SCFP était supérieure à celle de la CSN. On promettait selon lui un prêt égal de quatre millions, mais des cotisations moins coûteuses, et surtout des prestations de grève d’un maximum de 200 $ sans délai de carence.
Chaude bataille
Dans les corridors attenants à la salle de réunion, les discussions ont été parfois très vives entre les militants des deux camps, qui s’accusaient mutuellement d’avoir investi l’assemblée pour faire du maraudage. Le sort des 3800 membres du syndicat indépendant importe visiblement beaucoup les deux centrales, à l’approche de négociations générales du secteur public avec le gouvernement du Québec.
Des autobus avaient notamment été nolisés par le SCFP pour transporter les grévistes de Québec, région où il recevait de bons appuis.
Selon une membre de l’exécutif syndical, les grévistes en colère contre la proposition unique de la CSN ont toutefois, en cours d’assemblée, compris que «leur exécutif avait choisi la meilleure proposition entre les différentes opportunités, une proposition qui permet d’avoir de meilleurs outils dans le combat et qui ne nous fera pas perdre notre autonomie syndicale pour autant».
Mais nombreux étaient ceux qui restaient frustrés des événements. «C’est dans la façon que ça se déroule que ça choque, exprime Claire, une permanente de la région de Montréal. Je n’en veux pas à Martin Charron de proposer qu’on joigne une grande centrale, ça fait des années qu’on en rêve. Mais on voulait pouvoir décider, avoir un choix, sentir qu’on est consultés.»
Du côté de la SAQ, la porte-parole Linda Bouchard disait hier que la situation actuelle est du «jamais vu dans l’histoire de la SAQ. Il faudra voir ce qui se passe pour décider de la marche à suivre. On se rencontre ce matin pour étudier les différents scénarios».

Avec la collaboration de François Desjardins


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