Promenade dans la neige
Mots clés : sondage
C'était le genre de sondage dont Bernard Landry se serait bien passé à la veille des Fêtes et de son voyage à Paris. Pour la première fois depuis les élections du 14 avril 2003, il apparaît que le PQ s'en tirerait mieux sans lui.
Pierre Elliott Trudeau avait jadis expliqué avoir pris la décision de quitter la politique en se promenant dans la neige. M. Landry va sûrement arpenter les rives du Saint-Laurent pendant les vacances. Quand plus de la moitié de l'ensemble de la population, des francophones et des péquistes souhaite son départ, c'est qu'il y a un fort vent de changement dans l'air.
De façon générale, les militants péquistes éprouvent du respect pour leur chef, dont ils reconnaissent l'envergure intellectuelle et les services rendus aussi bien au parti qu'à la patrie, mais il ne suscite aucun enthousiasme. La plupart se sont résignés à le voir demeurer en poste moins en raison de ses mérites qu'à défaut d'une solution de rechange vraiment intéressante.
À partir de maintenant, M. Landry ne pourra plus prétendre être le meilleur -- ou le moins mauvais -- atout du PQ pour remporter les prochaines élections et tenir un nouveau référendum. Pire, le sondage de Léger Marketing le transforme en boulet. Dès lors, ce ne seront plus ses qualités mais ses défauts auxquels on s'arrêtera. À commencer par son âge, dans lequel on verra moins les avantages de l'expérience que les inconvénients de l'usure.
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Remarquez, il ne faut pas prendre pour argent comptant les chiffres qui laissent entrevoir une confortable victoire du PQ, aussi bien avec Gilles Duceppe qu'avec Pauline Marois ou François Legault. La perspective d'un changement de chef a presque toujours pour effet de faire grimper les intentions de vote dans les sondages, mais la réalité finit par reprendre ses droits.
D'ailleurs, M. Landry lui-même avait tiré profit de ce phénomène quand Lucien Bouchard avait démissionné. À peine deux jours après l'annonce de son départ, un sondage particulièrement opportun de Léger Marketing laissait entrevoir la possibilité d'un troisième mandat consécutif si le vice-premier ministre lui succédait. C'en était fait des chances de Pauline Marois. Chacun son tour.
M. Landry incarne le PQ tel qu'il est, avec ses interminables chicanes, tandis qu'un chef virtuel permet de le voir dans l'abstrait, de l'imaginer comme on voudrait qu'il soit. C'est cependant une illusion de croire qu'il changerait de façon significative sous la direction de l'un ou l'autre des prétendants à la succession.
Les «purs et durs» découvriraient rapidement chez Gilles Duceppe ou Pauline Marois la même réticence à se lancer tête baissée dans un référendum à l'issue incertaine qu'ils ont toujours reprochée à M. Landry. Les modérés verraient au contraire en François Legault un dangereux aventurier, prêt à jouer à la roulette russe avec l'avenir du Québec.
Les mirages sont d'autant plus attirants que la réalité est sombre. De mois en mois, l'avance du PQ diminue, comme le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement. Certes, la grogne demeure forte, mais ce n'est pas le PQ qui en profite. Non seulement l'ADQ a retrouvé un niveau de 20 % pour la première fois depuis mars 2003, voilà que les intentions de vote pour les tiers partis atteignent un sommet historique de 10 %.
Si la tendance se maintient, comme on dit, le PQ se dirige tout droit vers quatre autres années d'opposition. Au terme de ce purgatoire, la réforme du mode de scrutin que Jacques Dupuis a proposée cette semaine lui fera perdre l'avantage structurel dont il bénéficie dans le système actuel.
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Après la performance du Bloc québécois aux dernières élections fédérales, personne ne sera surpris d'apprendre que Gilles Duceppe est celui dont le potentiel électoral est le plus élevé. Même s'il a mené une campagne en pantoufles, débats télévisés mis à part, M. Duceppe est à son zénith à l'heure actuelle.
Dans une entrevue accordée jeudi soir au Point, le chef du Bloc a réitéré qu'il envisageait l'avenir prévisible à Ottawa, mais il est clair que le départ de M. Landry remettrait cette résolution en question. M. Duceppe n'aura pas d'autre chance, et il le sait très bien.
La surprise du sondage vient plutôt de Pauline Marois, que plusieurs avaient déjà enterrée. Aux yeux des Québécois et, plus important encore, dans l'esprit des péquistes, elle ferait un aussi bon chef que M. Duceppe. Dans l'éventualité d'élections générales, François Legault obtiendrait des résultats comparables, mais il laisse toujours les péquistes aussi sceptiques.
Certes, il faut distinguer les électeurs péquistes interrogés par les sondeurs de Léger Marketing et les membres du PQ qui éliront le prochain chef, mais il demeure frappant de voir à quel point M. Legault est plus populaire à l'extérieur qu'à l'intérieur de la mouvance péquiste.
Cette relative impopularité est même le seul motif de satisfaction pour M. Landry dans ce sondage. M. Legault n'a aucune raison de provoquer une course au leadership qu'il aurait toutes les chances de perdre et, à elle seule, Mme Marois n'est sans doute pas en mesure de renverser M. Landry.
Au-delà du congrès de juin, le chef du PQ doit cependant se demander s'il a vraiment envie de continuer alors que tout le monde espère le voir partir. Jean Chrétien l'a fait, mais il avait la consolation d'être premier ministre. La promenade dans la neige risque d'être longue.
mdavid@ledevoir.com
Vos réactions
Beaus et bons souhaits - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le mercredi 05 janvier 2005 15:00

