43 États insulaires sont gravement menacés
Mots clés : tsunamis
Au menu de l'ONU: pénuries d'eau, pollution, épuisement des stocks de poissons, déchets, tourisme abusif, catastrophes climatiques, voire disparition sous les flots

Photo: Agence France-Presse
Contrairement aux tsunamis, totalement imprévisibles longtemps d'avance, la hausse du niveau des mers est connue; elle s'est située entre 10 et 20 cm selon les océans. Elle pourrait atteindre près d'un mètre (80 cm) au cours du prochain siècle. Plus le niveau des mers augmentera, plus ces petits États insulaires seront vulnérables aux raz-de-marée, aux tornades, aux ouragans et aux tsunamis, car leur marge de sécurité sera réduite d'autant.
Les Maldives, dans l'océan Indien, ne dépassent de la mer que de 2,5 mètres! Mais avec une population de 310 000 habitants, pas question de déménager ailleurs, comme Tuvalu a commencé à le faire depuis 2002, après avoir passé une entente à cette fin avec la Nouvelle-Zélande, plus au sud. Les Maldives ont commencé, au coût de 4000 $ le mètre, à protéger leur capitale, Malé, avec des barrières protectrices appelées tétrapodes.
Mais à Tuvalu, dont le sommet le plus élevé atteint 4,5 mètres, on a jeté l'éponge. D'ici le milieu du siècle, sa population de 10 200 ha., répartie sur neuf atolls, aura été entièrement déménagée en Nouvelle-Zélande. L'île est aux prises avec des inondations répétées, notamment aux grandes marées de la pleine lune de février, qui ont atteint 3,2 mètres en 2004, noyant les terres agricoles et contaminant de sel les réserves d'eau douce.
Ce petit pays de 26 km2, dix-huit fois plus petit que l'île de Montréal, pourrait bien être le premier petit État insulaire noyé sous les flots si le relèvement du niveau des mers se poursuit. Le débat sur l'origine de ces immersions de plus en plus fréquentes ne change rien au fait que ses réserves d'eaux souterraines sont de plus en plus saumâtres en raison des incursions de l'eau salée dans les terres, par ailleurs gorgées d'engrais afin de compenser pour leur productivité déclinante. Les marées importantes, qui frappaient rarement l'île autrefois, la noient en partie maintenant tous les deux ans. En 2001, lors de la pire inondation, la presque totalité des neuf îles s'est retrouvée sous l'eau salée!
Si les petits États insulaires réclament de la communauté internationale un système de détection des tsunamis, qui coûterait moins cher que les dégâts effarants des tsunamis du 26 décembre, un nombre important de petits États insulaires sont menacés beaucoup plus fréquemment par un autre impact des changements climatiques: l'accroissement du nombre et de la gravité des tempêtes tropicales, des tornades et des ouragans.
La Grenade, dans les Caraïbes, a été dévastée en septembre dernier par l'ouragan Ivan: 90 % des habitations et des régions forestières, y compris les bananeraies, ont été littéralement rasées, une restauration qui coûtera deux fois le produit intérieur brut du pays. En janvier 2004, le cyclone Heta a frappé la petite île de Niue au nord de la Nouvelle-Zélande, dans le Pacifique, avec des vagues de 50 mètres -- l'équivalent d'un tsunami! -- et des vents de 300 km/heure. Les îles Comores et Madagascar ont aussi été frappées en mars 2004.
Selon le réassureur Munich SE, les catastrophes météorologiques augmentent en fréquence et en intensité, conformément aux modèles sur les changements climatiques. Durant les 10 premiers mois de 2004, les pertes assurées ont atteint le chiffre sans précédent de 35 milliards et les dommages non assurés, 90 milliards. Avec les tsunamis du 26 décembre, tous les records historiques auront été fracassés l'an dernier.
Mais les petits pays insulaires vivent au quotidien des problèmes tout aussi dramatiques mais qui crèvent moins le petit écran.
Les pénuries d'eau potable de Tuvalu sont aussi monnaie courante dans les petits États insulaires, aux îles Marshall, à Antigua et à Barbuda, aux Maldives, aux Seychelles, etc. Mais ces pénuries sont souvent le résultat de problèmes structurels auxquels la conférence internationale de l'Île Maurice doit s'attaquer la semaine prochaine en faisant le point sur les dix ans qui se sont écoulés depuis l'adoption de ce qu'on appelle le «Plan de la Barbade», qu'on veut relancer avec l'aide des pays riches.
Les nappes souterraines de plusieurs petits États insulaires sont présentement contaminées par les entreprises locales, par une agriculture qui abuse des engrais et aussi par la surexploitation qui va de l'arrosage des golfs pour touristes au remplissage des piscines d'hôtel en passant par tous les autres usages abusifs imaginables. Les espèces animales de plusieurs îles, comme la Dominique et Puerto Rico dans les Caraïbes, sont maintenant aux prises avec des centaines d'espèces invasives apportées par les navires. Les ressources halieutiques, déjà affaiblies par la décoloration des récifs attribuée au réchauffement climatique, sont de plus en plus surexploitées, privant les populations locales d'une ressource alimentaire millénaire.
La gestion des déchets a atteint le stade de crise permanente à peu près partout: les petits pays insulaires ne savent plus quoi en faire. Ces déchets ajoutent à la contamination des eaux souterraines ou tuent les poissons autour des récifs où on les jette. Mais leur mauvaise gestion entraîne aussi la prolifération de la vermine, ce qui accroît le risque de maladies tropicales comme la peste et la gale. L'élimination inadéquate des déchets, en conteneurs par exemple, accroît aussi le risque de paludisme, particulièrement à Madagascar et aux Comores, en raison des bactéries qui se multiplient dans l'eau sale, présente dans les sacs de plastique et les contenants. Aux îles Comores, où il n'y a pas de collecte des déchets, les gens les entassent entre les maisons, dans les marécages, partout en somme où un espace est disponible!
Les petits pays insulaires estiment présentement que cette crise environnementale permanente, qui hypothèque leur économie, a été aggravée par les règles de l'OMC et la mondialisation des marchés. En perdant leurs droits préférentiels d'exportation, dont ils réclament le rétablissement, ils se disent incapables en raison de leur petite taille de s'imposer sur les marchés internationaux. Privés d'une économie fonctionnelle, ils n'ont pas les moyens de faire face à la demande croissante d'énergie chez eux, un frein à leur développement. Ils perdent immédiatement les devises gagnées par leur industrie touristique par leurs achats de pétrole, ce qui leur enlève aussi la possibilité d'investir dans des énergies nouvelles comme l'éolien, le solaire et l'énergie marémotrice, dont la ressource de base est gratuite.
Pour les 2000 participants qui s'annoncent à la conférence de l'Île Maurice, dont quelque 25 chefs d'État, les tsunamis de l'océan Indien auront eu ceci de bon qu'ils ont attiré l'attention de la communauté internationale sur le drame humanitaire de ces régions méconnues. Mais le vrai défi, disent-ils, consistera à canaliser cette sensibilité imprévue en réforme structurelle, en aide permanente, pour leur assurer une économie viable, ce qui leur permettra de résoudre eux-mêmes leurs problèmes d'environnement.
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