L'ONU exige du concret

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Le Devoir
Édition du vendredi 07 janvier 2005

Mots clés : onu, tsunamis

La communauté internationale est appelée à verser rapidement un milliard aux pays sinistrés

Jakarta -- Les Nations unies ont établi hier à près de un milliard de dollars américains l'aide d'urgence nécessaire aux régions d'Asie dévastées par les tsunamis, et ont appelé la communauté internationale à concrétiser en espèces sonnantes les quatre milliards de promesses d'aide faites à ce jour, lors d'un sommet exceptionnel consacré à la coordination de l'aide internationale, à Jakarta. Les participants ont accueilli favorablement l'idée d'un moratoire sur la dette des pays touchés par les tsunamis, et ils ont aussi affirmé soutenir la création d'un système d'alerte aux raz-de-marée dans l'océan Indien.

Environ 25 dirigeants étrangers -- dont le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew -- étaient rassemblés à l'invitation du président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) pour ce sommet, qui a consacré la mobilisation internationale sans précédent ayant suivi la catastrophe dont l'Indonésie, avec plus de 94 000 morts, accuse le plus lourd bilan. Les vagues déferlant sur l'Asie du Sud-Est ont tué près de 150 000 personnes au total.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a profité de ce sommet pour affirmer la primauté des Nations unies dans la conduite des efforts humanitaires. Le secrétaire d'État américain Colin Powell a d'ailleurs confirmé que le groupe de pays constitué par les États-Unis pour coordonner l'aide était désormais dissous. Ce groupe, qui comprenait les États-Unis, l'Australie, le Japon, l'Inde, le Canada et les Pays-Bas, va «se fondre au sein des efforts plus larges de coordination des Nations unies alors que la communauté internationale toute entière oeuvre à soutenir les pays qui ont souffert de cette tragédie», a dit M. Powell.

Kofi Annan a affirmé lors de ce sommet que 977 millions $US seraient nécessaires «pour répondre aux besoins humanitaires d'urgence d'environ cinq millions de personnes» au cours des six prochains mois. De ces 977 millions, 229 millions sont notamment destinés à la nourriture et à l'agriculture, 222 millions à des abris et des besoins non alimentaires, 122 millions à la santé et 61 millions à l'eau et l'hygiène.

Ces besoins sont largement remplis par les promesses d'aides publiques et privées qui ne cessent d'affluer. La solidarité des populations de partout ne se dément pas: au Canada, 82 millions de dollars ont déjà été récoltés. Entre autres exemples éloquents, un téléthon organisé hier aux Pays-Bas a permis d'amasser plusieurs dizaines de millions de dollars, portant le montant des dons privés pour les victimes du tsunami en Asie à 182 millions, un record pour ces 16 millions d'habitants.

Le mouvement de solidarité né de la catastrophe a jusqu'à présent permis de recueillir entre trois et quatre milliards de dollars d'engagements pour les seuls États et institutions internationales, selon l'ONU. Prenant acte d'expériences passées, Kofi Annan a toutefois pris soin d'appeler les États à tenir les promesses faites et a demandé à ce qu'elles soient «converties rapidement en argent». «Nous avons un devoir envers les survivants», a lancé M. Annan. Après le séisme de Bam qui avait tué 26 000 personnes en Iran il y a un an, bien moins de la moitié des 750 millions d'euros promis a été effectivement versé.

Pour ce qui est de la dette des pays sinistrés, les responsables réunis à Jakarta ont salué l'idée d'un moratoire, mais aucun engagement n'a été pris, les délégués étant divisés sur ce point. Plusieurs pays de l'Union européenne sont favorables à un gel de la dette, mais d'autres pays préfèrent une aide directe.

La question de la prévention a aussi été abordée. Pour éviter qu'un nouveau tsunami ne se conclue par un désastre comparable à celui du 26 décembre, les pays touchés ont demandé la mise en place d'un système d'alerte météo dans la région, sur le modèle de celui qui existe déjà dans le Pacifique. Le Japon, qui possède une grande expérience en cette matière, a proposé de mener l'expertise technique sur le sujet. Dans le même sens, les participants au sommet de Jakarta ont insisté sur l'importance de l'éducation des populations en cas de tsunami: le 26 décembre, rares furent ceux qui ont eu le réflexe de se protéger en gagnant les hauteurs, lorsque la mer s'est retirée très loin, préparant la première vague meurtrière.

Onze jours après la tragédie, les besoins demeurent toujours pressants. Cinq millions de rescapés attendent ainsi une aide d'urgence, selon l'ONU, et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le bilan des morts pourrait bien être multiplié par deux, avec 150 000 sinistrés en danger de mort, faute de médicaments pour soigner les maladies diarrhéiques ou respiratoires. Pour l'heure, l'aide médicale d'urgence a permis de limiter à des cas isolés les maladies telles que les diarrhées, mais «le risque demeure», souligne l'OMS.

«Ces maladies ne sont pas mortelles si l'on a accès aux soins nécessaires, mais elle peuvent le devenir dans la situation où les gens se trouvent aujourd'hui dans les zones sinistrées, s'il faut par exemple cinq heures pour emmener un enfant à l'hôpital», a expliqué une porte-parole de l'OMS, Fadéla Chaïb.

Sur le terrain, la plus importante opération humanitaire jamais mise en place tournera bientôt à plein régime pour secourir les sinistrés de la province d'Aceh, dans le nord de l'île de Sumatra. Les goulets d'étranglement sont en train de se résorber, permettant aux organisations humanitaires d'atteindre les populations les plus sinistrées, même s'il reste des «poches» dont la situation est préoccupante. Les «bouchons» sont principalement localisés dans la ville de Banda Aceh.

Selon Michael Elmquist, le coordonnateur de l'ONU dans cette province, l'une des premières préoccupations est de localiser les personnes déplacées, notamment «de nombreuses femmes et enfants qui ont fui dans les collines». Le transport, également, pose problème. Ainsi, la route reliant Banda Aceh, la capitale provinciale, au centre principal de la côte occidentale, Meulaboh, une ville de 50 000 habitants complètement dévastée, est impraticable.

La DART et Martin sur place

Du Canada, l'Équipe d'intervention en cas de catastrophe [Disaster Assistance Response Team (DART)] s'est envolée hier en direction du Sri Lanka, où elle entrera en action dans les prochaines heures, pour sa première mission depuis le tremblement de terre en Turquie, en 1999. Les 200 membres de l'équipe passeront au moins six semaines au Sri Lanka. Leur priorité sera de livrer de l'eau purifiée aux hôpitaux d'Ampara.

Par ailleurs, le premier ministre Paul Martin a pour sa part annoncé qu'il se rendra plus tard ce mois-ci dans deux des pays ravagés. M. Martin passera une journée en Thaïlande et une autre au Sri Lanka. Ces escales, dont la première est prévue le 16 janvier, ont été ajoutées au voyage d'affaires en Asie qui figurait déjà au programme du premier ministre. Ce dernier se rendra également en Inde, au Japon, en Chine ainsi qu'à Hong Kong.

D'après l'Agence France-Presse, Reuters, Libération, Associated Press et la Presse canadienne


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