Les négociations sont rompues à la SAQ

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du lundi 06 décembre 2004

Mots clés : saq

Le syndicat recommande le rejet des offres patronales

Se disant «trahi, déçu et trompé», le Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB) de la Société des alcools du Québec (SAQ) a rompu hier les négociations intensives entamées avec la direction de la société d'État peu après le déclenchement de la grève générale illimitée, il y a 14 jours. Les dernières offres patronales seront soumises au vote des 3800 grévistes demain et mercredi, mais l'exécutif du syndicat en a d'ores et déjà suggéré le ferme rejet. Pendant ce temps, signe que la tension monte sur les lignes de piquetage, la police a arrêté hier cinq grévistes turbulents à Montréal.

«Nous avons l'impression d'avoir été trompés depuis le début de cette négociation, a dit hier le président du syndicat, Martin Charron, lors d'une conférence de presse suivant l'arrêt des discussions. La SAQ nous avait pourtant assuré travailler à partir des dernières propositions faites par le syndicat afin de dégager des pistes de solutions intéressantes pour les deux parties. On doit aujourd'hui constater qu'elles n'étaient pas à la hauteur des attentes. Elles n'étaient même pas proches de l'être.»

M. Charron a refusé hier de dévoiler les points précis sur lesquels la négociation bute. Il préfère présenter l'offre globale de la SAQ à ses membres avant d'en dévoiler le contenu publiquement. Néanmoins, il a déclaré que la direction se «moquait de façon éhontée des grands enjeux» de la négociation, qui sont, selon lui, «la précarité chez les employés à temps partiel, l'amélioration sensible des horaires de travail des réguliers», ainsi que le «refus catégorique de la prolifération des agences [dépôt de la SAQ dans des magasins d'alimentation, par exemple] et l'assurance qu'on va développer un réseau de succursales et non pas de magasins privés». Selon le président du SEMB, la SAQ veut imposer «de force le carcan d'un plan stratégique qui n'a pas été fait en consultation avec le syndicat ou ses membres».

Il a rappelé que la première semaine de rencontres avait permis de régler tous les enjeux dits secondaires. Cela fait, les deux parties ont ensuite abordé les éléments plus conflictuels des demandes. «On a senti, dès le départ, une réticence de l'employeur, explique Martin Charron, mais on avait espoir d'en arriver à un règlement. Sauf qu'il y a un mur en ce qui a trait aux grands enjeux. Les choses que la SAQ avance ne règlent en rien nos pires appréhensions [...]. On s'est rendu compte que les besoins de nos gens n'avaient pas une grande importance quand on parle du plan stratégique d'une entreprise. On ne peut pas accepter ça comme syndicat. On ne peut pas baser des relations humaines là-dessus.» L'entente proposée par la SAQ durerait 10 ans, et représenterait selon le syndicat «de nets reculs».

Mis devant le fait que les offres patronales stagnaient par rapport aux propositions syndicales, le SEMB a donc décidé hier après-midi de suspendre le processus, ayant bon espoir que ses membres diraient non aux offres. «C'est un résultat difficile à accepter après 11 mois et demi d'efforts», reconnaît Martin Charron, qui pense que le SEMB est, à trois semaines de Noël, «rendu au bout des moyens de pression possibles. Il faut que le gouvernement se mêle du conflit». Mais une loi de retour au travail forcé serait totalement injustifiée, dit-il par la même occasion.

La direction de la Société d'État a réagi brièvement aux développements de la journée, hier, en estimant que l'offre globale avait «été déposée de belle façon» et en souhaitant que le SEMB la reçoive ainsi. La SAQ attendra l'issue du vote avant de décider de la suite des choses.

Bisbille sur le piquet de grève

La semaine dernière, les premiers échos émanant de la table de négociations avaient laissé entrevoir la possibilité d'un règlement à court terme, information qui avait été bien accueillie par les grévistes sur les lignes de piquetage. Hier, par contre, peu avant l'annonce de la suspension des négociations, la tension est montée d'un cran à la succursale de la SAQ des Galeries d'Anjou, à Montréal. Cinq grévistes ont ainsi été arrêtés alors qu'ils manifestaient à l'intérieur du magasin avec 15 de leurs collègues. Les grévistes interpellés ont déplacé des bouteilles d'alcool et se sont couchés sur le plancher, ce qui a forcé l'intervention policière. Les cinq personnes arrêtées ont été relâchées plus tard dans la journée. Elles seront accusées de méfait et de voie de fait.


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