Un milliard d'enfants privés d'enfance
Mots clés : unicef
Un enfant sur deux doit lutter quotidiennement pour sa survie au lieu de s'épanouir dans un environnement protégé

Selon son habitude, l'UNICEF fournit plusieurs statistiques qualifiées d'«affligeantes» par la porte-parole de son bureau de Genève, Wivina Belmonte. Le chiffre de un milliard résulte d'une nouvelle façon de mesurer l'écart entre l'idéal de satisfaction des besoins et la réalité, une démarche qui irait plus loin que des indices comme le pouvoir d'achat des ménages (utilisé par la Banque mondiale) ou celui de développement humain mis au point par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Ces deux indices ne prennent pas en compte les privations auxquelles sont soumis spécifiquement les enfants. Mme Belmonte, qui participait hier à une conférence de presse téléphonique, a cité l'exemple de ceux qui manquent une journée d'école parce qu'ils doivent aller chercher l'eau potable pour leur famille.
En fait, l'UNICEF s'est appliqué cette année à élaborer une définition de la pauvreté des enfants qui implique davantage que le dénuement matériel. «Les enfants vivant dans la pauvreté sont privés des ressources dont ils ont besoin sur les plans matériel, spirituel et affectif pour survivre, se développer et s'épanouir, ce qui les empêche de jouir de leurs droits, de donner la pleine mesure de leurs capacités ou de participer à la vie de la société en tant que membres à part entière [...]», peut-on lire dans le rapport.
Puisque cette approche est nouvelle, l'UNICEF ne dit pas si l'incidence des «privations graves» diminue ou s'accroît. En revanche, le rapport annuel fournit plusieurs chiffres (généralement sombres) ainsi que des exemples de situations qui ou bien s'aggravent, ou bien s'améliorent. Il invite une fois de plus les gouvernements des pays pauvres à afficher la volonté politique de s'attaquer au problème et ceux des pays industrialisés à hausser le niveau de l'aide internationale pour se rapprocher de la vieille cible de 0,7 % du produit intérieur brut.
Quelques chiffres montrent que le dénuement caractérise encore la vie de plusieurs jeunes citoyens du monde: 33,9 % d'entre eux vivent entassés à cinq dans une seule pièce, 30,7 % n'ont pas accès à des installations sanitaires et 21 % n'ont pas d'eau potable à proximité.
Même si des progrès ont été réalisés dans les domaines de l'alimentation et des soins de santé de base (notamment en matière de vaccination), la faim et les maladies infectieuses font toujours des ravages.
En Afrique subsaharienne, la région la moins développée du globe, la mortalité infantile reste presque 30 fois plus élevée que dans les pays riches de l'OCDE.
Pour ce qui est de l'éducation, on constate qu'aujourd'hui encore, 13,1 % des enfants de la planète ne vont jamais à l'école (120 millions en chiffres absolus). L'UNICEF fait toutefois état de progrès encourageants à ce chapitre. Ainsi, la fréquentation scolaire a fortement progressé au Kenya récemment, après l'abolition des frais de scolarité. En Afghanistan, ce sont des millions d'enfants qui ont pris le chemin de l'école pour la première fois cette année, après la chute du régime des talibans, qui s'opposait à la scolarisation des fillettes.
Les enfants sont les premières personnes touchées par les conflits, affirme Wivina Belmonte. Dans les pires des cas, des écoles sont envahies par les belligérants. (On pense à la prise d'otages de Beslan, dans le sud de la Russie.)
Les enfants n'ont pas besoin d'être infectés par le VIH pour être affectés par le fléau du sida. «À la fin de 2003, la pandémie avait rendu orphelins quelque 15 millions de personnes âgées de moins de 18 ans», la grande majorité d'entre elles vivant en Afrique subsaharienne, rappelle l'UNICEF dans La situation des enfants dans le monde 2005. Les ménages qui ont pris en charge des orphelins ont «toutes les chances de s'appauvrir» tandis que les enfants qui travaillent «le font aux dépens non seulement de leur éducation mais aussi de leur repos, de leurs jeux et de leurs loisirs».
Pour rompre le cycle générationnel de la pauvreté, la réduction de celle-ci doit commencer par les enfants, plaide l'UNICEF qui, entre autres mesures, propose:
- de développer les services sociaux et éducatifs de base et de veiller à ce que tous les enfants y aient accès;
- d'augmenter l'aide publique au développement et d'améliorer la qualité des finances publiques nationales;
- d'encourager les pays à ratifier les traités conçus pour mettre les enfants à l'abri des effets pernicieux des conflits;
- de limiter la propagation du sida en s'appuyant sur des dirigeants nationaux qui tiennent un discours sans ambiguïté;
- d'affecter les fonds à l'appui des programmes en faveur des orphelins du sida;
- de prolonger la vie des parents infectés par le VIH.
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