Opinion
La laïcité menacée au Mexique - Réponse à tous les individus répressifs qui s'emploient à la déviation des libertés
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Le débat autour de la charia dans un Canada déboussolé en matière de libertés religieuses et de droits de la personne n'est pas sans faire penser au triste retour en arrière que vit le Mexique. Sur les bords du Saint-Laurent comme au sud du Rio Bravo, les mots liberté et tolérance font l'objet d'une dangereuse déviation.
Un fondement
La laïcité mexicaine -- qui n'empêche pas les citoyens de se marier à l'Église et de faire baptiser leurs nombreux enfants -- est l'un des fondements de la République. Comme en France. Or voilà que les sermons des évêques -- après avoir été absents des journaux durant des décennies de laïcité bien fondée -- reviennent à la une, non seulement les lundis, mais chaque fois qu'un prélat se mêle des affaires publiques et politiques; ces interventions de plus en plus fréquentes confinent à la tragédie lorsque, par exemple, le cardinal de Mexico -- sur la liste des successeurs de Jean-Paul II -- condamne le féminisme qu'il qualifie de «dangereuse idéologie»! Et cela juste au moment où la presse publie ailleurs des statistiques atterrantes sur la violence dont les Mexicaines sont victimes; au moment aussi où l'université nationale (laïque) note que ses nouveaux diplômés décrochent facilement des postes de cadres supérieurs alors que la majorité des diplômées (qui ont pourtant de meilleures notes) doivent se contenter d'un poste -- et d'un salaire -- de secrétaire!
Le puissant cardinal se permet de condamner la pilule du lendemain -- quelques jours après son approbation par le ministère de la Santé, et cela dans un pays qui connaît l'un des plus hauts taux au monde d'adolescentes violées et de mères âgées de moins de 18 ans. Les mêmes combattants pour la «liberté religieuse» ont empêché deux adolescentes de 13 ans de se faire avorter, même si la Constitution mexicaine accorde à chaque citoyenne le droit de décider du nombre de ses enfants et permet d'avorter en cas de viol.
Porte-à-faux
Le gouverneur, qui qualifia d'abord de «femmes de mauvaise vie» les femmes assassinées par centaines dans son État, à Ciudad Juarez, préside au Congrès les députés du Parti catholique au pouvoir.
On se rappellera les morts du Chiapas, il y a trois ans à peine, pour des motifs de guerre entre catholiques et protestants. La loi des cultes, gérée par le ministère de l'Intérieur, fournit aux autorités un instrument pour contenir les débordements religieux, la pénétration de l'Islam et autre charia; mais le laxisme favorable au catholicisme place le Mexique dans une situation de porte-à-faux.
Il est sûr que des situations nouvelles comme la complaisance des pouvoirs publics et des médias à l'égard des autorités religieuses en place menacent l'un des plus brillants acquis de la République mexicaine: l'instauration de la laïcité en 1858, confortée par la révolution sociale de 1917 et la victoire de 1927 contre les cristeros -- l'armée de Dieu.
La régression religieuse qui menace le Canada, à l'exemple du Mexique, devrait faire réfléchir tous ceux qui prêtent l'oreille aux sirènes d'une pseudo-liberté religieuse et à ses démonstrations dans la police, à l'école ou dans les bureaux; car derrière se cache une nouvelle offensive de ces communautés d'hommes (sous influence catholique ou musulmane) acharnés à maintenir les femmes voilées et sous tutelle. Que les pouvoirs publics ontariens, québécois ou autres hésitent à repousser cet assaut d'obscurantisme, voilà qui dépasserait l'entendement.
Il serait utile à nos pays (Canada, Mexique, Ontario, Québec) d'organiser une conférence pour rafraîchir nos conceptions de la laïcité; le Mexique a beaucoup à nous apprendre après un siècle et demi de laïcité scolaire et juridique appliquée par le ministère de l'Éducation et l'ensemble des tribunaux; et les Mexicains à leur tour seraient confortés dans leur laïcité menacée par des réclamations politico-religieuses de tolérance et de liberté.

