Les inconnus, ces mal-aimés
Mots clés : sondage
Rarement aura-t-on vu une équipe gouvernementale aussi peu connue du grand public. Les noms de 15 des 18 ministres libéraux n'ont aucune résonance pour un Québécois sur deux.
Même si la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, qui coordonne la modernisation de l'État et de qui relève l'ensemble de la fonction publique, est presque tous les jours dans les médias écrits et électroniques, elle n'est connue que de 38 % de la population. Aussi, seulement 35 % des Québécois disent connaître le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, qui a eu à gérer le délicat dossier très médiatisé des défusions et refusions municipales.
Quatre ministres se retrouvent à la fin de ce palmarès de notoriété: le ministre du Travail, Michel Després (25 %), la ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne (25 %), le ministre du Développement économique et régional et de la Recherche, Michel Audet (20 %) et finalement le ministre du Revenu, Lawrence Bergman (19 %).
Selon le sondeur Jean-Marc Léger, la faible notoriété des ministres du gouvernement Charest va au delà d'un possible problème de communications. «Le positionnement du gouvernement et sa vision ne sont pas clairs pour la population. On est passé d'un discours sur la réingénierie à celui des PPP et, maintenant, c'est le credo sur le développement durable. Quelle est la personnalité de ce gouvernement?», lance M. Léger.
Les résultats du sondage tendent toutefois à démontrer qu'il y a quatre valeurs sûres autour de Jean Charest. Il s'agit de Philippe Couillard (Santé), d'Yves Séguin (Finances), de Thomas Mulcair (Environnement) et de Line Beauchamp (Culture et Communications). Les Québécois ont une bonne opinion de chacun d'eux.
M. Couillard est le politicien du cabinet libéral le plus apprécié, avec un appui de 46 % des Québécois, ce qui est plus élevé que pour le premier ministre (41 %). Le ministre de la Santé marque particulièrement des points chez les francophones, avec 49 % contre 39 % pour M. Charest. L'automne difficile qu'a connu le ministre Couillard, avec le débat sur les liens commerciaux litigieux entre pharmaciens et médecins, les conditions de vie au centre de soins de longue durée Saint-Charles-Boromée, qui n'ont pas changé après un an à la suite d'une intervention ministérielle, et la déchirante question du choix d'un site pour le futur CHUM, ne semble pas avoir entaché sa popularité.
Même chose pour Yves Séguin, qui est au centre de toutes les rumeurs d'un éventuel remaniement ministériel. Il a une très bonne cote, notamment chez les francophones (44 %) et chez les libéraux (52 %). «Malgré les dossiers controversés qu'il a entre les mains, la population a une bonne opinion d'Yves Séguin. Il est perçu comme quelqu'un qui défend le citoyen. Plus difficile de tasser un ministre comme ça. Il est un peu une caution économique pour le gouvernement», note M. Léger.
En fait, MM. Couillard et Séguin sont dans une classe à part au gouvernement. Les deux ministres obtiennent une bonne appréciation tant chez les francophones que chez les non-francophones ainsi que chez les partisans libéraux, péquistes et adéquistes.
Aussi, les ministres Mulcair et Beauchamp apparaissent comme les étoiles montantes du cabinet. «Thomas Mulcair est devenu un poids lourd au gouvernement, notamment grâce à sa politique de développement durable. Quant à Line Beauchamp, elle n'a pas d'ennemi. Elle devient une valeur sûre pour le gouvernement», croit Jean-Marc Léger.
Selon ce dernier, deux ministres devraient se poser de sérieuses questions sur leur avenir au sein du cabinet. Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a beau être parmi les plus connus, il ne suscite pas pour autant une adhésion populaire. Avec le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, il est le seul pour qui la population a une opinion négative.
En plus d'un problème de notoriété, le gouvernement Charest fait toujours face à un mécontentement important au sein de la population. Près de trois Québécois sur cinq se disent insatisfaits du gouvernement Charest. «Pour faire changer la tendance, les libéraux auraient intérêt à faire connaître leur équipe, soutient M. Léger. Avant les idées, avant les partis politiques, on aime les gens. S'ils sont peu connus, on ne peut pas les aimer, ni aimer les partis, ni le gouvernement et ses idées. Le gouvernement a besoin de ministres populaires.»
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