Gosselin Communication a tiré profit de la crise du verglas

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

PC
Édition du jeudi 16 décembre 2004

Mots clés :

Ottawa -- Lorsque Gilles-André Gosselin a offert une génératrice à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour aider les sinistrés en pleine crise du verglas en 1998, l'offre ne pouvait pas mieux tomber. Mais le président de l'agence de publicité Gosselin Communication avait omis de dire à la GRC qu'il allait réclamer au gouvernement, par l'entremise du programme de commandites, près de 11 000 $ pour la location, une commission et des frais de gestion.

Le commandant à la retraite de la section québécoise du corps policier, Odilon Émond, a relaté cette histoire à la Commission d'enquête sur les commandites hier. Tentant de pallier les besoins de la population pendant cette panne électrique de janvier 1998, la GRC avait accueilli à bras ouverts l'offre de M. Gosselin, qui «tombait du ciel».

Ce que M. Émond ne savait pas avant que la Commission ne l'informe récemment, c'est que le geste de M. Gosselin n'était pas gratuit.

La firme de communication a facturé au gouvernement une somme de 8000 $ pour la location de la génératrice, plus une commission de 12 % (960 $). L'agence a aussi réclamé 2137 $ pour des frais de «gestion» pour combler 5,5 heures de travail à un taux horaire de 185 $, huit heures à un taux de 110 $ l'heure et 2,5 heures à 40 $ l'heure. La génératrice en question était la propriété de la fondation du Bluenose, un projet également bénéficiaire de commandites gérées par Gosselin Communication.

Je suis «énormément surpris, pour ne pas dire désagréablement surpris, a lâché M. Émond. Dans les circonstances, en tenant compte des événements qui se déroulaient, personnellement, je trouve inapproprié de charger des frais pour ça.»

L'épisode de la génératrice ne représente qu'un des exemples déterrés et présentés par la commission parmi une série d'abus que les agences de publicité ont réalisés sous le couvert d'activités de la GRC et des commandites reçues.

Interrogé par Me Cournoyer sur l'origine des demandes de commandites de la GRC, M. Émond a expliqué que le lien s'est fait par l'entremise de Jean Carle, l'ancien directeur des opérations au bureau du premier ministre Jean Chrétien.

Anciennement responsable de la protection personnelle du premier ministre, M. Émond décide d'appeler M. Carle au printemps 1997. Il lui fait alors part de la difficulté de la GRC à atteindre son objectif pour son tournoi de golf, dont les profits sont remis à des hôpitaux pour enfants.

«J'ai demandé à Jean Carle s'il connaissait soit des partenaires ou quelqu'un qui pourraient nous aider à combler ce déficit de 30 000 $, a raconté M. Émond. Jean m'a dit qu'il me mettrait en communication avec quelqu'un, qui était Jean Lafleur.»

Jean Lafleur trouvera sans problème le montant dans le programme de commandites, empochant au détour 5500 $ en commissions et 1000 $ en frais de gestion. Avec le concours des agences et du directeur du programme, Charles Guité, d'autres commandites viendront durant les mois suivants.

En fait, pendant l'année des célébrations du 125e anniversaire de la Gendarmerie royale du Canada, plusieurs activités et événements organisés par la section québécoise du corps policier ont été financés en tout ou en partie par le programme des commandites, un programme mis sur pied par le gouvernement pour augmenter sa visibilité. Et, dans tous les cas, les agences en ont profité pour passer à la caisse, à l'insu des policiers responsables des célébrations.

Presse canadienne

Au total, Lafleur Communication, Média IDA Vision et Gosselin Communication auront empoché environ 245 000 $ en commissions pour des commandites de 1,7 million de dollars versées à la GRC sur une période d'environ un an et demi.

Mais ce n'est pas tout. Lafleur Communication et Gosselin en auront profité pour facturer au gouvernement des frais de «production» ou de «gestion», une somme de 1,082 million.

Pour le bal du 125e anniversaire seulement, Lafleur Communication a facturé aux Travaux publics pas moins de 300 000 $ en honoraires professionnels. Questionné à ce sujet, M. Émond a indiqué que l'agence avait effectué du travail pour la GRC, mais que le nombre d'heures lui apparaissait «élevé».

C'était la première fois que M. Émond, le responsable du bal du 125e anniversaire, prenait connaissance de ces factures. Le bureau de Charles Guité a acquitté les sommes réclamées sans faire de vérification auprès de lui.

«Jamais je n'ai été consulté par M. Guité pour vérifier si le travail avait été fait ou non, a déclaré M. Émond. Jamais.»

Les factures détaillées révèlent par exemple que le directeur créatif (P. Davidson) aurait travaillé 359,5 heures (à 180 $ l'heure). «C'est l'équivalent de huit heures par jour, pendant 30 jours sans relâche, n'a pu s'empêcher de noter le juge John Gomery. Est-ce que c'est possible que M. Davidson ait travaillé huit heures par jour pendant 30 jours ouvrables?»

Dans le cas de Stéphane Guertin, le directeur des opérations, le nombre d'heures facturé est de 356. «Ça commence à faire des heures», a dit le témoin, d'un ton illustrant son désarroi.

Il avait toutefois retrouvé son aplomb lorsqu'il a relaté que son comité organisateur avait pu stopper une autre exagération de Lafleur Communication. L'agence s'apprêtait à vendre 125 $ chacun les blocs de ciment nécessaires pour solidifier les tentes louées pour un événement. On trouvait les mêmes pour 20 $ chez un marchand, une option qu'a retenue la GRC.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com