Scrutin en Irak: le Canada est prêt à aider, dit Martin

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Le Devoir
Édition du lundi 06 décembre 2004

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Ottawa consentirait à envoyer des observateurs et à former du personnel, mais pas à déployer des militaires

Des rebelles armés jusqu'aux dents saluent des sympathisants dans une rue de Mossoul, dans le nord de l'Irak, où, samedi, deux militaires américains qui participaient à une patrouille ont péri au cours d'une attaque. La violence, qui a coûté la vie à au moins 68 Irakiens et à quatre Américains en fin de semaine, fait de plus en plus douter de la possibilité de tenir des élections crédibles en janvier.

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Une semaine après le passage du président américain George W. Bush à Ottawa, le premier ministre Paul Martin a déclaré hier, sur les ondes du réseau américain CNN, que le gouvernement canadien était prêt à participer à l'organisation des élections que les autorités américaines souhaitent tenir en Irak le 30 janvier. Le Canada pourrait alors envoyer des observateurs et former du personnel, estime M. Martin, qui a en revanche rejeté l'idée de déployer des militaires.

L'aide que le pays souhaite apporter représente un domaine dans lequel le Canada jouit d'une grande compétence, a indiqué le premier ministre en entrevue, ajoutant que les Canadiens étaient prêts à intervenir rapidement, si une demande était faite en ce sens.

Mais, selon un membre du cabinet Martin interrogé plus tard sur les détails d'une possible mission canadienne en terre irakienne, Ottawa n'a actuellement reçu aucune demande d'aide pour l'organisation du scrutin, ni de la part des Américains ni de celle de l'Organisation des nations unies (ONU). La semaine dernière, les autorités canadiennes avaient déjà fait savoir que le premier ministre avait discuté du sujet avec le président américain au cours de sa visite à Ottawa et Halifax. Mais M. Bush n'a fait aucune demande spécifique, et on s'attend à ce que la participation canadienne s'inscrive plutôt dans le cadre d'une mission internationale impliquant plusieurs pays. «Nous répondrons à une demande multilatérale», confirme-t-on au cabinet du premier ministre.

Pour le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, cette condition doit obligatoirement être respectée pour que la participation du Canada soit justifiée. «C’est une question importante, ces élections, estime M. Layton. Si nous sommes invités par les Irakiens, on pourrait examiner la demande. Mais le contexte actuel est très dangereux, et il ne faut pas que des citoyens canadiens soit mis en danger.» Selon Jack Layton, rien n’indique que les élections pourront se tenir à la date prévue, la flambée de violence actuelle empêchant toute affirmation à ce sujet. D’où l’importance, dit-il, d’attendre une invitation internationale pour se joindre au processus, afin d’éviter de participer à un fiasco. Gilles Duceppe et Stephen Harper réagiront aujourd’hui à la proposition avancée par le premier ministre.

Pas de soldats

Mais Paul Martin s'est fait rassurant, hier: une éventuelle participation au scrutin n'impliquera pas un déploiement d'effectif militaire. Toujours sur CNN, le premier ministre a rejeté l'idée de déployer des soldats canadiens pour aider les troupes américaines et britanniques à maintenir l'ordre durant les élections. Le personnel de l'armée canadienne est déjà fortement engagé en Afghanistan, et pourrait devoir répondre à de nouvelles demandes d'aide au maintien de la paix en Haïti, et dans la région du Darfour, au Soudan, a-t-il souligné.

La pénurie de soldats n'est toutefois pas la seule explication de la réticence du premier ministre à franchir la ligne séparant la formation de civils de l'aide militaire. Comme son prédécesseur, Jean Chrétien, M. Martin fait une distinction entre l'Afghanistan et l'Irak. Les deux hommes étaient favorables à une intervention armée contre le régime afghan, qui avait fourni un refuge à des terroristes, mais tous deux s'opposaient à une action militaire américaine visant à chasser Saddam Hussein du pouvoir en Irak.

«Il n'y a aucun doute que nous voyions les deux situations différemment. Nous n'étions pas d'accord avec l'invasion de l'Irak», a réitéré M. Martin hier. Mais maintenant que l'invasion est devenue une réalité, M. Martin se dit prêt à appuyer les efforts dirigés par les États-Unis pour instituer un régime politiquement stable à Bagdad.

Au cours de sa récente visite au Canada, le président Bush a défendu sa politique en Irak et a comparé la campagne actuelle contre le terrorisme à la lutte contre le fascisme au cours de la Deuxième Guerre mondiale. M. Martin préfère, quant à lui, mettre l'accent sur l'importance de la tenue d'élections démocratiques et de l'édification paisible des nations, plutôt que de compter sur l'intervention militaire.

Le Canada participe déjà à la formation d'agents de police en Irak, et s'est engagé à lui fournir une aide économique de 300 millions de dollars. Au cours de l'entrevue sur CNN, aucune mention n'a été faite au sujet d'un autre point complexe des relations entre Ottawa et Washington, soit le bouclier antimissile.

Avec la Presse canadienne


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