Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Landry devrait démissionner

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 18 et du dimanche 19 décembre 2004

Mots clés : sondage

57 % des Québécois souhaitent que le chef du PQ quitte son poste

Photo: Le Devoir

Une majorité de Québécois estime que Bernard Landry devrait quitter la scène politique. La population souhaite dans une proportion de 57 % la démission du chef du Parti québécois et le déclenchement d'une course au leadership. Ce souhait rejoint même les rangs péquistes, où 51 % des supporteurs lancent un message de changement de la garde.

Coincé depuis la fin de l'été dans une dynamique de querelles au sein de son propre parti, Bernard Landry ne réussit pas à tirer profit de l'insatisfaction de la population à l'endroit du gouvernement libéral. Comme tend à le démontrer un sondage Léger Marketing réalisé pour Le Devoir, seulement 30 % des Québécois disent que M. Landry devrait demeurer en poste alors que 13 % n'ont pas d'opinion sur la question.

Pour Bernard Landry, il s'agit d'un changement radical par rapport à l'appui populaire dont il a bénéficié au lendemain de la défaite électorale de 2003. Les Québécois souhaitaient alors qu'il demeure chef du Parti québécois et dirige ainsi l'opposition officielle à l'Assemblée nationale. Mais c'était avant la sortie-choc de Jacques Parizeau sur l'élection référendaire, la demande d'une course au leadership de Pauline Marois et la pirouette politique de M. Landry sur le meilleur moment de tenir un référendum («le plus tôt possible» ou dans la première moitié d'un prochain mandat péquiste).

«Les chicanes sont un facteur, mais est-ce la cause ou la conséquence? C'est difficile à mesurer. Chose certaine, les péquistes ont réussi à convaincre les Québécois que les libéraux n'avaient pas fait leur travail, mais ils n'ont pas réussi à transformer ça en intentions de vote. C'est difficile de présenter un Bernard Landry nouveau quand il a gouverné et qu'il est en politique depuis 1976», analyse le sondeur Jean-Marc Léger.

Si Bernard Landry décidait de tirer sa révérence, une lutte serrée pourrait s'engager entre Pauline Marois et l'actuel chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. En effet, 26 % des Québécois estiment que Mme Marois ou M. Duceppe pourraient remplacer le chef péquiste. François Legault recueille 16 % des appuis, et André Boisclair, 10 %.

Dans son enquête, Léger Marketing a exclu Bernard Landry d'une éventuelle course au leadership, la possibilité qu'un chef démissionnaire sollicite à nouveau le soutien des militants étant très faible; le cas de Joe Clark, sur la scène fédérale, apparaît comme étant une exception.

La crédibilité dont jouit Gilles Duceppe à titre de chef du Bloc québécois ainsi que l'enthousiasme qu'il a soulevé depuis les dernières élections fédérales ne lui permettent tout de même pas de distancer celle qui apparaît comme sa principale rivale. Si on s'attarde uniquement à l'avis des péquistes, qui seront les seuls à choisir un éventuel successeur à Bernard Landry, Gilles Duceppe et Pauline Marois demeurent au coude à coude.

En effet, le premier récolte 31 % d'appuis, contre 30 % pour Mme Marois. André Boisclair dame le pion à M. Legault. Les péquistes jugent dans une proportion de 15 % que M. Boisclair ferait le meilleur chef du PQ, et ce, même s'il est parti étudier aux États-Unis depuis la fin de l'été. François Legault arrive bon dernier avec seulement 13 % d'appuis.

Ce sondage équivaut à une alerte pour le Parti québécois, estime M. Léger, qui souligne que le parti ne peut pas seulement tabler sur l'insatisfaction face au gouvernement s'il veut regagner le pouvoir. Il doit être attrayant. Or, avec l'exercice de modernisation de ses statuts, de son programme et de son option, appelé la «saison des idées», le Parti québécois apparaît surtout divisé. Depuis quelques semaines, chaque circonscription a entrepris de tenir un congrès où les militants procèdent entre autres au choix des délégués au congrès de juin prochain. C'est au moment de cette grand-messe que les péquistes doivent participer au vote de confiance envers leur chef, Bernard Landry.

Avec les résultats de ce sondage, la perspective d'élections générales s'annonce plutôt mal pour M. Landry. Comme tendait à le démontrer une première tranche du sondage publiée hier dans Le Devoir, le PQ dirigé par Bernard Landry a une mince avance sur les libéraux dans les intentions de vote, soit 37 %, contre 33 % après répartition des discrets. Mais depuis le mois dernier, le PQ a perdu cinq points d'appuis dans la population en général et neuf points au sein de l'électorat francophone.

«Si Bernard Landry continue comme ça, il va obtenir les mêmes résultats qu'en 2003. Pour obtenir les résultats qu'il n'a jamais eus, il faut qu'il fasse ce qu'il n'a jamais fait. La tendance est mauvaise», fait valoir Jean-Marc Léger.

Ainsi, un changement de tête dirigeante pourrait donner un élan au PQ qui, du coup, recueillerait un plus grand appui des Québécois. D'ailleurs, au chapitre des intentions de vote, les quatre candidats potentiels obtiennent tous un meilleur score face aux libéraux que M. Landry. Si Gilles Duceppe dirigeait le PQ, il devancerait le PLQ par 17 points, avec 45 % des intentions de vote, comparativement à 28 % pour le parti de Jean Charest.

Avec Pauline Marois ou François Legault comme chef, le PQ s'assurerait également d'une victoire avec 41 % d'appuis. Sous le leadership d'André Boisclair, le PQ obtiendrait 37 % des suffrages. Bien que cette question soit parfaitement hypothétique, elle donne une indication de la volonté de changement à la tête du PQ, souligne M. Léger.

Ce sondage Léger Marketing a été réalisé entre les 8 et 12 décembre auprès de 1006 répondants à travers le Québec. La marge d'erreur maximale est de plus ou moins 3,4 %, 19 fois sur 20.


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