CHUM: Tremblay penche pour Outremont
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Le maire craint toutefois l'explosion des coûts dans la cour de triage et n'exclut pas d'autres options
«Outremont dans l'idéal, mais en a-t-on vraiment les moyens?»: telle est la position très nuancée que le maire Gérald Tremblay présentera aujourd'hui dans l'épineux dossier de l'emplacement du CHUM, selon ce que Le Devoir a appris de sources sûres.Montréal craint toutefois l'explosion des coûts d'un CHUM dans la cour de triage d'Outremont et n'exclura donc pas totalement d'autres scénarios. Si Québec tranche en faveur du site d'Outremont, l'administration Tremblay applaudira mais réclamera que les coûts pour la Ville et le gouvernement soit évalués de manière très approfondie. En clair, comme nous l'a dit un intervenant sous couvert de l'anonymat, «chaque fois qu'on installe aqueducs et égouts, qu'on ouvre des rues, qu'on fait des viaducs» [des travaux nécessaires dans le projet Outremont], «est-ce que c'est le gouvernement ou la Ville de Montréal qui paie? Il faut déterminer cela de manière très claire». L'administration Tremblay, échaudée par les dépassements de coûts dans plusieurs grands projets récents (comme le métro de Laval), craint aussi les frais de décontamination, d'aménagement d'infrastructure, d'expropriation et de transport en commun. La station Acadie, toute proche, est de taille intermédiaire, sur une «petite» ligne, la bleue; les coûts d'agrandissement, de déplacement de l'édicule, d'augmentation du nombre des wagons, de leur fréquence, etc., «tout ça doit être évalué et intégré au tableau», nous a-t-on dit. À évaluer aussi: l'éventuel déplacement de la ligne du train de banlieue de Blainville.
Chefs de département inquiets
Par ailleurs, inquiète de voir le débat sur l'emplacement du futur CHUM se polariser autour de deux camps farouchement opposés, la Table des chefs de département du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) est sortie de son mutisme hier. De façon unanime, les 18 chefs de département ont rappelé au premier ministre Jean Charest que le superhôpital devra impérativement réunir 700 lits sur un seul site, et cela dès 2010.
Désireux de «recentrer le débat autour du patient», les chefs de département de l'établissement universitaire de 1200 médecins ont une vision bien précise du superhôpital francophone. Que le futur CHUM soit au centre-ville ou à Outremont, la Table est claire: le projet devra être axé sur un «modèle de CHU adulte complet», écrit son président, le Dr Charles Bellavance dans une lettre publiée ce matin dans nos pages. Ce CHU à la fine pointe de la technologie devra réunir un minimum de 700 lits, être situé sur un site unique -- opérationnel en 2010 -- et comprendre toutes les spécialités, les plateaux techniques, les installations ambulatoires, les infrastructures d'enseignement et de recherche.
Cette sortie des chefs de département -- qui n'engage qu'eux seuls et non les 1200 médecins du CHUM, précise le Dr Bellavance -- permet également à la Table de prendre position quant à l'intégration des facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal. Qualifiant cet atout de «majeur», la Table émet toutefois une réserve de taille: «Cette intégration ne doit d'aucune façon compromettre les préalables incontournables mentionnés ci-haut», écrit le Dr Bellavance.
Joint par Le Devoir, le Dr Bellavance n'a toutefois pas caché le vif intérêt de la Table pour l'intégration. «Dans le fond, ce qu'on voudrait, c'est avoir les préalables incontournables en plus de l'intégration.» Impossible toutefois de savoir si les chefs de département ont fait leur choix en faveur d'un site ou de l'autre. «On ne se prononce pas parce que c'est trop politique, a expliqué le Dr Bellavance. Ce que l'on dit, c'est qu'il y a des incontournables à respecter et que l'intégration des facultés est une "plus-value" extraordinaire.»
D'autres intervenants du CHUM ont adopté une position plus tranchée. En décembre dernier, 124 médecins, chercheurs et professeurs de la faculté de médecine de l'Université de Montréal s'étaient publiquement prononcés en faveur du projet du recteur de l'UdeM, Robert Lacroix, de construire le futur CHUM à Outremont. Selon ce groupe, qui comprend maintenant 197 signataires, le gouvernement du Québec devrait construire un centre hospitalier neuf à Outremont plutôt que de rafistoler l'hôpital Saint-Luc, permettant ainsi le développement d'un complexe hospitalo-universitaire dynamique. La synergie est le maître-mot de leur position.
Le site du centre-ville situé au 1000 Saint-Denis n'est toutefois pas en reste puisqu'il fera aujourd'hui l'objet d'une présentation de la part du président du conseil d'administration du CHUM, Me Patrick A. Molinari. Le but de cette rencontre: montrer la viabilité et les possibilités de cet emplacement, qui a été préféré à Outremont dans les trois rapports commandés par le ministre de la Santé, ceux du comité interministériel, de l'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal et de Daniel Johnson.
Le ministre Couillard aurait toutefois, selon des sources dignes de foi, tendu une perche aux défenseurs du projet d'implantation du CHUM dans la cour de triage du Canadien Pacifique à Outremont. Pour rendre cette option acceptable aux yeux du gouvernement, le ministre aurait posé trois conditions: réduire le nombre de lits à 550 plutôt que 700, reporter la construction d'un campus des sciences de la santé à une étape ultérieure, et obtenir l'appui des quelque 1200 médecins du CHUM actuel.
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