La pauvreté absolue a été réduite de moitié depuis 1981
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Les promesses non tenues menacent cette progression

Photo: Agence Reuters
Cette amélioration doit toutefois beaucoup à un seul pays, la Chine. Le PIB par habitant y a quintuplé depuis 1981 et le nombre de pauvres a chuté de 600 millions à tout juste plus de 200 millions ces dernières années. Assez remarquablement, près de 50 % de cette progression est intervenue dans la première moitié des années 1980, tout juste au début de la période de réforme, au moment où la Chine prenait les premières mesures de libéralisation de l'économie rurale, là où se concentraient les plus démunis. L'Asie du Sud, en particulier l'Inde, a également connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie. La pauvreté y a reculé de 41 % en 1990 à 31 % en 2001. Le nombre absolu de pauvres a cependant diminué plus lentement en raison d'une croissance démographique rapide.
En revanche, la pauvreté s'est accrue en Afrique subsaharienne. Depuis 1981, le PIB par habitant a diminué de 15 % et la croissance démographique n'a que faiblement baissé. En conséquence, le nombre de personnes pauvres a presque doublé, tandis que le taux de pauvreté passait de 42 à 47 %. La pauvreté était avant tout un «drame asiatique» dans les années 1960. Si rien n'est fait, elle sera presque exclusivement un «drame africain» dans 15 ou 20 ans.
Bien que remarquables au niveau mondial, les résultats enregistrés sur le front de la pauvreté cachent donc de grandes disparités. Par ailleurs, si le nombre de personnes vivant avec 1 $US ou moins par jour s'est réduit, on constate que 2,7 milliards de personnes vivent encore en dessous du seuil de 2 $US par jour.
Le consensus de Monterrey
Le sommet de Monterrey, qui a réuni les dirigeants du monde entier en mars 2002, scellait un nouveau pacte entre pays développés et pays en développement. Il s'agissait d'un engagement d'une part à fournir les fonds nécessaires et d'autre part à adopter les politiques adéquates pour atteindre les Objectifs de développement du millénaire (ODM) à l'horizon de 2015. Cela signifie notamment de réduire de moitié (par rapport au chiffre de 1990) la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 1 $US par jour, à diminuer de deux tiers la mortalité infantile et à ouvrir les portes de l'école primaire à tous. Pour ce faire, le consensus de Monterrey appelait les pays en développement à améliorer leurs politiques et leur gouvernance, et les pays développés à renforcer leur soutien au développement en ouvrant davantage leurs marchés, en accroissant le volume et la qualité de leur aide, et en allégeant la dette.
Depuis le début des années 1990, les pays en développement ont effectivement renforcé leurs politiques de croissance. Leur gestion macroéconomique s'est améliorée, les déséquilibres budgétaires ont été réduits et l'inflation est maîtrisée. Mais les pays développés, quant à eux, ont peu fait pour réduire les barrières commerciales qui pénalisent les pays pauvres, notamment dans l'agriculture, les textiles, la confection et plus généralement dans les activités à forte intensité de main-d'oeuvre. Le soutien des pays développés à leur agriculture par le biais des contrôles aux frontières et des subventions à la production atteint plus de 300 milliards de dollars par an. On calcule en outre qu'une plus grande libéralisation du commerce international dans l'agriculture et les autres secteurs pourrait accroître le revenu réel du monde en développement d'environ 500 milliards d'ici 2015, pour peu que les pays en développement prennent les mesures d'accompagnement nécessaires.
S'agissant de l'aide au développement, les pays riches ont pris des engagements, pendant et après le sommet de Monterrey, se montant à 0,29 % de leur revenu national brut à l'horizon 2006 -- ce qui ramènerait en fait ce ratio à son niveau de 1994. Sur ce point, les bailleurs de fonds ont commencé à tenir promesse, mais il reste encore à faire. Le Canada, par exemple, a porté son aide à 3,3 milliards de dollars (canadiens) en 2003, alors qu'elle n'était que de 2,6 milliards en 2001. Pour l'ensemble des bailleurs de fonds, l'aide publique nette au développement est passée de 52,3 milliards de dollars (des États-Unis) en 2001 à 68,4 milliards de dollars en 2003, soit une augmentation de 30 %. Cela étant, cette augmentation n'est que d'environ 13 % en valeur réelle, du fait de la fluctuation des taux de change et de l'affaiblissement du dollar des États-Unis. Par ailleurs, la hausse tend à se concentrer sur un petit nombre de pays stratégiques comme l'Afghanistan et l'Irak.
Perspectives d'avenir
L'information circulant plus vite que jamais dans le monde, les plus pauvres n'ignorent rien des progrès réalisés ailleurs et observent un fossé grandissant entre eux et les pays riches. Une personne informée ne restera pas nécessairement passive devant de telles disparités. À terme, leur augmentation risque de nourrir le radicalisme et d'aiguiser des conflits qui, à leur tour, peuvent nécessiter des interventions coûteuses de la communauté internationale et exacerber les problèmes de développement initialement à l'origine de ces conflits.
Les risques futurs sont grands, mais certaines perspectives sont prometteuses. Une mobilisation mondiale semble s'être engagée autour des ODM. La compréhension des ressorts du développement économique s'améliore. Des réformes ambitieuses ont été entreprises dans la façon dont l'aide est gérée. En mettant toutes ces forces à contribution, il semble possible d'améliorer la gouvernance et de renforcer les institutions des pays en développement destinées à combattre le fléau de la corruption, améliorer le climat d'investissement, assurer des services sociaux efficaces et aider les populations à prendre en main leur propre destinée.
Sur le plan du commerce, les pays développés doivent ouvrir leurs marchés -- agricoles surtout -- aux pays en développement. Le Canada a fait un pas important dans cette direction en éliminant tous les droits de douane et contingents frappant la plupart des importations en provenance de 49 des pays les plus pauvres du monde. Des progrès notables ont été enregistrés l'été dernier dans la position des pays riches à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il faut bien sûr faire davantage et concrétiser ces efforts. Les pays en développement doivent aussi s'engager plus avant sur la voie du libre-échange.
En ce qui concerne l'aide et la dette, les engagements de Monterrey doivent être honorés à l'horizon de 2006. Mais il faut d'ores et déjà aller plus loin. La poursuite des ODM exige un effort bien plus important de la part des bailleurs de fonds d'ici à 2015, et au-delà. Dans d'autres domaines, et notamment la maîtrise de l'environnement et des épidémies, il est urgent que les pays riches coopèrent avec les pays en développement de façon à assurer le développement durable et équitable de la société humaine.
Les jeunes représentent actuellement la moitié de la population des pays en développement. Il s'agit de faire en sorte que, lorsqu'ils seront adultes dans 10 ou 20 ans, ils puissent bénéficier des promesses qui leur sont faites aujourd'hui d'un développement plus rapide, et qu'ils rompent enfin la chaîne d'espoirs déçus qu'ont connue leurs aînés.

