Opinion

Le temps des Fêtes de la santé

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

René Verrette, Trois-Rivières

Édition du lundi 13 décembre 2004

Mots clés :

Lettre au ministre de la Santé et des Services sociaux Philippe Couillard

Monsieur le ministre,

Une plainte de plus concernant le système de santé, direz-vous... mais veuillez, je vous prie, porter attention à ces propos qui veulent apporter de l'eau au moulin de ceux pouvant faire avancer les choses, comme vous. J'expose une problématique régionale, celle de la Mauricie, mais elle vaut aussi pour d'autres régions.

Le temps des Fêtes approche et ce n'est guère réjouissant pour nombre de malades et le personnel du secteur de la santé, à partir des gestionnaires jusqu'au personnel soignant sur la ligne de feu. Une fois de plus, à Trois-Rivières et à Shawinigan, plusieurs médecins prendront des vacances bien méritées dans le contexte de fou que leur milieu de travail impose. Alors les bureaux de médecins et des cliniques privées seront fermées entre Noël et le jour de l'An, et tout le monde va se retrouver à l'urgence de l'hôpital, même les cas demandant une simple prescription d'antibiotiques, sans oublier les esseulés, les drogués, etc.

Une fois de plus les cas non-urgents au vrai sens du terme mais qui nécessitent une intervention médicale vont attendre six ou huit heures, amenant leur lunch, allant au petit coin de peur, avec la crainte d'être appelés juste à ce moment. Et je ne parle pas des mères avec des bébés qui crient, ni de ceux qui s'enragent et harcèlent un personnel débordé. Et les ambulances sont détournées, les médecins passent six ou huit heures sans manger, dorment quelques heures, dans la hantise d'une erreur provoquée par l'épuisement.

Oui, Monsieur le ministre, vous m'objecterez les coûts croissants des médicaments, la multiplication des examens par des médecins qui veulent un diagnostic fiable et précis, la médecine préventive et «défensive» contre les recours. Vous me parlerez de personnes en attente d'admission dans un centre de soins prolongés.

Vous me parlerez de manques d'effectifs, de projets à venir, mais si l'exercice de la médecine et des soins infirmiers devient de plus en plus héroïque, la relève risque de manquer. Je sais que des efforts presque surhumains sont faits en concertation avec les autorités régionales en santé, les hôpitaux et le ministère, mais, bon Dieu, la patience a ses limites.

Inacceptable

Quand il faut partir de Trois-Rivières pour aller à une urgence dans un hôpital de Québec ou de Lévis -- avec trois heures d'autoroute aller-retour --, quand il faut, pour des délais raisonnables, rencontrer un spécialiste à Montréal, c'est inacceptable. Tout le monde n'a pas la chance comme moi d'avoir des amis qui m'ont conduit à des rendez-vous à Québec et à Montréal pour éviter six mois d'attente. C'est la médecine à deux vitesses. Faudra-t-il compter sur le privé et payer un médecin ou des laboratoires de prélèvements désaffiliés du système? Le principe de l'universalité des soins en prend pour son rhume.

Pour trouver un médecin de famille, il faut bien souvent avoir des «contacts», à moins d'avoir un beau-frère médecin! Autre injustice. Je sais, Monsieur le ministre, que vous êtes au courant, mais combien d'années devrons-nous attendre pour que la situation se redresse de façon tangible -- et pas seulement dans les rapports officiels constatant la baisse d'une attente de cinq à quatre mois... Le degré de civilisation d'une société se mesure à l'importance qu'elle apporte aux personnes âgées, et, je m'empresse d'ajouter, aux malades et aux démunis.

Monsieur le ministre, insistez encore auprès du premier ministre, tentez de faire fléchir celle qui détient les cordons de la bourse, mais, surtout, continuez vos efforts auprès du fédéral qui camoufle ses surplus budgétaires et maintient l'injustice du système de péréquation aux provinces: là gît le fond du problème. Si j'étais cynique, j'écrirais: «Faites-le au moins pour la réélection de vos députés en région» mais je sais que, étant médecin, vous êtes animé par des motivations plus élevées.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com