Rentrée scolaire 2005 - Le silence des pierres

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Normand Thériault
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 janvier 2005

Mots clés :

Photo: Jacques Grenier

L'institution est mémorable. Ses murs racontent une histoire. Séminaire, collège classique, collège d'enseignement général et professionnel, que sera demain le Collège de l'Assomption?

Dans cette «valse-hésitation» que conduit depuis plus d'un an déjà l'aile politique du gouvernement, temporisée en novembre par un départ sans éclat (sans émission de communiqué explicatif) d'un sous-ministre influent, au moment où l'annonce de réformes concernant tout le secteur de l'enseignement collégial est sans cesse remise, de jour en semaine, puis en mois finalement, nul ne sait en effet ce qu'il adviendra de cette formule unique que se donnait le Québec il y a près de 40 ans.

Conséquence d'une telle inaction, et à la suite des déclarations intempestives d'un ministre qui se faisait en éducation l'apôtre de la décriée «réingénierie», la rentrée du 17 janvier prochain se fera elle aussi dans un climat d'incertitude. Non seulement les étudiants promettent-ils de dénoncer par l'action une nouvelle politique qui augmente leur endettement en fin d'études, ils annoncent aussi avoir l'oeil sur les modifications du régime pédagogique. Les professeurs, de leur côté, craignent la mise à mort de l'universalité du premier diplôme d'études supérieures et redoutent aussi de futures modifications de cours qui feront que le français ne sera plus bientôt qu'une simple affaire de grammaire et de vocabulaire, au moment où la philosophie sera devenue un mot générique pour désigner des cursus qui parleront surtout de simple bonne conduite, qu'elle soit d'affaires ou sociétale.

En fait, si on sait quand débute au cégep la session, il est difficile de prévoir sa conclusion: devra-t-on insérer dans la feuille de cours ces semaines de retard imposées par d'éventuelles grèves? Dans un tel climat, si l'enseignement est serein, cela tiendra presque du miracle.

Incertitude

Et cela n'est qu'un aspect d'un immobilisme qui s'explique par de continuels renversements de décisions qui semblaient pourtant définitives, d'autant plus que souvent elles étaient concrétisées par le dépôt d'un projet de loi. Ainsi, le programme dit de PPP, ce «partenariat public-privé», panacée retenue par le parti au pouvoir pour solutionner les éternels problèmes budgétaires gouvernementaux, ne s'appliquera plus au secteur de l'éducation, contrairement à ce qui était initialement annoncé.

Ailleurs, même climat d'incertitude au regard de l'avenir des centres hospitaliers universitaires: si le site Glen est toujours le lieu désigné pour le CHU anglophone, où se retrouvera finalement l'autre, celui de l'Université de Montréal? Au nord, au sud, à l'ouest? (En fait, dans ce dossier, il ne manque, des premiers ministres québécois toujours vivants, que les avis rétribués d'un Jacques Parizeau ou d'un Jean Charest.) Dans ce cas comme dans d'autres, la solution consiste à n'en pas avoir. Ou à en changer.

Ainsi, quelqu'un qui serait professeur au secondaire pourrait trouver sage de ne pas se préparer pour la rentrée de l'automne prochain car, d'ici septembre, soit en neuf mois, tout peut se produire et cette réforme annoncée, déjà reportée d'un an, pourrait, on ne sait jamais, connaître un autre report, surtout s'il s'avère que les réformes ne sont pas sans avoir d'éventuelles conséquences, lourdes, et à incidence budgétaire.

Utilitarisme

En fait, si ce n'était des coûts que les transformations imposent, s'il y avait aussi moins de syndicats de toute nature dans le décor, on peut croire que l'école québécoise, à tous les niveaux, serait déjà autre. Un vent de réforme l'agite où l'utilitarisme a priorité sur l'humanisme.

En région, pour sauver les différentes institutions d'enseignement, on est souvent prêt à faire de l'école une simple succursale ouverte aux entrepreneurs locaux. Dans les grands centres, les universités trouvent aussi un financement en associant la recherche à des projets précis voulus par les grandes entreprises. Et si la tendance est maintenue, l'éducation aura bientôt pour première fonction, non plus de façonner des têtes «bien faites», mais de mettre sur le marché des «agents économiques», des individus formés pour correspondre aux besoins immédiats en emploi.

Du passé scolaire du Québec, ne restera-t-il bientôt que les pierres pour témoigner des valeurs qui étaient hier encore les siennes?


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com